Devant l’entrée principale de la base navale toulonnaise, une affiche donne le ton sur la sensibilité du domaine : « Terrain militaire, défense d’entrer. » Derrière les grilles, l’avertissement laisse place à un poste qui contrôle chaque passage et chaque identité. Pour filtrer les accès à cette enceinte considérée comme l’une des plus sensibles du pays, un homme vêtu de noir est équipé d’une radio pour donner l’alerte en cas d’intrusion. Derrière lui, des soldats armés. L’homme nous interroge sur la raison de notre présence, le visage fermé, sans plaisanter.
Si l’humour n’a pas sa place dans cet environnement hautement sécurisé, c’est parce qu’il abrite environ 70 % du tonnage de la Marine nationale. On y trouve notamment une dizaine de frégates de premier rang et trois porte-hélicoptères amphibie. Ce choix de concentrer autant de forces à Toulon n’est pas anodin : tous les navires sont amarrés dans une rade qui offrait autrefois une protection naturelle contre les ennemis et les intempéries. Mais cette position géographique constitue également un atout stratégique dans le monde contemporain : « Sur le plan opérationnel, la position de la base navale de Toulon en fait le lieu de projection privilégié pour les missions en Méditerranée et vers l’est – mer Rouge, golfe Persique et espace indopacifique, mais aussi vers l’Atlantique Sud et le golfe de Guinée », explique au JDNews Sébastien Perruchio, porte-parole de la Marine nationale. « Il faut se rappeler que les précédents porte-avions étaient basés à Brest. Les tensions se sont déplacées et les bateaux ont donc été réaffectés à Toulon depuis la fin des années 1970 », ajoute Yannick Chenevard, député toulonnais et membre de la commission de la Défense nationale.
Une surveillance permanente
La capitale du Var est également un port nucléaire puisqu’elle accueille le porte-avions Charles-de-Gaulle et cinq sous-marins d’attaque (SNA), tous dotés d’une propulsion nucléaire. Cette technologie permet aux bâtiments de parcourir de plus longues distances pendant des périodes étendues, mais elle pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de la ville en cas d’accident avec des rejets radioactifs dans l’atmosphère. « Pour contrôler l’absence d’impact de nos activités sur l’environnement, une surveillance systématique et continue de la radioactivité est assurée », détaille le capitaine de vaisseau Pierre Suleau, commandant de la base navale de Toulon. « Cette surveillance s’étend jusqu’à plusieurs kilomètres autour du site », précise encore le maître des lieux.
200 marins-pompiers prêts à intervenir à tout moment
En cas d’incident, le commandant peut compter sur près de 200 marins-pompiers prêts à intervenir à tout moment. Ce fut le cas en 2020 lorsqu’il fallut éteindre l’incendie sur le SNA Perle. En maintenance dans l’un des douze bassins, le submersible avait mobilisé pendant près de dix heures une centaine d’hommes pour venir à bout du feu.
Le premier employeur du département
Lancé par Louis XIV en 1639, choisi par Colbert et imaginé par Vauban, « l’arsenal », comme aiment encore l’appeler les Toulonnais, est aussi ancien que la Marine. Au milieu des infrastructures ultramodernes trônent des vestiges d’un autre temps, comme la Tour de l’horloge qui, autrefois, marquait les temps de travail et de repos des ouvriers. « Ce port militaire fait partie intégrante du visage de Toulon depuis des siècles, confie Yannick Chenevard, aussi rapporteur du budget de la Marine. Ici, n’importe quel habitant connaît quelqu’un qui y travaille ou qui y a travaillé », raconte-t-il, amusé.
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Il faut dire que la base navale est un poumon économique majeur pour la région, avec ses 24 000 hommes et femmes qui s’y croisent chaque jour, faisant d’elle le premier employeur du département. Avec ses 157 hectares de surface, ses 22 kilomètres de quais et ses 30 kilomètres de routes, c’est une véritable ville dans la ville. En plus d’une caserne de marins-pompiers, elle héberge notamment une gendarmerie maritime, la préfecture maritime de Méditerranée, des centres de formation, un bataillon de fusiliers marins, etc. La première base navale d’Europe n’est pas uniquement réservée aux militaires, car de nombreuses entreprises privées y exercent leurs activités.
C’est notamment le cas de Naval Group, spécialisé dans la construction navale, qui compte 2 400 collaborateurs aux profils variés, allant de l’ingénieur au soudeur en passant par l’électricien. « L’intérêt pour l’entreprise d’être présente sur le site est d’avoir une forte réactivité grâce à notre proximité avec le client », détaille au JDNews Bénédicte Mano, responsable des relations médias pour Naval Group à Toulon. Alors que le constructeur a bâti l’ensemble des navires de la Marine nationale, le groupe les entretient, mais joue aussi un rôle important dans « la construction, l’exploitation et la maintenance des infrastructures de la base navale », ajoute-t-elle.
Enfin, le port militaire varois contribue de manière décisive à la puissance navale française grâce à sa pyrotechnie, nichée en retrait de tout mouvement. « Cette emprise permet de stocker des armes, des obus et des munitions destinés aux bâtiments de combat, afin qu’ils puissent remplir leur mission en mer », explique Pierre Suleau. Quid de l’arme nucléaire ? Transite-t-elle par la base, alors que les Rafale Marine présents sur le porte-avions peuvent parfois être armés du missile atomique ASMP-A ? « Je ne peux répondre à cette question », rétorque sobrement le commandant. Plus disert, un amiral à la retraite explique : « Dans le port de Toulon, une seule partie y passe brièvement mais elle n’est pas assemblée. De toute manière, la mise en condition d’emploi est activée uniquement à la demande du président de la République », rappelle-t-il.
En perpétuelle évolution depuis plus de trois siècles, la base militaire s’apprête encore à se transformer. À partir de 2040, elle accueillera le porte-avions de nouvelle génération. Successeur du Charles de Gaulle, il sera plus grand et nécessitera des installations à sa mesure. Un nouveau quai sera construit pour l’occasion.
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