Ce ne sont pas les scrupules qui risquent d’étouffer Rima Hassan lorsqu’elle se pique de réécrire l’histoire. Celle qui a fait du conflit israélo-palestinien son fonds de commerce, érigeant l’État d’Israël en ennemi du genre humain, a cette fois décidé de s’en prendre à l’Europe avec le ton sentencieux et exalté d’une gardienne du Bien. Chez elle la provocation n’est pas un accident, encore moins une maladresse.
C’est un mécanisme, si bien rodé qu’on hésiterait presque à relever ses sorties, de peur d’alimenter une machine déjà bien échauffée. Mais à force de silence ce genre de discours risque de se banaliser et de gagner ses galons de respectabilité dans l’espace public, en particulier auprès d’une jeunesse perméable aux raisonnements binaires et aux raccourcis historiques.
Dans un message publié sur X, l’eurodéputée insoumise écrit : « Les Européens qui ont génocidé les autochtones d’Amérique, qui ont massacré les aborigènes d’Australie, qui ont instauré le commerce d’esclaves noirs, qui ont colonisé la planète entière […] sont en train d’achever en Palestine ce qu’ils ont toujours rêvé de faire ailleurs. Le monde civilisé est à foutre à la poubelle. »
« Ce qui est frappant, c’est que cette logique de repentance ne soit valable que pour les Occidentaux »
Génocide, esclavagisme, colonialisme, racisme : tout l’inventaire habituel du décolonialisme wokiste nous est servi ad nauseam ; c’est un pêle-mêle indifférencié de griefs jouant sur l’effet d’accumulation et se muant en un réquisitoire sans appel, absolu, définitif. S’il venait d’un adolescent exalté, ce genre de sortie appellerait à l’indulgence. Mais venant d’une élue de la République, il engage. Ce n’est pas seulement une indignation, c’est une menace, si ce n’est un projet politique.
Ce qui est frappant, c’est que cette logique de repentance ne soit valable que pour les Occidentaux. L’idée que des exactions, des oppressions et des violences aient été perpétrées depuis la nuit des temps et aux quatre coins du globe par des peuples puissants contre plus faibles qu’eux, n’a pas l’air de pénétrer dans le logiciel de la députée La France insoumise. Fi de précisions et de contextualisation, fi de prudence et de nuances, on peut semble-t-il faire feu de tout bois dès lors qu’il s’agit de montrer la culpabilité des Européens.
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Pourquoi donc se soucier d’exactitude, pourquoi s’embarrasser de ménagements quand on a affaire à l’incarnation même du Diable, c’est-à-dire le monde occidental ? À l’aune des critères moraux de Mme Hassan, la civilisation dont elle est elle-même issue, née dans la péninsule arabique, aurait pourtant bien du mal à s’en sortir indemne. L’histoire des conquêtes arabo-musulmanes, des razzias d’esclaves, des conversions forcées ou des traites transsahariennes pourrait faire l’objet du même réquisitoire. Mais de cela il n’est jamais question pour la députée LFI : pour elle, le mal est occidental, exclusivement.
« Les Européens seraient en définitive les seuls et uniques responsables du mal sur Terre »
L’essentialisme tant vitupéré par la gauche radicale devient soudain un point de vue acceptable : le racisme serait consubstantiel aux Européens. Imaginerait-on de pouvoir proférer de tels propos au sujet des Asiatiques, des Africains ? Mais quand il s’agit des Européens, tout est bon à prendre pour conclure à leur faute, leur très grande faute. Ces derniers seraient en définitive les seuls et uniques responsables du mal sur Terre.
Les méthodes habituelles des adeptes de la cancel culture, à savoir la censure, le déboulonnage et autre aspersion de soupe, ne semblent pas suffire à la rédemption des Européens pour Mme Hassan, qui en appelle à une solution plus radicale : « Le monde civilisé est à foutre à la poubelle. » Dès lors, nous ne sommes plus dans une lecture critique et mesurée des événements de l’histoire, mais dans une volonté d’effacer ce que l’Occident incarne. L’Europe n’est plus une civilisation à comprendre, c’est un monde à liquider.
L’expression « monde civilisé » cultive à dessein l’ambiguïté –- ce qui n’est pas occidental serait-il par définition barbare ? Ce flou volontaire n’est pas sans rappeler celui du slogan propalestinien : « From the river to the sea. » On sait ce qu’il suggère : il ne dit pas précisément ce qu’il faudrait conserver et supprimer d’Israël, mais on comprend que pas grand-chose ne devrait en subsister. Puisqu’elle étend son envie furieuse d’anéantissement de l’Europe, Rima Hassan finira probablement par proclamer « From the Ural to the Atlantic ».
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