C’est le livre politique du printemps. Je parle évidemment de La Meute, l’excellente enquête menée par Charlotte Belaïch et Olivier Pérou sur la France insoumise. On y apprend que LFI n’est pas un parti comme les autres, mais une organisation antidémocratique, cynique, portée sur l’intimidation, habituée aux purges à répétition, violente même, et sans le moindre doute, héritière de la Terreur.
Je dis : on apprend, mais ne devrait-on pas dire plutôt que cet ouvrage confirme ce que nous savions déjà ? Il le confirme certes en rajoutant des faits inédits au dossier, ce qui n’est pas rien, mais amende-t-il vraiment notre vision du parti de Jean-Luc Mélenchon ? Nous savons depuis longtemps à qui nous avons affaire. Alors d’où vient le formidable succès éditorial de La Meute ? D’une chose simple : l’ouvrage vient du cœur du réacteur. La gauche dénonce la gauche. Du coup, les langues se délient, et on sent chez nos amis progressistes à la boutonnière un sentiment de soulagement. Il est donc possible de critiquer sévèrement LFI sans être de droite, même sans faire le jeu de la droite ? Joie ! En fait, l’histoire de la réception du livre est presque aussi intéressante que le livre lui-même, et nous rappelle la logique derrière le clivage gauche-droite.
Du point de vue de la gauche, la droite n’est pas simplement une vision du monde sur deux. C’est une forme de damnation, le camp des recalés de l’humanité. Je m’explique : la gauche s’autoproclame gauche, puis renvoie à droite ceux dont elle ne veut pas. La gauche n’est pas un programme politique : c’est une révélation religieuse, qui porte une promesse de rédemption pour l’humanité, pour peu qu’on voit le monde comme elle.
Mais la gauche n’est pas une révélation au contenu politique définitif : elle se déploie dans l’histoire, ne s’actualise qu’à travers les luttes sociales, et aujourd’hui, celle des « minorités » qu’il faut embrasser, sous peine d’être renvoyé à droite chez les humains pas tout à fait humains – qu’il est dès lors légitime de censurer, de rééduquer, de sanctionner, de mettre au ban de la société puisqu’ils relaient au mieux les préjugés venus du monde d’hier, au pire un discours haineux à interdire. On connaît la formule venue de la guerre froide : mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. Car Sartre avait tort pour de bonnes raisons. Aron, lui, voyait juste pour de mauvaises. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’encore aujourd’hui, on traite Sartre comme un grand intellectuel, alors qu’il fut le compagnon de route des pires totalitarismes. La pureté supposée du sentiment fait oublier le reste – je laisse de côté cette considération de simple bon sens que la gauche s’alimente aussi d’un ressentiment destructeur, et notamment d’une haine de l’Occident, qu’elle aime faire passer pour un amour immodéré de l’humanité.
Du point de vue de la gauche, la droite est une forme de damnation, le camps des recalés de l’humanité
J’en reviens à LFI. C’est évidemment ce logiciel qui lui a permis, aux dernières législatives, de se placer au cœur du NFP, malgré sa rhétorique violente, son culte du chaos, son appel à la constitution de milices, l’antisémitisme que plusieurs lui prêtent, son conspirationnisme, sa haine du droit de la propriété. On se rappelle de l’argument génial : l’antisémitisme de LFI serait circonstancié, car le parti étant de gauche serait ontologiquement antiraciste. L’absence d’antisémitisme du RN, inversement, serait circonstanciel, car le parti serait ontologiquement raciste.
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Louis Pauwels, qui en son temps, eu le courage de tenir tête clairement à la gauche a un jour écrit à propos de la formation politique de Michel Rocard : « le PSU fut moins le sigle d’un parti que d’un trouble mental. » Dirons-nous un jour la même chose de LFI ?
Chose certaine, si jamais à la prochaine présidentielle, Jean-Luc Mélenchon se retrouve contre Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Éric Zemmour, je suis convaincu que nos deux auteurs se pinceront le nez et en appelleront à voter pour lui. Ce qui relativise, convenons-en, la portée de leur critique.
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