« Notre audiovisuel public, hélas, ne s’adresse pas à tous les Français, alertait récemment Rachida Dati sur son compte X. Quand elle évoque les audiences des différents médias impliqués, la ministre de la Culture parle même d’un « club, les CSP+ et plus âgés », qui s’éloigne de notre jeunesse et des classes populaires. Dénonçant ainsi une grille et un ton déconnectés, devenus au fil du temps trop élitistes.
Pour étayer ce constat, quelques chiffres clés : ne serait-ce que sur France Inter, seulement 6,8 % des auditeurs sont âgés entre 13 et 24 ans, contre 12,6 % en moyenne sur les autres radios. Par ailleurs, près de 39 % des fidèles de la station sont des CSP+, là où ils ne sont que 30 % sur le reste des ondes. Et seulement 11,2 % sont issus de la catégorie CSP-, alors qu’ils sont plus de 26 % en moyenne partout ailleurs ! Sur l’orientation supposée des programmes, la ministre ne se dérobe pas : « Le pluralisme est un principe fondamental dans l’audiovisuel, et l’audiovisuel public se doit d’être d’une exemplarité absolue sur ce point. Nous avons conscience que certains formats ou traitements peuvent donner une image biaisée ou peu représentative de la diversité des opinions. Même si ce n’est pas forcément le cas, il ne faut laisser la place à aucun doute, et c’est le rôle de l’Arcom de s’en assurer. »
Réduction du budget global
Le 7 mai dernier, la ministre est donc repartie à l’offensive en annonçant le retour de son projet de réforme de l’audiovisuel (devant le Parlement) dès le mois de juin prochain. « Cette réforme n’est pas improvisée. Cela fait plus de dix ans que des rapports parlementaires et administratifs recommandent un rapprochement entre les entités de l’audiovisuel public », souligne-t-elle.
L’objectif : créer une holding baptisée France Médias, qui regrouperait France Télévisions, Radio France et l’Institut national de l’audiovisuel (Ina) – soit près de 16 000 salariés en tout – sous l’autorité d’un seul président. Validé en première lecture au Sénat en 2023, le premier texte s’est ensuite perdu dans les méandres législatifs. Relancé par Rachida Dati dès son arrivée au ministère (début 2024), ce projet avait ensuite été interrompu par la dissolution de l’Assemblée nationale, l’été dernier. Mais cette fois, celle qui est également maire du 7e arrondissement de Paris depuis 2008 apparaît plus déterminée que jamais.
Censée, à l’origine, aboutir à une fusion pure et simple des sociétés entre elles – une sorte de BBC à la française –, la réforme prévoit cette fois la création d’une seule et même entreprise, certes, mais qui laisserait à chaque entité ses singularités et son organisation. « L’objectif est de rendre le service public plus agile, plus fort et plus cohérent face aux défis numériques et économiques, poursuit la ministre. La séparation actuelle entre radio, télévision et autres entités freine l’agilité et la capacité d’adaptation de l’audiovisuel public. » La holding aurait aussi pour vocation de créer des sortes de pôles, comme une filiale France Info, dédiée à l’information donc, qui rassemblerait les effectifs TV et radio. « Sur la proximité – France Bleu et France 3 –, une coopération encore plus renforcée permettrait de mutualiser les ressources et améliorer l’offre de services », ajoute-t-elle.
La suite après cette publicité
La réduction du budget global paraît évidente
En ligne de mire, la réduction du budget global paraît évidente. Actuellement, le coût de l’ensemble de l’audiovisuel public français flirte avec les 4 milliards d’euros. Sachant que, rien qu’à France TV, aucun plan social n’a eu lieu depuis 1992, les postes qui doublonnent seront forcément passés à la loupe. Le service public va-t-il rester… le service public ? S’il sera désormais géré comme une entreprise privée, l’État en sera l’actionnaire unique.
Les syndicats partagés sur la réforme
Par ailleurs, le directeur de la future holding France Médias aurait une immense responsabilité sur l’avenir éditorial du groupe. C’est lui qui désignera les directeurs généraux qui piloteront France TV, Radio France et l’Ina. Une façon pour l’État de se rassurer en nommant l’une de ses « têtes » ? « L’État fixe les grandes orientations, mais ne choisit pas les présidents de l’audiovisuel public. Évidemment, il faut un profil capable de mener une transformation ambitieuse, mais nous n’intervenons pas dans les nominations qui relèvent de l’autorité indépendante qu’est l’Arcom », répond Rachida Dati.
Si les syndicats sont vent debout en interne, les échos diffèrent. Selon nos informations, de nombreux salariés sont plus que favorables à la création de cette holding. Renaud Bernard, délégué syndical central de Force ouvrière (FO) chez France TV, admet qu’il y a urgence : « On ne peut pas rester en l’état avec des concurrences internes et des perspectives financières à risque. Donc, on se dit qu’il faut que ça bouge ! Et je préfère accompagner le changement plutôt que de le subir de plein fouet. Nous étions opposés à la fusion, qui était dangereuse, mais ce n’est plus le cas avec la holding. »
Examinée d’ici quelques semaines à l’Assemblée nationale, cette transformation pourrait être effective dès janvier 2026. « On travaille déjà étroitement avec les sénateurs », conclut la ministre. Entre défi éditorial, enjeu démocratique et urgence économique, le chantier est inédit…
Source : Lire Plus






