L’effet Meloni ? Fait inhabituel en Europe du Sud, l’agence de notation S&P a relevé la note de crédit de l’Italie de BBB à BBB+ début avril. Une note qui reflète la confiance des marchés dans la capacité de l’État à rembourser sa dette, et qui permet à Rome d’emprunter à des conditions plus avantageuses. Après avoir atteint 140,5 % du PIB en 2022, la dette italienne a été réduite à 135,3 % en 2024. Et son écart avec le Bund allemand, le fameux « spread », est tombé à son plus bas niveau depuis 2021. Si l’Italie reste le deuxième pays le plus endetté d’Europe, plusieurs indicateurs sont passés au vert depuis l’arrivée de la Première ministre au pouvoir en octobre 2022…
« Il y a eu un vrai effort, à la fois sur les dépenses et sur les recettes », constate Guillaume Bazot, professeur d’économie à l’université d’Aix-Marseille. L’année dernière, les dépenses ont chuté de 8,3 % au quatrième trimestre, alors que les recettes ont augmenté de 3,4 %, selon les comptes publics publiés par l’Institut national des statistiques italien. « Il y a eu une prise de conscience du problème de la dette publique », salue l’universitaire, « mais tout n’est pas rose non plus », tempère-t-il auprès du JDD. Et surtout, rien ne garantit que ça dure, notamment en raison des droits de douane imposés par Donald Trump. Quatrième exportateur mondial, l’Italie est l’un des pays européens les plus touchés par la guerre commerciale déclenchée par le président américain.
Une stabilité politique inédite
Selon Stefano Schiavo, enseignant à l’université de Trente, « la baisse du ratio dette/PIB résulte davantage de circonstances exceptionnelles plutôt que d’un véritable changement structurel ». L’Allemagne, qui a desserré son frein sur la dette pour réarmer le pays, commence à voir ses taux à dix ans augmenter – ce qui réduit automatiquement le spread avec la péninsule. Ensuite, la stabilité du gouvernement Meloni, en place depuis 32 mois, rassure les marchés, là où la France, « malgré des taux d’intérêt plus faibles sur ses obligations à 10 ans, est pénalisée par l’incertitude politique », avance le chercheur affilié à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Visée, comme la France, par une procédure européenne pour déficit public excessif, l’Italie s’est toutefois sérieusement attelée à redresser ses comptes, reconnaît-il. Le pays a supprimé les « superbonus », un avantage fiscal instauré par le précédent gouvernement pour encourager la rénovation énergétique des bâtiments, baissé les dépenses liées à l’énergie grâce à un plan de diversification des sources d’approvisionnement, doublé l’impôt sur les revenus étrangers des ultra-riches…
Autant de mesures qui ont permis de diviser par deux son déficit public en l’espace d’un an : de 7,2 % en 2023, il est descendu à 3,4 % de son PIB en 2024. Pendant ce temps, celui de la France n’a cessé de grimper, passant de 4,7 % en 2022, à 5,4 % en 2023 jusqu’à 5,8 % du produit intérieur brut en 2024. « Giancarlo Giorgetti a réussi à projeter une image de sérieux qui a contribué à renforcer la crédibilité du pays et à réduire le spread », estime Stefano Schiavo. Le ministre des Finances a également résisté à la tentation d’augmenter les dépenses malgré cette conjecture encourageante — « ce qui est à mettre à son crédit », souligne le professeur. Une retenue dont ferait bien de s’inspirer l’Hexagone.
La suite après cette publicité
3 305 milliards d’euros de dette
Fin décembre, notre endettement public a atteint 3 305 milliards d’euros, soit 113,1 % de notre PIB, selon l’Insee, faisant ainsi de la France le troisième pays le plus endetté d’Europe, derrière l’Italie et la Grèce, en tête du classement. Ouf ! C’est pire ailleurs. Sauf que… Ces deux pays ont, comparativement, bien mieux réussi à réduire leur dette que nous ces dernières années. Des efforts qui pourraient leur permettre de faire baisser leurs taux d’intérêt, entraînant un allègement de la charge de la dette dans leurs dépenses et ainsi de suite.
« Ne pas réduire nos dépenses courantes et notre dette serait irresponsable pour les générations à venir », écrivait Emmanuel Macron dans sa profession de foi en 2017. C’est pourtant sous son mandat, en 2023, que la France a franchi la barre symbolique des 3 000 milliards d’euros de dette. Il n’y a rien d’inéluctable. L’exemple de nos voisins le prouve : quand la volonté politique est là, des marges de manœuvre existent. Ce n’est pas une question de miracle ou de recette secrète, mais de volonté — et de constance à tenir, semble-t-il.
Source : Lire Plus






