
Son prénom l’indiquait, Maxime devait voir grand : après son service militaire dans la grande armée, ce fils de grand bourgeois aurait dû faire de grandes études, une grande carrière, avec des gens de la haute. Mais voilà, Maxime est de la dernière classe avant l’abolition de la conscription, il incarne la mort d’une ère, Sciences Po ne l’attire pas et tout ce qu’il a de grand, ce sont finalement ses trois copains de régiment : des gars bancroches, moins élevés socialement mais bien mieux éduqués pour ce qui est d’avoir du cœur.
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Retourné à la vie civile, le quatuor détonne : outre Maxime, il y a Castor, fils de paysan, Sacha, apprenti révolutionnaire et Madjid, comédien à la tire et débrouillard. Ils restent unis, même quand une cartomancienne annonce la mort pour l’un deux. Ce condamné, c’est Maxime, atteint d’une dégénérescence sanguine : « Dommage que je n’aie pas le temps. On aurait bien rigolé. » En une économie de mots, Denis Gombert dresse un portrait émouvant de la jeunesse lorsqu’elle est au bord de l’abîme de la vie adulte. Dans les derniers feux de l’insouciance, l’amitié est une nécessité, l’âme est encore pure, l’espoir permis un temps encore.
L’impression d’assister à la fin d’une époque est dépassée par la nostalgie propre à ceux que l’âge a rattrapés : l’existence de ceux qui ne saisissent pas l’urgence de vivre file entre les doigts. Alors, même quand le départ est prématuré, dans un hôpital qui tue les espoirs, il nous reste à aimer : « Madjid, Castor, Sacha, qu’est-ce qu’ils viennent chercher ici ? Il n’y a qu’une âme triste et qu’un corps faible à contempler. Tu parles d’un tableau. » Mais les amis restent. C’est limpide comme des larmes.
La vie est mal faite, Denis Gombert (Le cherche midi), 18 euros, 176 pages.
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