L’essentiel
- Monique Olivier n’a pas souhaité répondre ce vendredi aux questions des juges d’instruction dans l’affaire Cécile Vallin, cette adolescente de 17 ans disparue en 1997 en Savoie.
- Quatre ans après la mort de Michel Fourniret, les juges tentent toujours de retracer le parcours de ce couple de criminels. De nombreux crimes n’ont pas été élucidés.
- Le temps presse car Monique Olivier s’apprête à fêter ses 77 ans.
Monique Olivier a préféré garder le silence. Ce vendredi, la veuve du tueur en série Michel Fourniret était auditionnée par les magistrates du pôle « cold case » sur l’affaire Cécile Vallin, cette adolescente disparue en 1997 en Savoie. Son avocat, Me Richard Delgenes, a préféré coupé court à cet interrogatoire, estimant que les « conditions n’étaient pas bonnes ». « Soit ma cliente se taisait et bloquait la poursuite de l’instruction, soit elle mentait, auquel cas cela bloquait la manifestation de la vérité » , a-t-il détaillé. C’est la troisième audition sur ce dossier qui tourne court.
L’enquête sur la disparition de Cécile Vallin a été relancée l’an dernier après l’exhumation de deux PV belges oubliés. En 2005, Monique Olivier s’était longuement confiée aux enquêteurs. Notamment sur une affaire survenue en juin 1997. Elle avait raconté avoir brièvement quitté le domicile familial avec leur fils, Sélim, après avoir découvert que Michel Fourniret venait de ramener une adolescente « de 16 à 18 ans chez eux ». Elle ne faisait pas mystère du sort de la jeune fille : son mari comptait la violer puis la tuer. Mais les enquêteurs n’étaient pas parvenus à relier ses déclarations avec l’évaporation de Cécile Vallin, à plus de 800 km de là.
Jusqu’à la découverte d’un nouveau procès-verbal. Le 11 juin 1997, Michel Fourniret s’est présenté au commissariat pour déclarer la disparition de sa femme et son fils, après une dispute. Or, la date n’est pas anodine : on est trois jours après la disparition de Cécile Vallin. Et à cette période, aucune autre disparition d’adolescente n’a été recensée en France.
« Dans ce genre d’affaires, cela se joue parfois à rien »
Quatre ans après la mort de l’ogre des Ardennes, la justice tente ainsi de retracer le parcours criminel de ce couple. Lui, a été condamné pour huit meurtres de femmes mais en avoué onze. Elle, a été reconnue coupable dans huit meurtres. Mais tous les acteurs le savent : les aveux, délivrés au compte-goutte, sont très en deçà de la réalité. « On ne parviendra jamais à élucider tous les meurtres, c’est une certitude. Mais il faut tout faire pour réduire au maximum ce chiffre noir », insiste l’avocate spécialisée Corinne Hermann, qui a eu affaire dans plusieurs dossiers au couple de tueurs.
Depuis la mort de l’Ogre des Ardennes, Monique Olivier est la clé de cette énigme. Mais elle n’est pas du genre bavarde. Et c’est un euphémisme. Les deux premières auditions sur cette affaire ont tourné court car elle a refusé de parler en l’absence de la seule juge d’instruction qui est parvenue à percer ce couple insondable : la juge Sabine Khéris. « Le but du pôle cold case est de faire des rapprochements entre les affaires non élucidées et pour cela, il faut parfois adapter les méthodes. Avoir une magistrate qui connaît parfaitement Monique Olivier, qui sait comment la mettre en condition, c’est indispensable. Dans ce genre de procédures, cela se joue parfois à rien. A des mots bien choisis, une attitude », insiste Me Corinne Hermmann. Si la magistrate était présente cette fois-ci, l’issue fut toutefois la même.
Vers un procès dans l’affaire Lydie Logé ?
Mais avec Monique Olivier, les aveux prennent parfois du temps. Ce fut notamment le cas dans le dossier Lydie Logé, une femme de 29 ans disparue dans l’Orne en 1993. Dans ce dossier comme dans bien d’autres, les investigations ont longtemps patiné. Jusqu’à 2018 et la découverte dans le camion de Michel Fourniret d’un ADN qui a pu être rapproché de celui de la jeune mère de famille. Entendu par la magistrate l’année suivante, le tueur en série finit par faire des aveux alambiqués.
Monique Olivier, elle, nie farouchement avoir un quelconque lien avec ce dossier. Finalement, en octobre 2024, elle finit par avouer qu’elle était non seulement présente lors de l’enlèvement, mais se trouvait également dans la camionnette lors de la tentative de viol et de meurtre. Si le corps n’a pas été retrouvé, un procès devrait avoir lieu dans les années à venir. « Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, il y a des aveux, de l’ADN dans ce dossier, confie Me Corinne Hermmann, qui représente les proches de la victime. Savoir ce qu’il s’est passé pour les familles, c’est déjà un apaisement. »
Un chiffre noir
Le premier meurtre commis par le couple remonte à 1987, le dernier à 2003. Combien y en a-t-il eu entre-temps ? Et surtout combien de dossiers pourront encore émerger ? Les enquêteurs travaillent sur plus d’une trentaine d’ADN relevés sur divers scellés – dont une dizaine sur un matelas – qui n’ont pas pu être identifiés. En parallèle, ils s’attachent à retracer précisément le « parcours » de Michel Fourniret : l’objectif de cette méthode est d’identifier tous les lieux qu’a fréquentés le tueur, les trajets qu’il effectuait régulièrement, pour mettre en lumière d’éventuelles connexions avec des affaires non résolues.
Mais cette technique est extrêmement chronophage. Or, Monique Olivier fêtera le 31 octobre ses 77 ans. En France, l’action publique s’éteint avec la mort de l’auteur de l’infraction. En clair : on ne juge pas les morts. « Cela ne signifie pas pour autant qu’on arrête d’enquêter, les investigations peuvent se poursuivre même si on sait qu’il n’y aura pas de procès », précise une source proche du dossier. Dans les faits toutefois, ces enquêtes ne peuvent s’appuyer que sur des indices matériels puisqu’il n’y a plus personne à interroger et les témoins dans ces affaires anciennes sont rares. La course contre la montre est engagée.




