
La boxe s’est découverte depuis six ans un génie, doté d’un magnifique jeu de jambes, mobile, souple, assénant des coups précis, sachant travailler son adversaire comme un torero travaille le taureau avant l’estocade. Depuis 1960 et son titre olympique des poids mi-lourds, Cassius Clay fait la une des journaux du monde entier, et précisément du JDD en ce dimanche soir du 22 mai 1966.
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Une page entière lui est consacrée en l’honneur du « match dramatique » qu’il a livré et gagné face à l’Anglais Henry Cooper. Jean Pétriacq est l’envoyé spécial du journal, à Londres, dans le petit vent glacial du stade de Highbury, fief de l’équipe de foot des Gunners d’Arsenal. C’est curieux, mais les observateurs ont du mal encore à appeler le boxeur, peut-être le plus beau de toute l’Histoire, Muhammed Ali. Et pourtant, au lendemain de son premier titre de champion du monde obtenu en 1964, à la surprise des bookmakers, face à Sonny Liston, il a annoncé publiquement son appartenance à l’organisation Nation of Islam, et, tout de suite, il a revendiqué son patronyme nouveau. « Ne me parlez plus de Cassius Clay, merci ! »
Dans le même temps, il est devenu une icône culturelle, figure ô combien marquante de la fierté raciale des Afro-Américains. Cooper et lui se sont déjà affrontés une fois en 1963, et si Clay l’a emporté par arrêt de l’arbitre au 5e round, il fut au bord du KO quand l’Anglais lui a décoché un crochet gauche en pleine mâchoire, le soulevant à l’impact.
« Ali est un diable de boxeur merveilleusement agile sur ses pieds, peut-être le poids lourd le plus rapide que j’aie jamais vu »
Depuis, Clay devenu Ali, qui a un goût prononcé pour les facéties, les effets oratoires, les déclarations fracassantes, et un sens inouï de sa publicité ( « Je suis léger comme un papillon, mais je pique comme une guêpe »), a appris à respecter Cooper. Mais pas trop n’en faut non plus. « La preuve, souligne Pétriacq, le fol espoir anglais n’aura duré qu’une douzaine de minutes. » À la sixième reprise, un terrible crochet droit de Ali faisait éclater l’arcade gauche de Cooper comme une tomate trop mûre. Et l’arbitre ramenait dans son coin l’Anglais, qui sanglotait doucement.
Au bord du ring, Georges Carpentier, ancien champion du monde des mi-lourds, de 1920 à 1922, était admiratif : « Quand bien même, il lui manque encore un coup de poing réellement meurtrier, Ali est un diable de boxeur merveilleusement agile sur ses pieds, peut-être le poids lourd le plus rapide que j’aie jamais vu. » Et c’est ainsi que Muhammed Ali sera apprécié sous l’épithète « The Greatest ».
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