En 2002, seize dossiers avaient été ouverts, en Belgique, pour des faits de terrorisme impliquant des mineurs. En 2023, on en comptait 24, et l’année dernière 55. Leur nombre a donc plus que triplé en trois ans et plus que doublé en deux ans. Le constat n’a cependant rien d’étonnant, puisque le même constat a pu être fait dans d’autres pays européens, et surtout en France.
Globalement, la menace reste importante. Si l’on est loin des chiffres des années noires – entre 2014 et 2017 – il ne se passait guère de semaine sans que les services de sécurité procèdent à des perquisitions et des arrestations. Soixante-dix personnes ont été mises en examen, l’année dernière, pour des faits terroristes, qu’il s’agisse d’apologie, de financement ou de préparation d’attentats.
Cette réalité est d’autant plus inquiétante que l’on sait le rôle central que la Belgique a joué dans l’importation du terrorisme islamiste en Europe, et singulièrement dans l’Hexagone. C’est à Bruxelles, le 24 mai 2014, qu’a été commis le premier attentat revendiqué par Daech sur le sol européen : à 15h27, ce jour-là, Mehdi Nemmouche y abattait froidement quatre personnes (dont un couple d’Israéliens). C’est à Bruxelles également que furent préparés, durant plusieurs mois, les attentats du 13 novembre 2015. Et quatre mois plus tard, deux attentats coordonnés par des survivants de la cellule qui avait frappé Paris faisaient 35 morts et 340 blessés à l’aéroport de Bruxelles et dans une station de métro proche du siège de la Commission européenne.
Depuis, le niveau de la menace a baissé. Grâce à l’augmentation des moyens humains, techniques et légaux des services spécialisés, et à une coopération internationale accrue, mais aussi et surtout en raison de la perte de l’emprise territoriale de l’État islamique sur la zone irako-syrienne, et donc de l’incapacité dans laquelle se trouve l’organisation d’attirer des volontaires au Moyen-Orient, de les entraîner et de les projeter ensuite vers l’Europe. Mais elle reste très présente. Le 10 novembre 2022, un policier de 29 ans a été égorgé dans une rue de l’est de la capitale, et le 16 octobre 2023, deux Suédois ont trouvé la mort en marge d’un match de football entre leur pays et la Belgique.
Une cellule franco-belge projetait un attentat contre l’ambassade d’Israël à Bruxelles
En 2023, toujours, une cellule franco-belge qui projetait un attentat contre l’ambassade d’Israël à Bruxelles a été démantelée, preuve de la grande proximité existant entre les mouvances islamistes radicales belge et française. Et ce groupe était intégralement formé d’adolescents.
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La procureure fédérale Ann Fransen commentait ce matin, dans un quotidien belge, cette « augmentation exponentielle » des mineurs terroristes, évoquant des « loups solitaires, qui n’ont pas rejoint un groupe terroriste à l’étranger et qui se sont autoradicalisés sur les médias sociaux » : « On voit effectivement de plus en plus de profils de mineurs qui se radicalisent très tôt sur ces plateformes, voire s’impliquent dans la préparation de projets d’attentats. »
Comme en France, si de plus en plus de mineurs sont attirés vers la violence terroriste (un phénomène que l’on retrouve également dans les dossiers relatifs au trafic de stupéfiants), c’est parce que la propagande en ligne des tenants du djihad est massive, ciblée et de grande qualité. Ann Fransen, encore : « C’est l’élément clé dans tout ce que je vois passer au niveau “terro”. D’anciennes formes de propagande, comme des textes de Sharia for Belgium, circulent toujours et se mêlent à des formes plus récentes. Les algorithmes font en sorte que de plus en plus de ces jeunes sont exposés. Ils se rencontrent aussi dans des groupes fermés, que ce soit sur Telegram, TikTok, Snapchat, où ils finissent par s’encourager mutuellement, avec parfois l’un d’eux qui finit par prendre le lead. »
Le parquet souligne enfin que le rajeunissement des candidats à la violence se constate aussi bien dans les mouvances islamistes que d’ultradroite. Mais les affaires concernant celle-ci, pour spectaculaires qu’elles puissent être, restent marginales. Il n’en va pas de même, loin de là, pour la menace djihadiste. Et ici, clairement, en Belgique comme ailleurs, la tendance la plus dangereuse est celle de l’État islamique au Khorassan (ISK), qui est parvenu à créer un véritable califat virtuel et occupe une place de premier plan dans l’écosystème djihadiste depuis l’attentat qui fit 145 morts et plus de 550 blessés à Moscou, le 22 mars 2024.
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