Il nous avait impressionné l’an dernier sur la Croisette avec son premier long métrage de fiction, Les Damnés, présenté dans le sélection Un Certain Regard et récompensé par un Prix de la mise en scène amplement mérité. Alors, quand nous avons appris que Roberto Minervini avait été choisi comme membre du jury dans la sélection qui l’avait honoré, nous lui avons demandé s’il serait d’accord pour partager avec nous son expérience cannoise, non plus derrière la caméra, mais dans les salles obscures du Palais des festivals. Proposition tout de suite acceptée avec enthousiasme.
C’est donc sur une terrasse ensoleillée avec vue sur la Méditerranée que nous le retrouvons quelques jours avant la délibération finale de son jury. À peine fatigué et surtout très impliqué dans sa mission. « J’ai pris cette aventure très au sérieux, raconte-t-il. Ce n’est pas rien de devoir récompenser des auteurs. Cette année, dans la sélection, il y avait neuf premiers longs métrages, c’est-à-dire une grande jeunesse avec des propositions de cinéma très différentes et singulière. On en a tous pris plein les yeux et le cœur. »
Né artistiquement à Cannes
Durant les dix jours de la compétition, Roberto Minervini a pu compter sur le soutien de ses collègues qu’il ne connaissait pas, mais dont il admirait le travail : les réalisatrices Molly Manning Walker (How to Have Sex) et Louise Courvoisier (Vingt Dieux), le comédien Nahuel Pérez Biscayart (Au-revoir là-haut) et la directrice du Festival international du film de Rotterdam Vanja Kaludjercic. « C’était étrange de se rencontrer pour la première fois lors de la cérémonie d’ouverture, mais au fil des projections et de débats à la fois constructifs et respectueux, nous avons très vite connecté. Si nous venons d’horizons différents, nous sommes liés par le même amour du cinéma et une complicité s’est vite installée entre nous. »
Tous étaient d’accord sur la difficulté de juger le travail des autres, de ne pas se laisser emporter par ses émotions et prendre en compte les aspects techniques. « Le plus difficile, ce sera pour les cinéastes qui repartiront bredouilles car cela peut nuire à leur avenir. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de prix qu’on est mauvais. Une chose que le public ne comprend pas toujours… »
Roberto Minervini, qui est venu, tout seul et sans producteur, la première fois il y a douze ans avec Le Cœur battant, en compétition à Un Certain Regard, se sent comme chez lui sur la Croisette. « Je suis né artistiquement à Cannes. Et ce que j’aime dans ce festival, c’est qu’il continue à suivre les auteurs qu’il a révélés. On fait partie d’une grande famille. » En a-t-il profité pour aborder des cinéastes ou des acteurs qu’il admire ? Non, Roberto Minervini a préféré passer du temps avec d’anciens amis perdus de vue, comme la cinéaste italienne Alice Rochwacher, présidente de La caméra d’or, le metteur en scène mexicain Carlos Reygadas, membre du jury aux côtés de Juliette Binoche qu’il connaît bien, comme la réalisatrice indienne Payal Kapadia dont le réalisateur italien a produit le film All We Imagine as Light, récompensé d’un Grand Prix l’an dernier.
La suite après cette publicité
Un film en Italie
Il le reconnaît avec émotion : Cannes a changé sa vie. Grâce à son prix de la mise en scène, celui qui a travaillé surtout aux États-Unis va enfin renouer avec ses racines. « Les Damnés a été le seul film italien en sélection officielle primé sur la Croisette l’an dernier, du coup des portes se sont réouvertes pour moi en terme de financement. » Celui qui vit actuellement à New York travaille à l’écriture d’un long métrage qui se déroulera dans son pays natal et sera interprété par des comédiens transalpins. « Un projet très personnel, où je continuerai d’approfondir les thèmes déjà abordés dans mon cinéma. » Un film que l’on pourrait retrouver dans la « grande » compétition ?
Le palmarès d’Un certain regard
Prix Un Certain Regard : La misteriosa mirada del flamenco, de Diego Céspedes.
Prix du jury : Un poète, de Simón Mesa Soto.
Prix de la mise en scène : Arab et Tarzan Nasser pour Once Upon a Time in Gaza.
Meilleur scénario : Pillion, de Harry Lighton.
Source : Lire Plus





