C’était un jour plein d’espoir pour Marine Tondelier. Le 1er mai dernier, la Secrétaire nationale des Écologistes s’est rendue en voiture à Dunkerque avec le patron du Parti socialiste Olivier Faure pour soutenir les salariés d’ArcelorMittal, menacés par un plan de suppression de 295 emplois. Sur place, toutes les forces de gauche sont réunies pour demander la nationalisation du groupe sidérurgique. « L’acier, ça soude », lance la cheffe des Verts, sourire aux lèvres. Mais deux mois plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. Les frictions n’ont fait que s’accentuer avec les socialistes et les Insoumis. L’opération sauvetage de l’union de la gauche, le jour de la Fête du travail, aura été un échec.
Une énième date est tout de même prévue pour essayer – sans grand espoir – de rabibocher tout le monde : le 2 juillet. L’éphémère candidate à Matignon l’été dernier, Lucie Castets, invite les chefs de partis à se rassembler pour discuter d’une candidature commune pour l’Élysée. L’initiative est soutenue par Marine Tondelier, mais balayée d’un revers de la main par Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann. Le chef de file de Place Publique a même lancé les hostilités avec la patronne des Verts. « Quand Marine Tondelier dit : “Rangez vos ego dans votre poche et participez à l’offre collective », elle doit comprendre qu’il ne s’agit pas d’ego justement. Il s’agit d’idées et de principes. Et mettre ses principes dans sa poche, c’est la certitude de la faillite morale », a tancé l’eurodéputé, crédité de 10 % d’intentions de vote en 2027.
« On a conscience que mettre tout le monde autour de la table sera compliqué, mais nous n’avons pas le choix »
Quelques minutes plus tard, réponse sèche de l’intéressée : « Si l’extrême droite arrive à l’Élysée du fait de nos divisions, que ferez-vous : vous vous réjouirez de vos principes intacts ? ». Pour Marine Tondelier, il n’y a qu’une stratégie valable pour gagner la prochaine présidentielle : l’union de toute la gauche. Mais force est de constater que depuis plusieurs mois, la conseillère régionale des Hauts-de-France prêche dans le désert. « On a conscience que mettre tout le monde autour de la table sera compliqué, mais nous n’avons pas le choix. Les électeurs attendent qu’on s’unisse, peu importent les velléités des uns et des autres. Le message était clair lors des dernières législatives », insiste la sénatrice Écologiste Antoinette Guhl au JDD.
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Si l’ensemble des partis de gauche ont réussi à se réunir en 2022 et 2024, ce temps paraît révolu. Et la principale entrave à cet objectif est Jean-Luc Mélenchon. Quoi qu’il arrive, le chef de file de La France insoumise semble parti pour être candidat en 2027. Fort de trois campagnes présidentielles derrière lui, l’ancien sénateur est sûr de son coup : la quatrième sera la bonne. Les ponts sont d’ailleurs coupés avec Marine Tondelier. Fidèle à sa position de « trait d’union » entre LFI et le PS, la secrétaire nationale des Verts essaie toutefois de l’épargner. Après la publication du livre-enquête La Meute sur les dérives de La France insoumise, elle a pointé du doigt la « stratégie de diversion qui consiste à dire que le mal incarné en France, c’est Mélenchon ».
Outre LFI, les socialistes donnent aussi un mal de tête aux Écologistes. Le Premier secrétaire Olivier Faure défend l’union de la gauche… non mélenchoniste. Il propose une plateforme programmatique allant de Raphaël Glucksmann à François Ruffin. Son adversaire au congrès Nicolas Mayer-Rossignol – très critique contre l’alliance de la Nupes en 2022 et du NFP en 2024 – estime lui qu’il faut un candidat socialiste, qui devra ensuite s’imposer aux autres forces de gauche. « Il faut un candidat unitaire mais pas forcément unique. La concurrence est saine et a toujours existé à gauche. Elle n’a d’ailleurs pas empêché François Hollande de gagner en 2012 », rappelle un cadre du PS, soutien de Nicolas Mayer-Rossignol, auprès du JDD.
Marine Tondelier doit comprendre qu’une alternative existe à l’alliance sous l’égide de LFI
Un haut placé du Parti socialiste
Mais les Verts n’en démordent pas : ils veulent l’union de toute la gauche dès le premier tour. « Nous devons être le moteur de la construction de l’unité. C’est notre seule chance de gagner », soulignait la conseillère municipale d’Hénin-Beaumont en plein congrès de son parti en avril. « Marine Tondelier doit comprendre qu’une alternative existe à l’alliance sous l’égide de LFI. Celle avec le PS, Place Publique et le PCF », martèle un haut placé du parti à la rose. Mais il croit deviner la tactique de la patronne des Écologistes : « Elle se dit : “Si je suis le dénominateur commun entre le Parti socialiste et La France insoumise, c’est que je suis la bonne candidate pour représenter la gauche en 2027” ».
Toutefois, à LFI comme au PS, certains la pressent de choisir un camp. Lors des prochaines élections municipales, en mars 2026, Marine Tondelier ne pourra pas se contenter d’appeler à l’alliance des gauches. D’autant que l’enjeu est de taille pour les Écologistes. Ils tenteront de conserver les nombreuses villes gagnées en 2020 : Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon… Mais comment faire plaisir à LFI sans fâcher le PS, alors que les Insoumis conditionnent leur aide à un renvoi d’ascenseur dans des villes socialistes comme Rennes, Nantes ou Lille ? Selon Le Monde, la cheffe des Verts aurait trouvé la parade. Elle souhaiterait modifier les statuts du parti pour donner au bureau politique la responsabilité de mener les négociations des alliances dans les villes de plus de 100 000 habitants, voire dans certaines de plus de 50 000. En gardant la main sur les tactiques d’alliance, elle pourrait ainsi maintenir le dialogue avec ses homologues de gauche. Marine Tondelier ou la stratégie de la ligne de crête permanente.
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