Le JDNews. Après la publication du rapport sur l’entrisme islamiste, vous avez affirmé sur CNews être « le seul à respecter les musulmans ». Que vouliez-vous dire ?
Éric Zemmour. Depuis des décennies, on ment aux musulmans. On leur dit que leur religion ne pose aucun problème et qu’ils peuvent la pratiquer librement. On leur dit que la laïcité garantit la liberté religieuse la plus absolue. On leur dit aussi que seul l’islamisme pose problème, mais qu’il n’a rien à voir avec l’islam, que l’islamisme est une idéologie politique que tous, musulmans et non-musulmans, doivent combattre de concert. Toute la classe politique leur tient ce discours lénifiant. Or, quand les musulmans veulent pratiquer leur religion comme ils l’ont fait depuis mille ans, les mêmes poussent de hauts cris en leur disant : « C’est contraire à nos valeurs. C’est l’islamisme ! »
Moi, je leur tiens un tout autre discours. L’islam n’est pas une religion comme une autre. Ce n’est pas le « christianisme des Arabes », selon la pertinente formule du philosophe Rémi Brague. C’est une religion qui ne connaît pas la distinction entre spirituel et temporel ni entre privé et public. C’est un code juridique, la charia, qui est supérieur à la loi civile, selon les musulmans, car elle a été dictée par Dieu. C’est un texte belliqueux et liberticide. Les musulmans doivent donc modifier la pratique de leur religion. En France, la religion est à la maison, pas dans la rue. Nous sommes à la fois un pays catholique et laïque. La laïcité est d’abord un devoir de discrétion. Je précise : en France, car je ne veux ni combattre ni réformer l’islam. C’est seulement en France et pour la France que je mène ce combat, car je lutte contre l’islamisation de notre pays.
L’islam est-il, selon vous, compatible avec les valeurs de la France ?
Si l’on considère que la France est symbolisée par la trilogie républicaine, liberté, égalité, fraternité, on peut dire que l’islam est aux antipodes : non pas la liberté mais la soumission (c’est la traduction en français du mot islam), non pas l’égalité mais l’inégalité (entre musulmans et infidèles, entre hommes et femmes, entre hommes libres et esclaves) et une fraternité étendue aux « frères » de l’oumma islamique mais refusée aux infidèles (chrétiens, juifs et athées), même s’ils sont leurs compatriotes.
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Vous avez été l’un des premiers à dénoncer l’influence des Frères musulmans en France, vingt ans avant les autres. Pourquoi cet aveuglement si persistant chez nos élites ?
D’abord par ignorance. Alain Juppé et Marine Le Pen ont avoué qu’ils n’avaient jamais lu le Coran. Ensuite, par pusillanimité, peur des réactions des médias, voire des émeutes de banlieue. Enfin, par souci électoraliste. Chacun veut les voix des musulmans. Cet électoralisme est le lot de tous, à droite comme à gauche, au RN comme au PS. Les Frères musulmans ont eu l’habileté, comme le montre très bien Florence Bergeaud-Blackler dans son dernier livre, de retourner nos concepts philosophiques et politiques pour mieux islamiser notre pays : la liberté, l’individu, l’égalité, la laïcité et le féminisme même, alors que toutes ces notions n’existent pas en islam.
Que faut-il faire pour lutter ? Faut-il aujourd’hui interdire les Frères musulmans en tant qu’organisation ?
L’interdiction est indispensable mais elle ne sera pas suffisante. Il faut fermer leurs mosquées, leurs écoles, leurs centres sportifs, leurs librairies, etc. Il faut couper leurs sources de financement, en particulier les milliards déversés par une Commission européenne scandaleusement complaisante. Mais les Frères musulmans ne sont pas les seuls à islamiser notre pays. Il y a aussi les salafistes, qui veulent ramener tous les musulmans au VIIe siècle, dans leurs vêtements comme dans leurs mœurs. Et au-delà de ces groupes, je le répète, la question n’est pas politique, elle est religieuse. Quand 75 % des musulmans rejettent la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école, sont-ils tous Frères musulmans ? Quand plus de la moitié des jeunes musulmans estiment que la charia est supérieure à la loi républicaine, sont-ils tous Frères musulmans ?
Ce rapport n’élude-t-il pas la question centrale, l’immigration ? L’islamisme ne prospère-t-il pas aussi sur le chaos migratoire ?
Après avoir lu ce rapport, j’ai eu l’impression de revenir en 2005, après les émeutes de banlieue, voire dans les années 1980, sous la gauche au pouvoir. Toujours le même angélisme, toujours le même sentiment de culpabilité. Toujours les mêmes « accommodements raisonnables » à sens unique. Les auteurs veulent qu’on reconnaisse que la religion musulmane est désormais la principale religion française, sans comprendre que cela fait de la France un membre de l’oumma. Ils somment sans cesse la France d’en faire toujours plus pour « intégrer » et « apaiser » des musulmans qui, à les croire, ne demandent qu’à partager nos mœurs et notre imaginaire national. Pas vraiment ce que constatent nos compatriotes. Ils exigent du peuple français qu’il accepte les mœurs des musulmans, même ceux qu’il rejette.
« Nos dirigeants laissent s’installer sur notre sol un autre peuple, une autre civilisation qui a une revanche historique à prendre »
Ils réclament même que le gouvernement français reconnaisse l’État palestinien pour apaiser les musulmans, en clair, pour céder à la « rue arabe », à l’instar des dirigeants égyptiens ou jordaniens. Je suis étonné et fort déçu que Bruno Retailleau cautionne ce texte. Ce n’est pas du tout l’idée que je me fais des relations avec l’islam sur notre sol. L’entrisme dont on parle tant aujourd’hui, c’est d’abord l’entrée de 500 000 immigrés légaux par an sur le sol français, pour beaucoup venus de pays musulmans. Ils viennent avec leurs mœurs, leurs coutumes, leurs traditions, leurs modèles familiaux, leur conception féodale de la société, leurs héros, leurs ennemis héréditaires.
Le grand historien Arnold Toynbee disait : « En histoire, il y a trois règles fondamentales : la première, c’est le nombre ; la deuxième, c’est le nombre ; et la troisième, c’est le nombre. » Nos dirigeants laissent s’installer sur notre sol un autre peuple, une autre civilisation qui a une revanche historique à prendre, en souvenir des siècles d’affrontements entre le monde chrétien et le monde islamique, des croisades à la colonisation. Cette désinvolture de nos élites et de notre classe politique est proprement criminelle.
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