« C’est un procès politique. » Marine Le Pen ne mâche pas ses mots. À l’été 2023, la chef du Rassemblement national est convoquée devant la commission d’enquête sur les ingérences étrangères. Le comble ? Cette commission, c’est son propre camp qui en avait réclamé la création. Objectif initial : passer au crible les influences venues de l’étranger dans la vie politique française. Objectif réel, en bout de course ? Clouer au pilori un seul parti : le RN.
Pendant plus de quatre heures, la députée du Pas-de-Calais affronte un aréopage de parlementaires, en majorité macronistes, qui font de l’audition une mise en accusation. Au centre des soupçons : le prêt contracté par le RN en 2014 auprès d’une banque russe. « Le seul lien entre nous et la Russie, c’est ce prêt », martèle-t-elle.
Et même si le RN a soldé l’intégralité de son emprunt, c’est peine perdue. Le rapport final s’apparente moins à une synthèse factuelle qu’à un réquisitoire idéologique. Il accuse le RN d’être une « courroie de transmission du discours russe » et laisse entendre des accointances entre Marine Le Pen et Vladimir Poutine. Une audition de plus, une condamnation sans juge. Et une démonstration : au Parlement, l’arme des commissions peut se retourner contre ceux qui la dégainent.
Noël Le Graët : le vieil homme et le tribunal
À 81 ans, Noël Le Graët pensait en avoir fini avec les joutes publiques. Il n’en est rien. Le 7 novembre 2023, l’ancien président de la Fédération française de football est convoqué devant la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements dans les fédérations sportives. Une commission créée à la demande d’Amélie Oudéa-Castéra, alors ministre des Sports, bien décidée à solder les comptes d’une époque.
Devant la commission, ce n’est pas la justice qui tranche, c’est l’air du temps
Le Graët est accusé d’« attitudes problématiques vis-à-vis des femmes », selon les mots de la ministre. Une plainte pour comportement inapproprié a été déposée. La machine est en marche. Durant plus d’une heure trente, on le presse de questions sur le racisme, le sexisme, l’homophobie… « Qu’est-ce qu’un comportement inapproprié à l’égard des femmes selon vous ? » lance, mordante, la députée Horizons Béatrice Bellamy. Réponse du Breton, pince-sans-rire : « Je ne sais pas, je n’en ai jamais eu. »
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L’audition vire au procès moral. L’ancien instituteur parle de « lynchage médiatique », affirme n’avoir rien à se reprocher et dénonce une entreprise de démolition politique. Quelques mois plus tard, la justice lui donne raison : l’enquête est classée sans suite. Mais la sentence publique, elle, est déjà tombée. Car devant la commission, ce n’est pas la justice qui tranche, c’est l’air du temps.
Cyril Hanouna le bouc émissaire du PAF
Il en a vu d’autres, mais peut-être pas celle-là. En mars 2025, Cyril Hanouna troque son plateau de C8 pour celui, nettement moins bienveillant, de la commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences TNT. Cette fois, ce ne sont pas les chroniqueurs qui l’assaillent, mais deux députés insoumis en croisade : Aurélien Saintoul et David Guiraud. Le premier s’improvise procureur. Le second, répétiteur.
Dès les premières minutes de l’audition, le ton est donné. « Je peux suggérer respectueusement que vous pensiez à réduire votre salaire », attaque Aurélien Saintoul, obsédé par le montant de la rémunération de l’animateur. Harcèlement de chiffres, sous-entendus lourds, attaques personnelles : le spectacle tourne au règlement de comptes politique.
« Je peux suggérer respectueusement que vous pensiez à réduire votre salaire »
Au point d’exaspérer le président de la commission lui-même, le macroniste Quentin Bataillon, obligé de recadrer ses collègues : « Je ne suis pas sûr que cette précision était utile. Ce type d’attaques personnelles n’a jamais rien apporté. » Dans le rôle du coupable présumé, Hanouna encaisse sans broncher. Puis contre-attaque : il dénonce un « acharnement », un procès politique visant à le faire « sortir du paysage audiovisuel ».
Avant de s’éclipser, l’animateur lance, goguenard : « Je dois y aller, c’est l’heure de mon goûter. » Rideau. Retour au vrai théâtre : celui de « Touche pas à mon poste », où il débriefera l’audition, quelques mois avant de voir l’Arcom fermer arbitrairement C8.
Bernard Arnault le grand patron dans l’arène rouge
Ce n’est pas tous les jours que le patron de LVMH franchit les portes du Sénat. Le 21 mai, Bernard Arnault se présente devant la commission d’enquête sur les aides publiques versées aux grandes entreprises. L’atmosphère est tendue, l’accueil glacial. Le matin même, le quotidien communiste L’Humanité titre en une : « Le luxe sabre l’emploi. »
« J’aimerais que tout le monde soit logé à la même enseigne dans cette commission »
Une mise en condition. Et un conflit d’intérêts ? Ou du moins un mélange des genres malvenu… Le rapporteur de la commission s’appelle Fabien Gay, sénateur communiste… et directeur du journal en question. Un détail qui n’échappe pas à Bernard Arnault. « J’aimerais que tout le monde soit logé à la même enseigne dans cette commission. Pourquoi votre journal titre-t-il avec quelque chose de faux ? » lance-t-il. De manière claire et précise, l’industriel français fait face aux accusations : délocalisations, aides d’État, suppressions d’emplois… Son groupe, numéro 1 mondial du luxe, emploie 40 000 personnes en France. Rien ne l’ébranle. Serein, il revendique : « LVMH est l’entreprise la plus patriote de France. »
Une audace de trop pour les élus du NFP, venus pour l’abattre, et qui repartent frustrés. La proie leur a échappé. L’homme d’affaires, lui, est resté impassible.
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