« Nous sommes quatre en tout et pour tout : Ademo et N.O.S. du groupe de rap PNL, mon petit frère et moi », s’amuse Raphaël Acloque à propos de ses racines algéro-corses. S’ils sont davantage à partager ce même métissage pas si courant, on se demande, après avoir vu Plaine orientale, quel autre acteur que lui aurait pu endosser le rôle principal de cette série.
Son personnage, Reda Campana, est une sorte de voyou vertueux aux prises avec le chef d’un clan mafieux. Sa demi-sœur (impeccable Lina El Arabi), une jeune magistrate, débarque à Bastia avec l’intention de mettre sous les verrous ledit « parrain ». Un polar bien écrit et particulièrement réaliste dans sa description du banditisme insulaire et des méthodes policières, qui tient en haleine tout en convoquant des thématiques sociales et identitaires.
Encore méconnu en France, où on l’a vu dans la septième saison d’Engrenages (2019) ainsi que dans les séries Les Hautes Herbes (2022) de Jérôme Bonnell et 66-5 (2023) d’Anne Landois, Raphaël Acloque, même s’il a grandi entre les 20e et 12e arrondissements de Paris, sait ce que c’est que d’être trop arabe pour les Corses, et vice versa. Lui ne se pose plus la question : « Quand je suis en Algérie, je suis Algérien, en Corse, un Corse, et le reste du temps, un mec de Paname : ma démarche, mon attitude, ma façon de parler le crient. »
Des origines et un parcours bien à lui
De son père bastiais, il dit avoir hérité l’intégrité, de sa mère l’insoumission, et de leurs origines respectives une colère atavique mais rentrée, sans haine ni aigreur, positive et motrice. Pas étonnant donc, comme il le souligne, que ses personnages portent souvent en eux une violence, exprimée ou non. Dans des productions majoritairement anglo-saxonnes jusqu’à aujourd’hui.
Il a découvert sa passion pour le théâtre par hasard
Car au-delà de ses origines, Raphaël Acloque est surtout un acteur français au parcours singulier : dix ans de carrière déjà au cours de laquelle il a sympathisé avec Bradley Cooper (À vif !), s’est bidonné avec une Helen Mirren orpheline de ses « bâtons de joie » sur le tournage de la série Catherine the Great (2019) à Saint-Pétersbourg, ou s’est fait diriger par Stephen Daldry, le réalisateur de Billy Elliot et The Reader, sur les planches du londonien Young Vic Theatre dans The Jungle (2018), pièce chorale sur la jungle de Calais.
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Le trentenaire estime avoir eu la chance d’incarner des personnages variés, bien que plus ou moins importants, de l’arnaqueur reconverti dans l’espionnage dans l’adaptation du roman de Joseph Conrad L’Agent secret (2016), aux côtés de Stephen Graham (Adolescence), au prince égyptien homosexuel de Little Birds (2020), basé sur le roman Les Petits Oiseaux d’Anaïs Nin.
Il reconnaît aussi s’être fait avoir sur 24 Heures chrono : Legacy, le spin-off de la célèbre série américaine. « Quand j’ai dit aux producteurs que je ne voulais pas jouer un mec criant des ‘‘Allah akbar’’ toute la journée, on m’a dit qu’il s’agissait du fils d’un grand terroriste en quête de vengeance et que ça n’avait rien à voir avec l’islam. Alors j’ai signé, développe-t-il. Lors de ma première apparition à l’écran, mon personnage finissait de prier. Mais je ne regrette pas cette expérience : elle m’a appris qu’aucune image, phrase, regard ou décision de montage n’est anodine. »
L’écriture d’une série
Un parcours singulier, disions-nous. Raphaël Acloque a découvert sa passion pour le théâtre un peu par hasard, par défaut surtout, en poussant la porte du cours Florent après une courte et décevante expérience en fac de droit, sans vraiment savoir quoi faire de son avenir. Il y rencontre son agent français, qui lui conseille de perfectionner son anglais : direction « The Old Smoke », où il intègre la prestigieuse London Academy of Music and Dramatic Art (Lamda).
Sa carrière est alors tournée vers des productions locales ou américaines, après s’être familiarisé avec la langue de Shakespeare dans… un club de striptease. « J’étais serveur, raconte-t-il. Les danseuses venaient d’un peu partout : de Russie, de Roumanie, de pays arabes… Elles étaient d’une intelligence émotionnelle folle. J’ai beaucoup appris d’elles. Ce petit théâtre m’a plus tard servi pour mon métier d’acteur, mais il ne faut pas y rester trop longtemps car ce genre de lieu noircit votre âme. »
De cette expérience, il pourrait sans doute tirer un roman. Mais c’est le développement d’une série, dont il a écrit le pilote et l’arc narratif, qui monopolise entre les tournages son attention : Atavia, récit d’anticipation centré sur une maison de retraite luxueuse cachant de sombres secrets. Pas sa première tentative, même si aucune n’a été vendue jusque-là. Un désir fort né après 24 Heures chrono : Legacy. « Je ne peux pas me plaindre qu’on raconte des histoires où les miens sont mal représentés et ne rien faire. J’ai dit que les showrunners de la série écrivaient mal, on verra si je suis capable de le faire correctement. »
Plaine orientale ★★★, de Pierre Leccia, avec Raphaël Acloque, Lina El Arabi. Huit épisodes de 52 minutes. Demain à 21 h 05.
Source : Lire Plus






