À Chambéry, la béatification d’un enfant du pays serait-elle une insulte à la laïcité, au point d’avoir dû retirer des affiches sur les bus qui annonçaient l’événement, suite à des plaintes ? Une décision qui méconnaît qu’à la mort de Camille de Beauregard, la ville lui avait offert des funérailles triomphales et pleurait ce prêtre considéré comme un saint, pour tout ce qu’il avait apporté à la société de son temps. Et qui perdure aujourd’hui…
Membre d’une illustre famille savoyarde, Camille n’a pourtant rien, au départ, de spécialement pieux. Il mène la vie de la jeunesse dorée de Chambéry, très éloigné de la foi de sa jeunesse. À peine a-t-il retenu le conseil de son précepteur de réciter cette prière de saint Bernard adressée à la Vierge Marie : « Souvenez-vous qu’on n’a jamais entendu dire que ceux qui ont eu un jour recours à votre assistance aient été abandonnés. »
Mais ce n’est pas devant une statue de Notre-Dame, comme Paul Claudel à Paris, que le jeune Camille, 22 ans, retrouve la foi, mais entre deux piliers de la cathédrale de Chambéry. Il se trouve alors comme foudroyé par l’amour de Dieu, ce « Dieu que je fuyais », écrit-il : « Je pleurais des larmes bien douces ; ce jour-là mon âme reprenait pour toujours possession de mon Dieu… »
« Il a greffé sur la noblesse du gentilhomme la sainteté du prêtre »
Il décide de devenir prêtre et rejoint le Séminaire français de Rome, où il est ordonné prêtre à 25 ans. Il se passionne pour la Ville éternelle, ses monuments et ses musées, et y découvre surtout la figure de saint Benoît-Joseph Labre, qui a vécu un idéal de pauvreté au service de Dieu. « C’est jusque-là qu’il faut aller dans le détachement ! » déclare le jeune prêtre.
Refusant une brillante carrière de diplomate au service de l’Église, il revient à Chambéry et demande à être affecté à la cathédrale comme dernier vicaire, sans solde ni logement, pour se consacrer aux ouvriers. « Il a choisi la dernière place », note Louis Costa de Beauregard, un descendant de son frère, dans France Catholique.
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C’est une épidémie de choléra, en 1867, qui le conduit à sa véritable vocation. L’abbé recueille les enfants abandonnés dans son deux-pièces, avant de fonder un orphelinat, le Bocage, qui accueille jusqu’à 150 enfants. Un éducateur est né. Sa rencontre avec Don Bosco, le modèle par excellence, lui donne une méthode : « Tout par amour, rien par force », qui provient de leur référence commune au grand saint savoyard, François de Sales. Camille ne ménage pas son temps pour développer cette proximité avec les orphelins : pour lui, le Bocage est une famille.
Comme Don Bosco, il innove en les emmenant à la montagne, donne une place au jeu, à la musique, au théâtre. Et leur apprend un métier, l’horticulture. Son objectif est de former « de solides chrétiens, d’excellents ouvriers et de bons pères de famille ». Signe de sa fécondité, son œuvre demeure sous la forme d’un lycée horticole et d’une maison d’accueil pour enfants délaissés.
Il n’y manque qu’un prêtre, semble-t-il… Or c’est le premier mouvement de l’abbé Costa de Beauregard lorsqu’il prend possession de son orphelinat : il construit une chapelle. Levé à 4 heures, il y consacre une heure à la prière avant de dire sa messe à 5 heures. Ce qui lui permettait de suppléer à une santé défaillante… Sa biographe Françoise Bouchard écrit : « Il a greffé sur la noblesse du gentilhomme la sainteté du prêtre. »
En partenariat avec France Catholique.
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