
Comment un médecin pédocriminel a-t-il pu faire des centaines de victimes dans des établissements hospitaliers ? Pourquoi a-t-il pu continuer à exercer la médecine après une première condamnation pour téléchargement et détention de documents pédopornographiques ? Pendant trois mois, les audiences de ce procès qui s’est tenu à la cour criminelle de Vannes ont révélé des défaillances institutionnelles à tous les niveaux.
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Quand Joël Le Scouarnec comparait devant la cour, il est déjà en train de purger une peine de réclusion criminelle de quinze ans, prononcée en 2020, pour les viols et agressions sexuelles commis sur sa voisine de 5 ans et sur trois enfants de sa propre famille. C’est grâce à cette première enquête criminelle, initiée en 2017, que les enquêteurs découvrent des carnets dans lesquels le prédateur a méticuleusement noté les noms de ses victimes, les violences sexuelles infligées, les lieux et les dates. Le journal intime révèle un psychopathe pervers et narcissique, aux paraphilies multiples, qui se délecte d’avoir abusé ou violé des centaines de patients, parfois sous anesthésie ou abrutis par les calmants…
Commence alors la recherche des victimes présumées. Nombre d’entre elles n’ont pas ou peu de souvenirs des violences subies ; mais toutes relatent en revanche avoir développé de nombreux troubles psychiques après leur opération. « L’esprit a parfois oublié mais le corps se souvient », expliquent les experts. Et l’entourage subit les dommages collatéraux.
Si les parties civiles soulignent le bienfait cathartique du procès et remercient la cour pour son écoute respectueuse, certains dénoncent aussi la brutalité de la procédure et le manque de soutien psychologique. Mais tous se demandent surtout comment Le Scouarnec a pu continuer à exercer la médecine après sa condamnation en 2005 pour téléchargement et détention de documents pédopornographiques. Ils interrogent encore : Pourquoi les cris d’alarme lancés par certains collègues sont restés lettre-morte ?
Certes, il a fallu un an pour que la justice informe le Conseil national de l’ordre des médecins de la condamnation. Mais ensuite ? La juridiction ordinale n’en a pas tenu compte et le chirurgien n’a nullement caché son passé aux responsables des divers établissements qui l’ont embauché. Pendant les audiences, toutes ces autorités, ordinales ou hiérarchiques, « se renvoient allègrement la balle » a dénoncé l’avocat général Stéphane Kellenberger. Ils justifient leur indulgence… par celle de la justice. La première condamnation n’était que de quatre mois assorti d’un sursis simple.
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Dans ses carnets, le prédateur notait chaque violence infligée
Raison pour laquelle un collectif exige désormais la création d’une commission interministérielle pour éviter qu’un tel désastre se reproduise. Ils réclament également la recherche d’éventuelles complicités, alors qu’une nouvelle enquête a été ouverte dans le but d’identifier les autres victimes du prédateur.
En attendant, Joël Le Scouarnec a écopé de la peine maximale encourue, assortie d’une peine de sûreté des deux tiers. Mais à la grande déception des parties civiles, la cour criminelle a refusé le principe d’une mesure de rétention (procédure qui permet le placement des prisonniers dans un centre socio-médico-judiciaire de sûreté une fois la peine exécutée, en raison du risque très élevé de récidive). Les magistrats ont estimé que « si le risque de récidive existe chez Joël Le Scouarnec […], à lui seul, cet élément ne suffit pas à justifier le prononcé du principe d’une rétention de sûreté qui doit conserver un caractère exceptionnel ». Incarcéré depuis 2017, le prédateur de 74 ans pourra demander un aménagement de peine en 2031.
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