
Ce lundi de Pâques, le président de la République vient de monter à bord de l’Airbus présidentiel. Les réacteurs vrombissent sur le tarmac de l’aéroport de Mamoudzou (Mayotte), direction La Réunion. À 7 219 km de là, Laurent Marcangeli, ministre de la Fonction publique, se rend à la gendarmerie d’Ajaccio, dans une salle équipée pour des téléconférences sécurisées. Plus au nord, dans la salle des fêtes de l’Élysée, sept ministres sont attablés autour du Premier ministre, devant un écran géant sur lequel apparaît le visage du ministre corse et d’autres de ses collègues, éparpillés aux quatre coins du pays. Puis l’image du président dans son Airbus, flanqué de Manuel Valls, ministre des Outre-Mer, s’affiche enfin. Le président ouvre le Conseil des ministres en distanciel par un propos liminaire parfaitement inaudible, couvert par le bruit assourdissant de l’appareil. S’ensuit une communication de Manuel Valls sur la situation à Mayotte, dont personne, à l’Élysée ou à la gendarmerie d’Ajaccio, ne comprend le moindre mot.
Publicité
La suite après cette publicité
L’épisode peut faire sourire, mais la nouvelle gestion des ressources humaines de l’Élysée agace sérieusement les ministres. Terminé, le sacro-saint conseil du mercredi matin. En fonction des déplacements et des convenances du chef de l’État, il bouge à tous moments de la semaine, « et, bien entendu, on nous prévient au dernier moment », s’exaspère un ministre. « On ne peut plus rien prévoir, c’est pénible, mais visiblement le président s’en fout », abonde un autre. Cette semaine – c’est assez rare pour être souligné –, il n’y a pas eu de réunion du Conseil des ministres du tout. Convoqué de façon aléatoire, et parfois en urgence, chacun peut être sollicité, même quand il s’y attend le moins.
Peu de temps avant son émission télévisée, le président, qui réfléchit à relancer l’idée de « faire » des référendums, décide de se pencher sur le millefeuille territorial. Une réunion est organisée au débotté avec les ministres concernés et quelques conseillers. Emmanuel Macron souhaite ressusciter le conseiller territorial, inventé par Sarkozy, jamais mis en place. François Rebsamen, ministre des Collectivités territoriales, est contre. Il argumente. Un référendum sur quoi et quand ? « On prend le risque de le faire à un an des municipales ? » interroge l’un… Après deux heures de palabres, chacun repart, sans arbitrage. « J’ai perdu mon temps », cingle un ministre.
L’organisation et l’efficacité du travail gouvernemental souffrent de la gestion désinvolte du couple exécutif
Et quand ce n’est pas l’un, c’est l’autre. Aux réunions « qui ne servent à rien du président » s’ajoutent les convocations tardives du Premier ministre. Cette semaine, certains ministres ont été informés tard, lundi soir, qu’ils étaient convoqués à 7h30 le lendemain à Matignon pour plancher sur « l’aménagement du territoire »… Certains conviés n’ont pas eu le temps de s’organiser. Derrière les grognements de ministres, de plus en plus répétés et sans prendre de pincettes, c’est l’organisation et l’efficacité du travail gouvernemental qui souffrent de la gestion désinvolte du couple exécutif. Mettant à mal, au passage, le principe de solidarité, d’autant plus difficile à préserver dans un contexte de cogestion entre partis du socle commun, aux intérêts de plus en plus divergents.
Source : Lire Plus






