Le JDD. Reagan disait en 1980 que l’État n’était pas la solution mais le problème. Diriez-vous, en 2025, que le problème, c’est toujours le gouvernement ?
Kevin Roberts. Ce problème est devenu encore plus grave ! Le nombre d’employés fédéraux a pratiquement doublé depuis l’arrivée de Reagan au pouvoir. Une autre façon de le calibrer est de prendre les dépenses de notre gouvernement fédéral, qui constituent un outil de mesure encore plus précis : nous avons actuellement 36 000 milliards de dollars de dette. Nous continuons des déficits budgétaires, tant sous les congrès républicains que démocrates. Et même si nous sommes optimistes, nous n’en sommes qu’au début du démantèlement de l’État. En tant que conservateurs, nous devons donc agir sur deux fronts : réduire la taille de l’État, le rendre moins coûteux et moins intrusif dans la vie des citoyens, mais aussi, et accessoirement, veiller à bâtir des institutions plus saines au sein de la société civile.
« L’objectif premier est de démanteler l’État profond »
En quarante ans, ce sont ces institutions qui sont devenues l’État profond ?
Cela avait déjà commencé à l’époque de la guerre du Vietnam. C’était en grande partie lié au ministère de la Défense et à son manque de transparence. Mais aujourd’hui, l’État profond existe presque partout : au sein du département d’État, du ministère de l’Éducation… Que Dieu bénisse Donald Trump de s’être attaqué à cette situation à bras-le-corps ! Chaque membre de l’administration Trump a pour premier objectif de démanteler l’État profond au sein de ses agences. Il faudra probablement une décennie pour l’éradiquer complètement, mais il faut commencer maintenant. L’objectif n’est pas son rétrécissement mais sa disparition.
Vous êtes en France depuis quelques jours… Vous parlez beaucoup de « restauration des valeurs américaines ». Si vous pouviez exporter une seule de ces valeurs, sans droits de douane, dans notre pays, laquelle choisiriez-vous ?
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J’ai la conviction que la foi est essentielle à une société saine. Aux États-Unis, nous avons prouvé que la liberté religieuse est possible. Malheureusement, je vois en France – un pays que j’aime – les fruits pourris de l’hyperlaïcité…
« Hyperlaïcité », c’est osé comme expression !
L’hyperlaïcité, c’est-à-dire l’absence d’adhésion aux racines judéo-chrétiennes de la France… Ce qui permettra aux musulmans radicaux d’imposer la charia en France d’ici à la prochaine génération. Aux États-Unis, nous pensons qu’il est préférable d’accepter d’embrasser la foi, de respecter chacun et de jouir de la liberté religieuse.
En France, on pense justement l’inverse. Que c’est la laïcité qui nous protège de la charia. Et d’ailleurs, quel est le plus grand défi posé à l’identité de la France ? Le port du voile en classe ou une cérémonie d’ouverture aux Jeux olympiques qui parodie la Cène ?
Les deux représentent des menaces. Je suis toutefois plus optimiste cette année que je ne l’ai été dans les jours qui ont suivi la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques quant à la résolution de cette sorte de wokisme qui nous a été imposée à tous, justement grâce aux progrès que nous avons réalisés aux États-Unis. Donc, pour répondre à votre question, aujourd’hui, je suis davantage inquiet par le port du hijab dans les écoles qui semble être devenu une pratique courante en France.
« Vous devriez éprouver une peur bleue, car vous êtes au bord du suicide national »
Certains conservateurs français parlent de « grand remplacement ». La gauche affirme que ce n’est qu’une théorie. Chez vous, aux États-Unis, on parle de « crise à la frontière ». Les Français et les Américains éprouvent-ils la même anxiété identitaire ?
La gauche conteste ce terme car elle ne connaît pas le réel. Ce sont des problèmes de long terme qu’il faut résoudre partout en Occident. Pas seulement en France, mais aussi en Grande-Bretagne, où je voyage souvent. Je ne vous jette pas la pierre : nous devons aussi balayer devant notre porte. Vous avez expliqué pendant des années que l’immigration était indispensable pour constituer une main-d’œuvre. C’était dire à votre main-d’œuvre locale qu’elle ne valait rien, qu’elle était inutile. Et la conséquence logique de cela, au fil des années et des décennies, est qu’une grande partie de la population immigrée s’est dit : « Je n’aime pas la France ! » Pire, nombre de ces migrants ont une obligation religieuse de ne pas aimer votre pays, ce qui signifie qu’ils sapent activement ce qui était déjà en train de s’éroder : l’identité nationale. Les États-Unis sont loin d’être un pays parfait, mais nous sommes en bien meilleure posture à cet égard, même avec 20 millions d’immigrés illégaux…
Et ces Hispaniques qui sont chez vous depuis plus de vingt ans et qui ne parlent toujours pas un mot d’anglais ?
Je ne dis pas que notre situation est géniale. Je dis simplement qu’elle est meilleure, en grande partie parce que nous avons un pourcentage bien plus faible d’immigrés qui souhaitent imposer la charia. Vous devriez éprouver une peur bleue, car vous êtes au bord du suicide national. Voilà le résultat de ces générations de dirigeants français, lâches sur le plan politique, qui n’ont pas voulu revitaliser l’identité nationale et s’attaquer au problème de l’immigration de masse.
En politique étrangère, Trump est à l’opposé de ce qu’était George W. Bush. Vous êtes devenus pro-Chirac chez les Républicains ?
En tant que néoconservateur en convalescence, qui soutenait sans réserve l’intervention des États-Unis en Irak, et qui a probablement plaisanté sur votre pays, je me confesse à mes frères et sœurs français : vous aviez raison. Et sur ce point, le président Trump ressemble beaucoup à Chirac. Nous ne sommes pas là pour créer un plus grand désordre dans le monde. Le mouvement conservateur s’est éloigné de l’interventionnisme néoconservateur qui fut un échec cuisant pour le peuple irakien comme pour les États-Unis. La bonne position est celle que Trump et Vance ont définie, à savoir une politique étrangère plus modérée. Mais il est essentiel que nos alliés, y compris la France, comprennent que nous voulons avoir l’armée la plus puissante et la plus meurtrière de notre histoire. Trump comme Vance veulent simplement l’utiliser de manière plus sélective.
Comment voyez-vous l’Amérique en janvier 2029 ?
Ce sera un bien meilleur endroit, avec une part bien plus grande d’habitants croyant à la réalité du rêve américain. Si j’insiste là-dessus, c’est que les études d’instituts tels que Pew ou Gallup montrent que les Américains y croient à nouveau. Il n’y a pas que les sondages. Je parcours le pays, je parle à de nombreux compatriotes : les gens ont retrouvé espoir. Trump est en bonne voie de tenir ses promesses. Notre pays restera fort à l’international, mais surtout, il se sera réellement occupé de ses concitoyens, un domaine dans lequel nous ne faisions plus grand-chose.
Dans votre livre, Reprendre Washington pour sauver l’Amérique, vous laissez entendre que l’ère Reagan a connu des succès matériels mais qu’elle a négligé des questions plus profondes, d’ordre spirituel et culturel. En 2029, à l’inverse, l’Américain moyen sera peut-être plus préoccupé par sa facture d’énergie ou le prix des œufs que par le wokisme et l’immigration ?
Reagan avait grandi dans un milieu défavorisé. Il connaissait les enjeux sociaux et culturels que Trump met en avant. Ce qui a changé, c’est que ces problèmes sont devenus encore plus profonds. Pour revenir à votre remarque, l’Américain moyen vote sur les deux sujets. En 2024, les deux préoccupations étaient l’économie et l’immigration. Évidemment, il faut pouvoir se payer ses courses. Mais il ressort des conclusions de groupes de discussion que nous avons organisés à travers les États-Unis que tous rejettent ce système où les élites des côtes est et ouest vivent selon des règles différentes de celles imposées au reste de l’Amérique. Peu importe l’origine sociale ou les opinions politiques : tous, sans exception, répondaient que le rêve américain leur avait été volé. Certains l’exprimaient en termes économiques : « On m’a pris mon emploi ! » D’autres, notamment des hommes noirs, disaient que le rêve américain avait été arraché à leur famille parce que le district scolaire autorise désormais des garçons à concourir contre leur fille dans les compétitions sportives.
« Les problèmes de l’Amérique sont aussi sociaux et culturels »
Avez-vous déjà une préférence pour un candidat en 2028 ?
Nous ne pouvons pas soutenir financièrement tel ou tel candidat étant donné notre statut d’organisme à but non lucratif. Nous privilégions les candidats qui comprendront que les problèmes de l’Amérique ne sont pas seulement économiques, mais aussi sociaux et culturels. Et le bon candidat en 2028 et en 2032 sera celui ou celle qui en parlera d’une manière non seulement juste sur le plan politique, mais qui donnera aussi aux Américains l’espoir que nous pourrons y remédier. Ce ne sera pas quelqu’un appartenant à la vieille faction néoconservatrice. Cette faction, même bien financée, même soutenue par K Street [la rue des lobbies à Washington, NDLR], ne gagnera pas. Les Américains l’ont abandonnée. C’est Main Street qui gouverne désormais.
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