Et soudain, dans la moiteur de la nuit bavaroise, Marquinhos brandit sous un déluge de confettis la plus belle des Coupes d’Europe, bouleversant à jamais son propre destin et celui du Paris Saint-Germain. « J’ai une deuxième opportunité dans une finale de Ligue des champions et je ne veux pas la laisser passer », annonçait la veille le capitaine brésilien, profondément marqué par l’échec de 2020 à Lisbonne face au Bayern (1-0). Il a tenu parole.
Au moment de célébrer cette victoire aussi implacable que méritée sur l’ensemble de la compétition, comment ne pas mettre en lumière le doyen de l’effectif (31 ans), fidèle au PSG depuis 2013 et recordman des matchs joués sous le maillot rouge et bleu (485) ? En douze saisons, l’affable « Marqui » a vu passer des générations d’étoiles plus ou moins filantes, s’est construit un palmarès domestique hallucinant (32 trophées !) et a surmonté les désillusions les plus cruelles, à commencer par la remontada de Barcelone en 2017. Symbole paradoxal d’un club qu’on pensait voué aux cycles courts, il s’est mué en chef d’une meute de jeunes loups enfin rassasiés après cinq mois d’une chasse impitoyable qui aura laissé sur le flanc quatre prédateurs anglais (Manchester City, Liverpool, Aston Villa, Arsenal) avant cette hallucinante apothéose munichoise, là même où l’Olympique de Marseille avait dépucelé le foot français il y a trente-deux ans, déjà face à une équipe milanaise. « À jamais les premiers », oui, mais plus jamais les seuls désormais. Et tout le monde doit s’en féliciter.
Sur les bords de l’Isar, où des milliers de locaux et de supporters avaient fui l’accablante chaleur, la journée s’était étirée dans la ferveur et l’impatience. La plupart des 20 000 Parisiens « officiels », dont l’épouse de Luis Enrique, anonyme dans la foule, avaient fait un détour par la fan zone en centre-ville, applaudissant les anciennes gloires venues encourager les gamins avant de prendre la direction de l’Allianz-Arena. Dès 16 heures, les métros étaient bondés, et hormis quelques échanges de bourre-pif prestement maîtrisés par la police – la bière et le cagnard n’ont jamais fait bon ménage –, tout cela restait bon enfant. À deux heures du coup d’envoi, quelques « Ici c’est Paris ! » retentissaient dans les tribunes, contrés par les « Inter ! Inter ! » des Milanais. L’arrivée des bus des joueurs, puis les apparitions furtives des acteurs sur la pelouse faisaient grimper un peu plus le thermomètre. On apprenait alors que Désiré Doué allait débuter en lieu et place d’un Bradley Barcola relégué au rang de « super-remplaçant », et on ne savait pas encore que c’était capital. Durant l’échauffement, l’ambiance devenait bouillante : « Ensemble, nous sommes invincibles », proclamait une bâche visionnaire côté parisien.
Paris a pris les commandes pour ne plus les lâcher
Puis ce fut l’heure de la fameuse petite musique qui fait battre les cœurs et de l’entrée des joueurs, un œil sur les gradins, l’autre sur le rutilant trophée sous les ordres de l’impeccable arbitre roumain Istvan Kovacs. Douze minutes plus tard, au sortir de la première grosse séquence parisienne, le score était déjà de 1-0. Sur une percussion de Kvaratskhelia, Vitinha trouvait Doué qui déposait le ballon au second poteau pour Hakimi, seul au monde mais comblé de l’offrande (1-0). À l’instar de ses supporters dominants, Paris prenait les commandes pour ne plus les lâcher.
Peu après, sur un contre express de Dembélé, Doué, encore lui, était à la conclusion, sa lourde frappe contrée par Dimarco trompant Sommer (2-0, 20e). Dans le parcage français rugissant, on craquait déjà des dizaines de fumigènes d’allégresse. Transformé en une banale équipe de Ligue 1, l’Inter était obligé de se découvrir, ce que le champion de France 2025 adore. Chaque contre devenait potentiellement létal ; patauds derrière à l’image d’un Benjamin Pavard impliqué sur les deux buts, maladroits devant comme Marcus Thuram qui avait oublié le génie à la maison, les hommes d’un Simone Inzaghi fumasse faisaient enrager des tifosi progressivement convaincus de l’impuissance de leurs favoris face à cette escouade venue de l’espace.
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Malgré un semblant de révolte et une pression minimale sur les buts de Donnarumma, la seconde période n’y changeait rien, cet Inter trop vieux et trop limité ratait dans les grandes largeurs sa deuxième finale en trois éditions et se trouait encore trois fois : sur une géniale talonnade de Dembélé, Vitinha décalait Doué qui n’avait plus qu’à conclure avant de sortir, passeur et double buteur. Majestueux (3-0, 63e). Pour récompenser sa débauche d’énergie, « Kvara » y allait de son but à un quart d’heure de la délivrance (4-0, 73e) et le jeune Mayulu nouait le ruban de l’impensable, une correction sous les « olés » moqueurs des tribunes (5-0, 87e). Avant le match, Luis Enrique confiait que la seule chose qui le motivait était d’entrer dans l’histoire de Paris : l’entraîneur espagnol, qui n’a toujours pas perdu de finale sur un match en club, l’a fait, plongeant dans la liesse d’un été naissant, si loin des pathétiques incidents à mille kilomètres de là, tous les fans du PSG.
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