L’explosion de joie générale au coup de sifflet final paraissait presque irréelle. Aux feux d’artifice tirés depuis le terrain se succédaient des chants repris à pleins poumons – « Merci Paris ! Merci, merci, merci Paris… » –, des hurlements, des pleurs même, et des étreintes qui rappelaient les plus belles heures du foot français. Moins de trois heures plus tôt, l’ambiance était pourtant troublante. Ne serait-ce que par la vue de ces cages retirées à chaque extrémité du terrain, symbole d’un Parc qui s’apprêtait à vibrer (ou à pleurer) par « procuration ». En lieu et place des vingt-deux acteurs, sur la pelouse, quatre écrans annoncés géants, mais finalement pas si impressionnants (18 m x 10 m), trônaient sur le rond central, recouvert de l’écusson XXL du club. Tout autour, une constellation de projecteurs et de lance-flammes – synchronisés à la sono – prêts à faire monter la température. La création de cette « fan zone » exceptionnelle a mobilisé une centaine de personnes et coûté plus d’un million d’euros au club… et ça s’est vu !
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Dehors, double tension : l’attente fiévreuse du coup d’envoi se mêlait à une fumée suffocante, issue des centaines de pétards XXL tirés dans tous les sens par des supporters aussi bouillants qu’imprudents. La soirée commençait sérieusement à sentir la poudre, au propre comme au figuré. Une tension palpable, extrême, borderline même, qui rappelait une autre époque, pas si lointaine, lorsque les Ultras faisaient la loi aux abords du stade… Dès 19h30, les portes du fief du PSG ouvraient au public. « J’étais au stade, à Bruxelles, en 1996, lors de la victoire en Coupe des Coupes », nous confiait Maxime, les larmes aux yeux, en s’installant avec ses deux enfants. « Cette fois, je n’ai pas pu avoir de place, alors venir ici, à la “maison”, était une évidence. Je voulais vivre ça comme si j’y étais. Je n’en ai pas dormi la nuit dernière. » Aussitôt, un show musical aux sonorités urbaines, très rap francilien (La Grinta, Siga…) ou électro s’enclenchait. Peu avant 20h30, première image d’un Marquinhos concentré à l’échauffement, et premier rugissement. Le pauvre Franglish, l’artiste alors sur scène pour faire patienter l’assemblée, avait toutes les peines du monde à se faire entendre, tant les premiers chants, déjà, s’élevaient des gradins. Bien plus forts que lors des habituels « vrais » matchs à domicile, c’est dire…
Au coup d’envoi, l’arène explosait et l’ambiance devenait d’emblée assourdissante. Tant pour ovationner Luis Enrique, l’entraîneur parisien, que pour conspuer le moindre joueur intériste qui apparaissait. Puis, dans la foulée de l’ouverture du score signée Hakimi… du délire total. Un vacarme soudain indescriptible, des fumigènes aux quatre coins des tribunes qui s’allumaient comme des cierges brûlants, des pétards (encore) qui résonnaient au sein même de l’enceinte, et tout un stade qui vibrait sous le poids des 48 000 supporters qui commencèrent à sauter, presque sans exception. Alors quand Doué doublait la mise… la terre a semblé trembler.
Au fil des cinq buts parisiens, il s’est écrit quelque chose d’unique dans ce stade, ce samedi 31 mai
« On se croirait revenu au Parc de ma jeunesse, des années 1980 et 1990. Et encore… à part peut-être le PSG-Real de 1993, avec cette tête mythique de Kombouaré, je ne me souviens pas avoir vécu un truc pareil », s’enthousiasmait Maxime, un peu inquiet par la folie qui gagnait les travées. Pour une fois (presque) débarrassé de sa pléiade de loges, qui parsèment ses tribunes depuis l’arrivée de QSI, le Parc paraissait plus populaire, plus fou et plus débridé que jamais. Comme si, à près de 900 bornes de Munich, il voulait écrire l’histoire lui aussi. À l’image des kops qui ont tant chanté et qui se sont répondu constamment – notamment le fameux « La La La La La Paris S. G. » – avec puissance. Au fil des cinq buts parisiens, il s’est écrit quelque chose d’unique dans ce stade, ce samedi 31 mai. Il y a eu des torrents de larmes. Mais de bonheur. Et si, l’espace de quelques heures, la capitale bavaroise était devenue le centre de l’Europe, c’est bien ici, au Parc des Princes, que battait le cœur de Paris.
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