Retiré des terrains depuis à peine deux ans, cet ancien centre international (19 sélections) a porté le maillot de l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) entre 2019 et 2023, après avoir fait ses classes à Toulouse puis être passé par Castres et Clermont. Il a notamment été champion de France en 2017 avec la formation auvergnate. Reconverti dans la viticulture, Rémi Lamerat, 35 ans, possède le Domaine Grand Jour, à Yvrac. Sur ses dix hectares, il propose sept cépages et dispose également d’une guinguette pour recevoir du public. C’est en déplacement sur un salon professionnel qu’il a regardé sur son téléphone portable le succès en Coupe d’Europe face aux Anglais de Northampton il y a une semaine (28-20). « Je me suis senti un peu seul derrière mon comptoir, mais les quinze dernières minutes, je n’ai pas levé la tête, même pour dire bonjour aux clients », sourit-il.
Comme le vin, l’UBB arrive à maturité et a les moyens de remporter le championnat de France après une finale terrible l’an dernier contre Toulouse (défaite 59-3). Actuelle dauphine du Stade Toulousain, l’équipe des bords de la Garonne sera ce soir chez le troisième, le RC Toulon, pour l’avant-dernière journée de la saison régulière du Top 14 (21 h 05 sur Canal+).
Le JDD. Comment avez-vous vécu cette victoire de l’UBB en coupe d’Europe ?
Rémi Lamerat. J’ai suivi le match avec la boule au ventre. Quand c’est le club où vous avez fini votre carrière, ça prend encore plus aux tripes. Forcément, j’ai vécu le résultat avec émotion. Je voyais tous ces visages heureux et le travail récompensé d’un groupe où j’ai encore pas mal de copains. Ces mecs ont rendu le peuple bordelais très fier.
Cette Coupe d’Europe vaut-elle un titre en Top 14 ?
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Ce titre européen est magnifique, c’est le premier pour ce club et il ne faut absolument pas le galvauder. Mais le bouclier de Brennus est à part. Tout joueur ayant connu les joutes du Top 14 vous le dira. Je pense que l’UBB a dignement fêté la Coupe d’Europe et ils ont eu raison, car c’est aussi en célébrant les succès que l’on construit un club. Je pense aussi qu’ils ont tous déjà en tête le « bout de bois » [surnom du bouclier de Brennus, NDLR]. Ont-ils entamé leur capital émotion avec la Coupe d’Europe ? L’appétit vient en mangeant, comme on dit, et je suis persuadé que ce groupe a la force d’aller chercher un autre titre.
« Ce groupe a la force d’aller chercher un autre titre »
Comment doivent-ils aborder le match contre Toulon ce soir ?
Ils seront peut-être un peu fatigués, mais ils vont faire bonne figure. Même s’il y a une défaite là-bas, ce qui compte, ce sont les phases finales du Top 14. En face, il y a une équipe de Toulon revancharde après deux ou trois mois en dents de scie [deux succès pour cinq défaites en championnat depuis le 1er mars]. Comme l’UBB, ils peuvent se qualifier directement pour les demi-finales [les deux premières places de la saison régulière assurent une présence dans le dernier carré].
Quel regard portez-vous sur le jeu de l’UBB et sur ses « stars » Matthieu Jalibert, Maxime Lucu, Louis Bielle-Biarrey ou encore Damian Penaud ?
Si on aime le rugby, force est de constater que l’UBB fait partie des équipes qui procure le plus de plaisir et de spectacle. Matthieu et Maxime m’ont vraiment bluffé, surtout par leur envie de gagner. Le talent de Louis sautait aux yeux. De là à prédire qu’il aurait ce niveau aussi rapidement, c’est autre chose ! Quant à Damian, j’ai eu la chance d’être champion de France avec lui, avec Clermont. À l’époque, on jouait au centre côte à côte. Je le connais donc très bien. Je me régalais d’évoluer avec lui. Il est passé à l’aile en suivant une carrière remarquable.
Je pourrais aussi vous citer Yoram [Moefana], Nico [Depoortère], « Bubu » [Romain Buros], Arthur Retière, Yann Lesgourgues, Nans Ducuing et Pablo Uberti, qui sont moins dans la lumière que la « Patrouille de France » [surnom des vedettes de l’équipe], mais qui sont tout aussi importants, notamment dans ce championnat de France qui est très long.
Depuis l’arrêt de votre carrière, avez-vous conservé beaucoup de contacts avec l’UBB ?
Quand on devient vigneron, on garde beaucoup de copains. J’aurais été assureur ou avocat, j’en aurais peut-être moins (sourire). Plaisanterie mise à part, j’ai la chance d’être près de Bordeaux, dans une activité plutôt conviviale, donc c’est très souvent que je reçois un noyau dur de joueurs de l’UBB qui aiment le partage et le vin, avec modération bien évidemment. La porte du domaine leur est toujours ouverte. On a d’ailleurs prévu d’organiser la dernière de Nans [Ducuing] le week-end prochain [l’UBB recevra Vannes le 7 juin pour l’ultime match de la saison régulière]. Le dimanche, on sera 200 dans notre guinguette : sa famille, ses amis, ses proches, le staff et les coéquipiers.
Qui compose le noyau dur de l’UBB qui vient chez vous ? C’est un secret de vestiaire ?
Oui, voilà (rires).
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