Il y a des victoires qui soulagent, d’autres qui consolent. Celle-ci entre dans l’histoire. Cinq buts, zéro concédé. Une finale dominée de bout en bout. Une démonstration de force et de maîtrise. Dans ce temple bavarois de la rigueur, face à l’Inter Milan, le PSG a fait plus que gagner : il a imposé son récit.
Mais ce récit lumineux a été, une fois encore, terni par ces barbares venus semer le désordre dans les rues de Paris. Des voyous sans foi ni loi, venus non pour célébrer, mais pour casser, voler, provoquer. Des figures sans honneur, qui ne respectent rien — ni les autres, ni le pays, ni ce moment. Et pourtant. Ce qui s’est passé sur le terrain mérite d’être raconté. Car ce fut une victoire pleine, souveraine, assumée.
Il fallait ça pour que l’histoire bascule. Pas un exploit au rabais, pas une victoire à la française, pleine de miracle et de sueur. Non : un triomphe. Un score sec, impitoyable. 5-0. Hier soir, Paris a dominé. Paris a frappé. Paris a marqué. Avec calme. Avec science. Avec grandeur.
Marquinhos et Luis Enrique : deux hommes debout, deux parcours de douleur et de fidélité couronnés dans la même nuit
Que dire de Marquinhos, le capitaine taiseux, survivant des nuits humiliantes, qui soulève enfin ce trophée après tant d’échecs, de larmes et de doutes. À lui seul, il incarne la rédemption d’un club longtemps moqué, la fidélité récompensée.
Et que dire de Luis Enrique, entraîneur contesté, souvent incompris, qui touche enfin au sommet. Hier, il devait penser très fort à sa fille Xana, disparue en 2019 à l’âge de 9 ans. Plus qu’un sacre : un hommage silencieux. Digne. Déchirant.
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Dans la lumière, un visage
Tout était juste dans cette soirée. Et dans la lumière, un visage : Désiré Doué. Vingt ans dans deux jours, la grâce au bout des pieds, l’intelligence dans chaque geste. Il n’a pas seulement brillé : il a incarné. Il devient un symbole. Celui d’un club enfin adulte. Celui d’un pays qui, peut-être, recommence à croire à ses propres victoires.
Il y a, dans ce 5-0 infligé par le PSG, plus qu’une victoire. Il y a une secousse. Un dégel. Un pays qui, l’espace de quatre-vingt-dix minutes, se réconcilie – à peu près partout – avec l’idée qu’il peut gagner sans trembler, sans s’excuser, sans se caricaturer. Un pays qui découvre qu’il peut dominer.
Car la France n’a jamais entretenu de relation apaisée avec la victoire. Elle l’admire de loin, mais la redoute de près. Elle célèbre les podiums, mais se méfie des règnes. Elle s’émeut des épopées, mais redoute les empires. Elle préfère l’éclat d’un soir à la constance d’un projet. Le panache à la suprématie. La beauté du geste à l’efficacité froide.
C’est le pays de Séville 82, de Noah qui danse sur la terre battue, de Mary Pierce en pleurs, de Raymond Poulidor qui brille sans jamais gagner le Tour. Le pays de Zidane en 98 et celui de Mbappé en 2018, bien sûr — mais aussi celui de Knysna, de l’autodestruction, du soupçon, de la gloriole qui dérape. La France aime les héros à la blessure ouverte, pas les machines à gagner. Elle chérit les perdants magnifiques.
Et pourtant, hier, la victoire est pleine. Elle ne doit rien au hasard. Pas de souffrance, pas de miracle dans les arrêts de jeu. Juste une équipe supérieure, du début à la fin. Une équipe qui n’a pas eu besoin d’attendre l’humiliation pour réagir. Qui a imposé son rythme.
Ce PSG-là, moqué, détesté, a offert à la nation bien plus qu’un trophée. Il prouve qu’on peut gagner sans trahir ce qu’on est. Qu’on peut réussir sans se renier. Et pose une question presque douloureuse : pourquoi faut-il attendre un match pour que la France fasse corps ?
La France a vibré
Les terrasses vibraient. Dans les cafés, les voitures, les salons, on criait à l’unisson. Ce n’est pas seulement une équipe qui a gagné : c’est un peuple qui, pour quelques heures, a retrouvé sa voix commune. L’espace d’un match, la France a cessé de douter. Elle a cru en elle-même.
Mais pourquoi faut-il attendre une finale pour se sentir vivants ? Pourquoi faut-il un maillot pour se parler, un but pour se regarder, un trophée pour se sentir fiers ? Combien de fois faudra-t-il qu’un ballon entre dans un filet pour que ce pays se souvienne qu’il peut vibrer ensemble ? Ce que nous appelons “l’unité nationale” ne devrait pas être un éclair, une fête volée au quotidien.
Ce bonheur populaire dit aussi, en creux, ce qui manque au reste de notre vie collective
Oui, Paris a gagné. C’est beau, c’est mérité, c’est juste. Mais ce bonheur populaire dit aussi, en creux, ce qui manque au reste de notre vie collective : du souffle, de la joie, une ambition commune. Mais que cette victoire nous serve de rappel, et non d’exutoire. Ce pays ne manque ni de talents ni d’énergie. Il manque de récits. D’incarnation. De confiance. Il faut bien que quelqu’un ouvre la voie. Ce soir, c’est Paris. Demain, à qui le tour ?
Merci Paris. Merci Doué. Honte aux barbares qui ont profané la fête. Et merci au football d’avoir rappelé, l’espace d’un soir, ce que la France peut encore être quand elle se rassemble : vibrante, fière, unie. Il est temps désormais de ne plus attendre un but pour exister. Et d’apprendre, enfin, à marquer dans la vraie vie.
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