Laurent Duplomb n’en espérait peut-être pas tant. À l’origine de la proposition de loi de levée des contraintes agricoles, le sénateur de Haute-Loire pressentait dans nos colonnes, dimanche dernier, un « retour de bâton » contre l’inflation normative d’une écologie dogmatique : « Après l’ajout pendant des années de contraintes par angélisme écologiste, ce prisme ruralicide, liberticide, antisocial est allé trop loin ! »
La semaine écoulée lui a donné raison : elle a commencé lundi par une motion de rejet contre sa « PPL Duplomb », déposée à l’Assemblée nationale par Julien Dive, député LR de l’Aisne, alors qu’il était… rapporteur et soutien du texte. Une manœuvre destinée à le renvoyer directement en commission mixte paritaire, pour contourner l’obstruction massive des milliers d’amendements déposés par Les Écologistes et LFI, plaident les soutiens du texte. Et sauver ainsi des mesures attendues depuis trop longtemps par les agriculteurs, qui s’en contentent, navrés toutefois que le débat parlementaire doive alors en passer par cette extrémité.
Mercredi matin, nouvelle défaite pour l’écologie radicale, qui s’est opposée par tous les moyens, même légaux, à la construction de l’A69 : la décision de la cour administrative d’appel de Toulouse ouvre la voie à une reprise du chantier. Députée européenne mais d’abord tarnaise, Céline Imart s’en félicite : « Il était temps d’en finir avec le blocage d’une minorité radicalisée ! La France avance. » Pourfendeuse d’une écologie « hors sol », agricultrice de profession, elle trouve bien vite une autre occasion de se réjouir : le soir même, les députés votent, presque par surprise, la suppression des zones à faibles émissions (ZFE). Généralisées depuis le 1er janvier dans les grandes villes, elles font l’objet d’un véritable concours Lépine de dérogations et de sursis auxquels personne ne comprend rien… sinon que les ZFE excluent les « gueux », selon le terme popularisé par l’écrivain Alexandre Jardin qui en a fait une croisade.
« La France silencieuse a imposé son récit »
« Sous couvert d’écologie, cette décision crée un délit de pauvreté », avait averti avec d’autres élus de la métropole lyonnaise Bastien Joint, conseiller municipal de Caluire-et-Cuire. Il se réjouit aujourd’hui de ce « vrai revers pour l’écologie punitive, qui s’est cristallisée dans les ZFE, qui concernent tout le monde. Cette victoire montre que plus on divise, comme le font toutes les villes écolos depuis 2020, plus on dessert la cause qu’on est censé servir ! Les Français veulent une écologie positive. » Son allié Alexandre Jardin y voit « une bascule culturelle. Cette France silencieuse est sortie du récit officiel pour imposer le sien, celui d’une injustice épouvantable ! Ce mouvement populaire s’est révolté contre la France d’en haut, sa déconnexion, son mépris de la réalité des gens. » L’écrivain estime que « cette puissance va se diriger vers d’autres causes pour que le peuple reprenne le contrôle de sa vie ».
« Gueux » interdits
Dans la foulée, les députés ont voté des dérogations au principe de « zéro artificialisation nette » des sols, dans une forme d’union des droites, contre laquelle le gouvernement ne peut que subir l’effritement du « bloc central ». Une série noire pour Marine Tondelier, qui accueille cette salve de vestes vertes avec dépit : « Nous vivons la pire semaine pour l’écologie depuis longtemps. » La secrétaire nationale des Écologistes y voit un avatar français du trumpisme, tout comme Clément Beaune, ancien ministre des transports, qui déplore une « triste semaine de démagogie anti-écolo ».
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Les anti-ZFE restent prudents, le chemin parlementaire (et constitutionnel) est encore long, mais Alexandre Jardin est confiant : « La technostructure est K.-O., elle n’imaginait même pas que le peuple pouvait penser et ne comprend pas que son magistère moral puisse être détrôné ! Les “gueux” n’osent pas tout à fait y croire encore, rattrapés par la vieille terreur de perdre encore à la fin… Mais comme le montrent les sondages, comme l’illustrent les députés qui se sont courageusement abstenus ou sont partis pisser, ceux qui veulent imposer d’en haut sont très faibles pour affronter la nation. »
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