Le lieu est discrètement sécurisé : un garde en uniforme, derrière une lourde grille en fer, des caméras, mais rien de trop démonstratif. Nous sommes à Meyrin, commune de l’agglomération genevoise, à quelques mètres du Cern et de son accélérateur de particules qui propulse des protons ou des ions à une vitesse proche de celle de la lumière. Une vitesse aussi stratosphérique qu’elle est lenteur et longueur de temps à la Fabrique du Temps Louis Vuitton, atelier unique au monde consacré à la haute horlogerie. Un lieu imaginé par deux maîtres horlogers visionnaires, Michel Navas et Enrico Barbasini, en 2007.
Orfèvres des mécanismes à complications, maniaques de la finition à la main de la moindre petite pièce d’horlogerie, devenus les plus grands experts de leur art. Enrico Barbasini est ainsi capable, juste en se remémorant le plus petit pont ou la moindre roue dentelée d’un modèle, d’en déduire la cote exacte, au micron près. À l’origine de leur projet, l’invention de mécanismes à complications, entièrement faits à la main, pour les proposer aux quelques grands horlogers.
Voyage, innovation et savoir-faire artisan
Deux ans après la naissance de la Fabrique du Temps, les deux compères inventent le mouvement Spin Time, un mécanisme de douze cubes rotatifs pour indiquer les heures, inspirés des tableaux d’affichage des horaires de vol des aéroports. À quelle grande maison présenter ce modèle ? Le mécanisme de la Spin Time requiert un boîtier singulier pour mettre en valeur l’affichage tridimensionnel de l’heure. Sans se concerter, les deux créateurs pensent à Louis Vuitton et à son modèle emblématique, Tambour. Le rendez-vous avec les dirigeants de la division horlogère de la grande maison est concluant, la Spin Time, « c’est pour nous ! » Le voyage, l’innovation, le savoir-faire artisan, tout dans l’objet renvoie à l’univers Louis Vuitton qui cherche à faire grandir sa vitrine de haute horlogerie. En 2011, le groupe rachète la Fabrique du Temps située à La Chaux-de-Fonds, qui déménage à Genève trois ans plus tard.
Une excellence authentifiée par le Poinçon de Genève
Le petit atelier où travaillaient une quinzaine de personnes autour d’Enrico Barbasini et de Michel Navas accueille désormais plus de 200 maîtres artisans, designers, usineurs, émailleurs, sertisseurs, graveurs, opérateurs finition, tous les savoir-faire requis pour créer et réaliser une pièce de haute horlogerie assemblée par un horloger qui façonne son modèle du début à la fin. De la Tambour classique, qui nécessite environ quatre mois de travail, aux modèles les plus élaborés qui requièrent des milliers d’heures de travail, et jusqu’à deux années en tout pour sortir une pièce unique. « Lorsqu’ils achètent une montre confectionnée ici, explique Enrico Barbasini, les gens achètent notre temps. La moindre pièce, le plus petit pont sont finis à la main, les angles sont façonnés à l’aide d’une petite baguette de gentiane. Nous nous sommes donné les moyens de ne pas faire de compromis en ne faisant pas appel à des sous-traitants. Tout ce qui sort de notre imagination peut être réalisé, nous prendrons le temps qu’il faut. »
Une excellence authentifiée par la certification du Poinçon de Genève, dont ne bénéficient que cinq maisons horlogères. Lorsqu’un modèle est créé, sa rassurance esthétique, mais aussi les 100, 200 ou 300 pièces sont expertisées par l’organisme qui les certifie une à une, s’assure de la finition à la main, avant, au terme d’un processus de plusieurs semaines, d’y graver son poinçon. Un kit complet de chaque exemplaire de montre authentifié par le Poinçon de Genève est conservé en ses murs, sorte de bibliothèque d’archives des plus prestigieux modèles de haute horlogerie suisse.
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Avec la Fabrique du Temps, Vuitton incarne la (très) haute horlogerie
Parmi les plus emblématiques pièces de la Fabrique du Temps Louis Vuitton à avoir rejoint cette grande histoire, la montre Tambour Carpe Diem Automata, dont le cadran arborant une tête de mort transpercée en son œil par un serpent doré, s’anime pour découvrir l’heure lorsque l’on active un bouton-poussoir. Un modèle couronné du prix de l’audace par le jury du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève en 2021. Un tournant qui fait entrer définitivement Vuitton dans l’univers très fermé de la haute horlogerie, et qui ouvre la voie à une nouvelle stratégie de montée en gamme. Lorsque Jean Arnault prend les rênes de la division, en 2023, il décide l’arrêt des mouvements quartz et relance deux maisons emblématiques de la complication horlogère, Gérald Genta, dont le modèle Oursin Fire Opal, proche d’une œuvre d’art, est produit au rythme de cinq exemplaires par an, et Daniel Roth, l’un des horlogers indépendants les plus respectés et emblématiques des années 1990 avec sa création du boîtier à ellipse.

Une histoire qui permet aujourd’hui à Louis Vuitton d’incarner la (très) haute horlogerie, grâce à un outil unique au monde, la Fabrique du Temps Louis Vuitton, qui lui permet de préserver et de perpétuer le secret de mécanismes et de savoir-faire inégalés.
Les escales autour du monde « Amazonie »

C’est une pièce d’exception sortie tout droit de l’imaginaire du directeur artistique de la Fabrique du Temps Louis Vuitton, Matthieu Hegi. Une montre de poche inspirée de l’Amazonie, qui inaugure une série d’escales autour du monde, évoquant d’autres paysages de la planète. La deuxième pièce étant dévoilée à Paris mi-juin, à l’hôtel Cheval Blanc, à une clientèle restreinte triée sur le volet. Amazonie, ayant un boîtier de 50 millimètres de diamètre serti de 60 gemmes émeraudes, tsavorites, tourmalines et saphirs jaunes, a demandé plus de mille heures de travail autour d’un mécanisme de 555 composants travaillés à la main. Le cadran est un tableau vivant.
Sur fond de végétation luxuriante, de cascade et de rochers, une pirogue chargée de malles Louis Vuitton, un couple de perroquets, un serpent vert et un singe sur une liane s’animent par le déclenchement d’une pièce coulissante située à 6 heures. La pirogue glisse à travers la végétation dense, les malles Louis Vuitton s’ouvrent et révèlent des fleurs de Monogram LV dorées qui suscitent la curiosité des perroquets qui agitent la tête et les ailes. Le serpent remue sa queue, tandis que le singe observe la scène en remuant une imposante feuille. Un ouvrage d’art présenté à une centaine de clients Louis Vuitton, invités à Phuket en début d’année, et aussitôt vendu à un acheteur anonyme, pour un prix inestimable et gardé secret. D’autres exemplaires de cette série sont en cours de création, sur demande de clients séduits par cette idée de récit de voyage. Des pièces uniques qui rapprochent un peu plus l’univers de la haute horlogerie du monde de l’art.
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