
Il s’est assis pour boire un café. Il est reparti avec une chaise en pleine tête. Parce qu’il était juif. C’est la France, en 2025. À Neuilly, en plein jour, un rabbin est violemment frappé à la tête alors qu’il prend un café en terrasse. L’agresseur est palestinien, en situation irrégulière. Le mobile est limpide. Pourtant, comme à chaque fois, on invoque la « folie ». Le fameux déséquilibré. Une formule-refuge, devenue automatique, pour ne pas affronter le réel.
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Mais le réel est là : agresser un juif, aujourd’hui, n’a plus rien d’exceptionnel. Il suffit d’un signe — une kippa, une étoile, une barbe — pour qu’un homme devienne une cible. Elie Lemmel n’en est pas à sa première agression. Une semaine plus tôt, à Deauville, il avait déjà été frappé par trois individus. Juste la haine brute. Celle qui surgit parce qu’on sait qu’elle ne coûte rien. Parce qu’elle s’installe. Parce qu’elle devient tolérable.
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Ce n’est plus un antisémitisme honteux. C’est une haine décomplexé qui frappe à visage découvert, à la lumière du jour. Il y a vingt ans, ces agressions se faisaient en douce. Aujourd’hui, elles se font avec assurance. Et ce qui glace, ce n’est plus le choc. C’est qu’on s’y habitue. Ce n’est pas un cauchemar, c’est une atmosphère. Une chape de plomb. Le sentiment diffus, mais tenace, que les Juifs doivent se faire discrets. Baisser les yeux, cacher les signes, éviter certains quartiers, changer de prénom sur les boîtes aux lettres. Et surtout : ne pas trop en parler.
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Les chiffres, eux, sont là : +340 % d’actes antisémites en Île-de-France. 1 570 recensés en 2024. Un bond. Une lame de fond. Le plus glaçant, ce n’est peut-être pas la violence. C’est l’indifférence. Cette prudence molle des institutions, ce silence poli des partis, cette frilosité médiatique qui transforme l’indicible en dicible. Quelques tweets, des condamnations, puis rideau. L’antisémitisme est devenu un sujet miné, que l’on manie du bout des gants. On le recouvre de slogans antisionistes, on l’enrobe de discours tiers-mondistes, on le travestit en colère sociale. Et pendant ce temps, il se répand et agresse.
Il y a une génération, on jurait que « plus jamais ça ». Aujourd’hui, les mêmes regards fuyants, les mêmes non-dits, les mêmes excuses reviennent, comme un mauvais remake de l’Histoire. Résultat : les Juifs sont seuls. Seuls à dénoncer. Seuls à trembler. Seuls à protéger leurs enfants, leurs synagogues, leurs écoles. L’antisémitisme n’est plus une vieille haine marginale. C’est un climat. Un climat inversé où ceux qui frappent relèvent la tête, et ceux qu’on frappe la baissent. Et où le silence des autres fait office d’assentiment.
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Depuis le 7 octobre 2023, depuis le massacre commis par le Hamas en Israël, une bascule s’est opérée
L’antisémitisme est loin d’être « résiduel » comme le disait Jean-Luc Mélenchon. Un rabbin frappé à Neuilly. Une kippa arrachée dans le métro. Des étoiles taguées sur les murs d’une école juive. Des cortèges où l’on crie « intifada » en plein Paris. Voilà notre présent. Et peut-être, déjà, notre futur. Ce ne sont pas des faits isolés. Ce sont les signes d’un basculement. L’antisémitisme n’est plus seulement toléré. Il est parfois promu. Il a ses relais, ses mots-clés, ses visages familiers. Depuis le 7 octobre 2023, depuis le massacre commis par le Hamas en Israël, une bascule s’est opérée. La compassion a duré vingt-quatre heures. Puis les morts israéliens ont disparu. Puis les Juifs sont devenus suspects. Sommés de se taire, sommés de se justifier, sommés de disparaître du débat public.
Dans ce renversement, certains partis portent une lourde responsabilité. À commencer par La France insoumise. Depuis des mois, LFI multiplie les ambiguïtés. Elle installe le soupçon, justifie l’indéfendable, recycle un antisionisme militant qui sert de paravent à la haine la plus banale. Le Hamas devient une résistance. Les victimes deviennent des agresseurs. Et les Juifs de France ? Une cible.
Ce climat ne tombe pas du ciel. Il a été préparé. Nourri. Relayé. La vraie question n’est plus de savoir si l’antisémitisme revient. Il est là. Ce qui reste à trancher, c’est ceci : allons-nous continuer à fermer les yeux ? Ou allons-nous, enfin, agir ? Expulser les clandestins qui frappent. Dissoudre les groupes qui attisent. Sanctionner les élus qui flattent l’abject. Une République qui ne protège pas les Juifs est une République qui abdique. Et ceux qui nourrissent cette haine, par leurs silences ou leurs discours, devront répondre. Politiquement. Moralement. Historiquement.
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