
C’est un réflexe bien connu : quand le thermomètre affiche une fièvre trop forte, certains préfèrent l’accuser de dysfonctionnement plutôt que de soigner la maladie. En présentant vendredi son rapport parlementaire sur l’organisation des élections, Antoine Léaument, député LFI de l’Essonne, a ressorti l’un des vieux dadas de son mouvement : la mise au ban des instituts de sondage.
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Dans un texte long de 350 pages, nourri d’une centaine d’auditions, l’élu insoumis réclame ni plus ni moins que l’interdiction des sondages d’intentions de vote tant que les listes de candidats ne sont pas officiellement déposées – c’est-à-dire, souvent, à quelques semaines du scrutin. Il demande aussi qu’on interdise toute projection de second tour avant que le premier n’ait eu lieu. Motif invoqué : les sondages influenceraient les électeurs, brouilleraient les campagnes et fausseraient le jeu démocratique.
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L’aveu qui ne dit pas son nom
Mais ce que Léaument présente comme une mesure de salubrité publique est surtout un aveu qui ne dit pas son nom. Car si les Insoumis montent au créneau contre les sondeurs, c’est d’abord parce que les chiffres ne leur plaisent pas. Parce que les baromètres d’opinion leur renvoient une réalité politique difficilement acceptable : celle d’un pays qui ne les suit pas, et qui les désavoue sur nombre de leurs marqueurs idéologiques.
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C’est une constante depuis les échecs de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, en 2017 puis en 2022, resté deux fois à la porte du second tour pour moins de 600 000 voix. Chaque fois, les sondeurs ont été accusés d’avoir « sous-estimé la dynamique » ou d’avoir dissuadé les électeurs d’y croire. Comme si les instituts étaient responsables des résultats. Comme si c’était à eux de construire un récit.
Le problème, c’est que les Français sont aujourd’hui majoritairement en désaccord avec la ligne de La France insoumise. Sur l’immigration, la sécurité, la justice ou l’école, les enquêtes d’opinion montrent une société inquiète, en demande d’autorité et de clarté, là où les Insoumis prônent le désarmement de la police, l’ouverture des frontières et la culture de l’excuse. Même à gauche, la fracture est visible : de nombreux électeurs socialistes ou écologistes, sans basculer à droite, sont beaucoup plus lucides – et nuancés – que les figures radicales censées les représenter.
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Et pourtant, la France n’a pas à rougir de ses instituts de sondage. Loin de là. Tous utilisent des méthodes éprouvées, croisent les données et sont encadrés par la commission des sondages. La concurrence entre instituts est féroce, les erreurs sont analysées, publiées, corrigées. Il est d’ailleurs arrivé que les sondeurs sous-estiment… la droite, comme en 2015 ou en 2022. Faut-il aussi interdire les sondages dans ce cas ?
Le député Renaissance Thomas Cazenave, président de la même commission parlementaire, l’a rappelé sans détour : « Rien ne m’a convaincu qu’il y avait un biais des sondeurs. » Et d’ajouter : « Il y a une grande diversité de méthodes, une exigence professionnelle, et une vérification constante. » Bref, la critique ne tient pas. Elle trahit davantage une gêne politique qu’un réel souci démocratique.
Changer le peuple, ou l’écouter ?
En réalité, la croisade de Léaument illustre un malaise plus profond à gauche : celui d’un courant politique qui fantasme un peuple mais qui, lorsqu’il prend la parole, lui tourne le dos. Faute de pouvoir changer les électeurs, certains rêvent de faire taire ceux qui mesurent leur opinion. C’est un renversement inquiétant : au lieu de s’interroger sur son décalage croissant avec l’opinion, LFI préfère s’en prendre à ceux qui le documentent.
Interdire les sondages ne rendra pas les Insoumis plus populaires. Cela ne fera pas disparaître les doutes sur leur stratégie ni les désaccords sur le fond. Cela ne résoudra pas non plus la question migratoire, ni celle de la violence, ni celle du déclassement français. En revanche, cela confirme une chose : quand on fuit la réalité, elle finit toujours par vous rattraper.
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