Les mineurs sont de plus en plus nombreux à être impliqués dans des dossiers de terrorisme en Belgique. Telle est la conclusion du rapport annuel de l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM), rendu public ce jeudi 12 juin. La tendance est particulièrement marquée depuis 2022 et l’après-Covid : au cours des trois dernières années, un tiers des projets d’attentats impliquaient des jeunes de moins de 18 ans.
Au total, ces statistiques, obtenues notamment via la Banque de données commune T.E.R., ont permis d’identifier une trentaine d’individus mal intentionnés. Si les autorités belges déplorent une augmentation du nombre de jeunes impliqués dans des actions terroristes, il s’agit pour les deux tiers d’entre eux de profils isolés – aussi appelés « lone actors ». Mais c’est l’augmentation des cellules de petite taille qui alarme les services de sécurité belges, principalement dans un contexte djihadiste.
« Il s’agissait souvent de réseaux peu structurés, où la propagande djihadiste circule allègrement, et dont les membres s’étaient rencontrés par le biais de réseaux sociaux et de groupes de discussion privés », pointe le rapport, ajoutant que « dans de nombreux cas, il s’agissait de jeunes, souvent mineurs, qui semblent s’être radicalisés en peu de temps. »
« Quelques semaines suffisent parfois entre la première exposition à des contenus extrémistes et la planification d’un acte violent »
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L’OCAM souligne d’ailleurs la rapidité avec laquelle certains mineurs basculent : quelques semaines suffisent parfois entre la première exposition à des contenus extrémistes et la planification d’un acte violent. Cette vulnérabilité est renforcée par des troubles psychiques ou des situations de mal-être, fréquemment observés chez ces jeunes.
La communauté juive ciblée
Si la menace d’un extrémisme politique persiste – notamment en lien avec le djihadisme –, l’OCAM s’inquiète surtout de la manière dont les plus jeunes sont exposés à ces groupes, qui communiquent en ligne à travers des messages codés. En 2024, 287 signalements ont ainsi été enregistrés par les institutions.
Plus de la moitié (57 %) a été considérée comme présentant une menace faible (niveau 1), près d’un tiers (31 %) comme une menace moyenne (niveau 2), et 12 % comme des menaces sérieuses ou graves (niveau 3). Aucun signalement n’a été classé au niveau 4 – correspondant à une menace imminente.
Concernant les cibles, l’organe signale que 15 % des projets repérés visaient directement la communauté juive. Un chiffre qu’il lie à l’actualité et à la montée progressive de l’antisémitisme dans le pays. Pour autant, les causes sous-jacentes aux signalements de menaces furent diverses et souvent multiples.
Les auteurs présentent fréquemment des profils hybrides : à la fois influencés par des idéologies extrémistes (djihadisme, ultradroite, anti-establishment), mais aussi porteurs de motivations personnelles ou complotistes. Une « hybridation idéologique », qui complique le travail de détection.
« Plus de cinquante menaces d’attentats proférées par des mineurs ont été recensées l’an dernier »
Le rapport souligne également que les tensions liées au conflit israélo-palestinien ont agi comme un « déclencheur émotionnel majeur » tout au long de l’année 2024, en particulier chez les jeunes de confession musulmane radicalisés en ligne. D’autres cibles ont été régulièrement identifiées dans les signalements : personnes spécifiques, policiers, militaires, lieux publics, bâtiments institutionnels, voire individus désignés comme « mécréants » selon le vocabulaire utilisé dans certains cercles extrémistes.
Une menace toujours « grave » pour l’État belge
Le niveau de menace générale reste fixé à 3 (grave) depuis l’attentat du 16 octobre 2023 à Bruxelles. Si aucune attaque n’a été commise sur le territoire en 2024, les services de sécurité ont traité plusieurs dossiers faisant état d’intentions violentes. L’OCAM alerte par exemple sur l’attractivité croissante de l’idéologie portée par l’ISKP, la branche afghano-pakistanaise de l’État islamique, dont la propagande séduit un public jeune, avide de récits violents et de symboles identitaires.
Ce phénomène ne se limite toutefois pas à la Belgique : les services de sécurité ont enregistré, l’an passé, des attentats et projets d’attentats impliquant des adolescents en France, en Suède et en Allemagne. Face à cette réalité, il appelle à renforcer la coopération entre services de sécurité, secteur médico-social et monde éducatif. Plus de cinquante menaces d’attentat proférées par des mineurs ont été recensées l’an dernier.
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