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Julien Dassin : dans l’ombre et la lumière de Joe



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13 Juin 2025
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Julien Dassin : dans l’ombre et la lumière de Joe
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En interviewant ses proches, Julien Dassin a tenté de cerner les similitudes et mimétismes qui existaient avec l’artiste emblématique de la chanson de variété des Trente Glorieuses. Des airs légers et nostalgiques dont le quadragénaire s’est emparé à la faveur de concerts rassemblant des milliers de personnes sur tous les continents. « Je ne me reconnais pas dans le côté revendicatif des chansons d’aujourd’hui. Les chansons se doivent de raconter une histoire », explique Julien Dassin. Les chansons sont faites pour fédérer. Joe Dassin, c’était l’âge d’or d’un pays dont les refrains témoignent d’une belle absence de fracture sociale.

Le JDNews. Qu’avez-vous appris à travers ce livre sur votre père ?

Julien Dassin. J’avais 5 mois quand il est mort. De mon père, je ne connais que les témoignages de ses proches et intimes. Même ses fans en savent plus que moi, ayant répertorié au fil des années ses moindres faits et gestes. Ils m’ont permis de rétablir certaines vérités, notamment sur la rencontre avec ma mère. Mon père et ma mère ne se sont pas croisés dans le magasin de photos où travaillait ma mère, mais dans un avion en Grèce. Mon père, je le connaissais donc autant que vous. Ne possédant aucune photo personnelle de lui, un incendie ayant ravagé presque toutes ses affaires à Feucherolles, je n’en gardais que l’image d’un artiste perpétuellement en représentation, impeccablement coiffé dans son costume de scène. L’homme en jean et baskets le dimanche, je n’en aurai jamais aucune photo. En menant mon enquête, je voulais cependant connaître son visage quand il était décoiffé. Lors de ma dernière tournée aux États-Unis, j’ai même refait à pied le chemin qui le menait de sa maison à l’école. Cela peut sembler anodin mais cela signifie beaucoup pour moi.

Vous commencez votre livre par la mort subite de votre mère, fauchée alors que vous êtes en pensionnat…

La veille, je l’avais eue au téléphone pour lui demander si je pouvais rentrer plus tôt. « Non, m’avait-elle répondu, tu feras comme tes petits camarades de classe. » Et le lendemain matin, le directeur vint me demander de préparer mes affaires. Ça semblait tout à coup urgent. Un chauffeur, que je connaissais bien puisqu’il m’amenait toutes les semaines au golf, m’attendait dans sa voiture. Immédiatement, j’ai senti que quelque chose clochait. Il ne disait pas un mot, et quand j’ai voulu mettre de la musique, il a aussitôt coupé l’autoradio puis, alors que je recommençais, l’a arraché de son habitacle et l’a balancé par la fenêtre ! Ma mère avait été victime d’une crise d’asthme ou cardiaque. Comme mon père, à 41 ans. Elle n’aura pas connu de vieux jours.

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Leur départ à un âge précoce ne vous a-t-il pas donné une forme de liberté pour tracer votre propre chemin ?

Oh, vous savez, mes parents, j’aurais bien aimé les avoir sur le dos ! Il faut ne plus les avoir pour en mesurer le manque. Moi, j’ai toujours regretté de ne pas avoir quelqu’un qui m’apprenne à jouer au foot ou à me raser. Je n’ai jamais eu un père qui me dise « Fais ça ». J’y suis arrivé par hasard.

Orphelin, vous avez dû gérer un lourd héritage…

Beaucoup idéalisent la vie des fils d’artistes. Mais, comme pour Johnny, ce n’est pas toujours aussi idyllique que ça en a l’air. Mon père appartenait à une époque insouciante, où l’on dépensait sans compter. Sa maison de Feucherolles, par exemple, était un véritable gouffre financier, avec ses 1 000 mètres carrés de surface habitable. Ça me coûtait une dizaine de milliers de francs rien qu’en entretien, avant que je ne me décide à la céder à un type gérant des supermarchés. Il fallait en effet être assez fou pour la reprendre. Mon père avait fait construire une maison assez mal foutue, avec des chambres disproportionnées par rapport à la taille du salon.

« Vous savez, mes parents, j’aurais bien aimé les avoir sur le dos ! »

Un nom comme Dassin est-il un poids ?

J’ai eu l’impression d’avoir une vie normale, même si la célébrité ne génère pas que de la bienveillance. Il arrivait que mes petits camarades de classe se montrent cruels à mon égard. « Tiens, comme par hasard, il a eu une bonne note », les entendais-je dire. Mais si j’avais une bonne note, arguais-je, c’est juste que j’avais bien travaillé.

Est-on alors obligé d’être l’ambassadeur de la légende paternelle, en se montrant toujours aimable et gentil ?

J’ai eu la chance d’être bien élevé. Car qui suis-je pour casser l’image de mon père, Joe Dassin, en me montrant odieux et mal élevé ? Il y a toujours un petit point derrière pour me le rappeler : je ne suis pas seulement le fils de Joe Dassin mais aussi le petit-fils du cinéaste Jules Dassin.

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Avez-vous hésité à reprendre le flambeau ?

Je reprenais du Piaf et du Montand quand l’idée m’est venue de rendre hommage à Joe Dassin. Ses chansons sont ancrées dans les mémoires. Descendez les Champs-Élysées et vous serez surpris d’entendre quelqu’un fredonner du Joe Dassin. Pareil, il ne doit pas se passer une journée sans qu’un boulanger ne chante Les Petits Pains au chocolat. Ses chansons sont toutes emplies des souvenirs des Français. On se rencontre, on se marie sur du Joe Dassin. Ses chansons elles-mêmes viennent d’histoires vécues. Salut les amoureux, c’est une pure autobiographie de Claude Lemesle. En les reprenant, je n’ai pas cherché à en changer la moindre note, la moindre orchestration. Je suis resté fidèle à leurs arrangements d’origine, tout comme je tiens à rester respectueux vis-à-vis du public. Pas question de se présenter en jean-baskets. Le smoking s’impose quand on chante la vie des gens.

Quel objet vous reste-t-il de votre père ?

Costumes, dossiers, instruments de musique… tout a été emporté dans l’incendie qui a ravagé la maison de Feucherolles. Il ne me reste que les disques d’or et les photos promotionnelles de Bernard Leloup. Mais je n’ai aucun instrument de musique, par exemple. Sa première femme, Maryse, m’a prévenu lorsqu’elle a vendu son banjo sur Internet. Alors que je lui demandais de le lui acheter, elle m’a sèchement répondu : « Ah non, c’est le jeu des enchères. » Même si je suis le fils de la femme qui lui a piqué son mari, je n’en reste pas moins celui de l’homme qu’elle a aimé. Je ne suis en rien coupable de cette histoire.

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