C’est un refrain qui revient régulièrement. Alors que l’Italie envisage la construction d’un porte-avions nucléaire à l’horizon 2040, et que la Chine s’apprête à mettre à l’eau son quatrième navire de ce type, le débat reste vif en France. La pertinence d’un successeur au Charles de Gaulle, attendu à l’horizon 2040, fait toujours l’objet de discussions.
En octobre dernier, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, assurait que « l’année 2025 sera celle de la passation de commande » du prochain vaisseau amiral. Même si le porte-avions de nouvelle génération (PANG) a été confirmé dans la Loi de programmation militaire (LPM), la Délégation générale à l’armement n’a pas encore signé de bon de commande avec Naval Group.
Parallèlement, les députés Thomas Gassilloud (Renaissance) et Damien Girard (EELV) évoquent, dans un rapport parlementaire, la possibilité de repousser le lancement du programme, voire de prolonger la durée de vie du Charles de Gaulle. La raison ? Un report de quelques années du PANG – dont le coût est estimé à 10 milliards d’euros – permettrait de dégager des marges budgétaires pour renforcer des capacités jugées plus urgentes, telles que le renseignement, la cybersécurité, l’acquisition de munitions, de drones ou encore de systèmes de défense sol-air.
« Un gisement d’économies permettant de financer notamment les nouvelles frégates »
« La résurgence des conflits de haute intensité, le développement des menaces hybrides et l’incertitude du soutien américain replacent au cœur des priorités l’impératif de masse conventionnelle », souligne le rapport, définissant cette notion comme « la capacité à engager durablement des volumes significatifs de forces, de matériel et de munitions ».
Renforcer l’aviation de chasse
Décaler l’achat du porte-avions permettrait également d’acquérir des équipements plus lourds. Les deux députés rappellent ainsi dans leur document une proposition faite en février dernier par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, qui avait évoqué la nécessité de renforcer l’aviation de chasse avec une « trentaine » de Rafale supplémentaires.
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Pour la Marine, Gassilloud et Girard plaident pour un format de dix-huit frégates de premier rang, ce qui passerait par la commande de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) supplémentaires. « Une telle opération constituerait un gisement d’économies permettant de financer notamment les nouvelles frégates », explique le rapport, alors que les finances publiques sont au plus bas. Actuellement, « la France n’a pas les moyens de ses ambitions », souligne-t-on du côté de Bercy.
« Dans l’industrie de défense, quelques mois deviennent plusieurs années »
Ce rapport est « une excellente idée, compte tenu de l’évolution des systèmes d’armes et des besoins en armement », estime le général Dominique Trinquand, ancien chef militaire de la mission auprès de l’ONU à New York. Ancien officier de l’armée de Terre, cet expert en relations internationales s’interroge sur « l’utilité d’un porte-avions face aux menaces actuelles en Europe ».
Risque de désorganisation industrielle
Cependant, repousser une telle commande aurait aussi des conséquences sur l’outil industriel français. « On parle parfois de quelques mois de décalage. Mais dans l’industrie de défense, quelques mois deviennent plusieurs années. Ce sont des chaînes entières de compétences, de savoir-faire et de souveraineté que l’on fragilise », alerte Yannick Chenevard, député varois et rapporteur du budget de la Marine nationale.
L’élu souligne notamment que prolonger la vie du Charles de Gaulle « impliquerait de faire retravailler TechnicAtome sur les chaufferies K15, au détriment du développement des K22, indispensables au futur porte-avions nouvelle génération ». Ce choix ferait peser « un risque de désorganisation industrielle majeur », ajoute-t-il, militant pour la construction non pas d’un, mais de deux PANG.
Enfin, après près de 40 ans de services, dans le cas où le Charles de Gaulle ne pourrait prolonger ses missions, la France se retrouverait sans porte-avions. « Sur la scène internationale, ce serait un terrible aveu de faiblesse. On donnerait l’image d’un pays qui régresse, et cela n’est pas acceptable », souffle un ancien amiral.
Dans l’hypothèse où le programme serait effectivement décalé, Damien Girard y voit une opportunité pour envisager « la construction de deux PANG susceptibles d’être européanisés dans le cadre d’une escadre européenne interopérable, au service de l’autonomie stratégique européenne ». Mais alors que la coopération européenne peine déjà à aboutir sur le projet d’avion de combat du futur (SCAF), l’idée d’un porte-avions européen reste, pour l’heure, difficile à imaginer…
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