Vendredi 13 juin 2025. Alors que les chancelleries occidentales observent toujours avec angoisse les remous de la guerre en Ukraine et l’attitude du maître du Kremlin, c’est au cœur du Moyen-Orient, une fois encore, que le pire est à craindre. Israël a annoncé avoir mené une « frappe préventive » contre l’Iran, visant des infrastructures militaires stratégiques. À Téhéran, les médias d’État évoquent des morts civils dans un complexe résidentiel, où femmes et enfants auraient péri.
Dans les heures qui ont suivi, le ministre israélien de la Défense a déclaré l’état d’urgence national, anticipant une riposte immédiate de la République islamique. « Une attaque de missiles et de drones contre l’État d’Israël et sa population civile est attendue dans un avenir immédiat », a-t-il averti. Téhéran, de son côté, promet une réponse « forte, décisive et historique ». À la surface de ce conflit, il y a la crainte des représailles iraniennes. Mais en profondeur, ce sont les strates anciennes d’un affrontement plus vaste, d’une hostilité larvée que le monde redoute depuis deux décennies : celle de la prolifération du nucléaire militaire iranien.
Pour nous occidentaux, le programme nucléaire de l’Iran est une énigme géopolitique aussi ancienne que complexe. Tout commence dans les années 1950, lorsque le Shah, sous tutelle américaine, amorce un programme nucléaire civil. L’Iran ratifie le Traité de non-prolifération (TNP) en 1970 et bénéficie de l’expertise occidentale. Mais la révolution islamique de 1979 rebat les cartes. Le pays s’isole, interrompt partiellement son programme, avant de le relancer secrètement dans les années 1980, en pleine guerre contre l’Irak. Dès les années 2000, la communauté internationale découvre, médusée, l’existence de sites non déclarés, comme ceux de Natanz et Arak. Les soupçons d’une militarisation s’épaississent.
En 2015, un accord historique – le fameux JCPOA – voit le jour à Vienne. L’Iran s’engage à réduire drastiquement ses capacités d’enrichissement d’uranium, en échange d’une levée progressive des sanctions internationales. Mais ce fragile équilibre vole en éclats en 2018, lorsque le président Donald Trump, dans une décision unilatérale, retire les États-Unis de l’accord. Dès lors, l’Iran reprend ses activités, dépasse les seuils autorisés, limite les inspections de l’AIEA. Depuis cinq ans, il flirte dangereusement avec le seuil nucléaire, sans jamais l’avouer formellement. Une stratégie de l’ambiguïté particulièrement inquiétante.
La situation actuelle est probablement la plus explosive qu’ait connue le Moyen-Orient depuis la guerre du Kippour. Deux puissances régionales s’affrontent désormais ouvertement. Israël, État juif cerné d’ennemis, doté de l’arme atomique mais soumis à une pression existentielle constante, a toujours considéré un Iran nucléaire comme une ligne rouge. L’Iran, quant à lui, avance masqué, manie le langage de la paix tout en finançant le Hezbollah, en armant les milices irakiennes, en soutenant les Houthis, et en défiant ouvertement Tel-Aviv par des manœuvres militaires répétées.
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L’Iran joue avec le feu, et c’est toute la région qui risque de s’embraser
La France a eu raison de rappeler le droit d’Israël à se défendre. Face à un régime théocratique qui ne cache plus ses ambitions impérialistes, la prudence ne peut que conduire à la faiblesse. Nul ne souhaite l’embrasement régional, mais chacun doit reconnaître que la faiblesse diplomatique des dernières années a permis à l’Iran d’atteindre un niveau d’enrichissement supérieur à 60 %, le plus élevé jamais constaté hors du cercle des puissances nucléaires. Le droit international est clair : cet usage militaire de l’atome n’est pas tolérable. L’Iran joue avec le feu, et c’est toute la région qui risque de s’embraser.
Dans ce théâtre d’ombres et de menaces, d’autres puissances jouent à un jeu trouble. La Chine, désireuse de fragiliser le bloc occidental, soutient discrètement l’Iran à travers ses investissements, ses livraisons de technologie et sa diplomatie parallèle. La Russie, désormais liée à Téhéran par des alliances de circonstance et des livraisons mutuelles de drones et d’armements, voit dans l’escalade moyen-orientale une manière de détourner l’attention de sa guerre en Ukraine. Ni Pékin ni Moscou ne joueront les pacificateurs là-bas.
L’Occident, et particulièrement l’Europe, doit retrouver sa voix. Les Nations unies ne peuvent se contenter de publier des communiqués timides. Il faut une initiative diplomatique ambitieuse, un retour à la table des négociations – mais cette fois, sans naïveté. Les promesses creuses de Téhéran n’achètent plus la paix. Seule une désescalade contrôlée et vérifiable, adossée à des garanties concrètes et à une présence accrue de l’AIEA, pourrait éviter que la région ne bascule dans l’irrémédiable.
Au cœur de la nuit orientale, la menace atomique plane comme une ombre. Le monde ne peut pas se contenter de regarder. L’Iran a choisi de jouer un jeu dangereux : il appartient à la communauté internationale de faire en sorte qu’il n’en définisse pas seul les règles.
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