On a fini par oublier qu’avant LA guerre d’Algérie, il y eut une « première guerre d’Algérie » dont on commémore, avec atonie, les 195 ans. Cette phase de conquête, bien documentée, mais inconnue du grand public, fut déterminante dans le déroulement de l’indépendance et par l’instrumentalisation qu’en fait le pouvoir algérien dans la mémoire du conflit. Elle permit, entre autres, de véhiculer le mythe d’une « nation » algérienne unie qui aurait préexisté au débarquement du corps expéditionnaire français en juin 1830.
La comparaison hasardeuse établie entre le système génocidaire nazi et les exactions commises durant les premières années de la colonisation ne sont pas de nature à éclairer les débats. À ces provocations victimaires dont abuse la pensée décoloniale, il faut opposer l’examen serein et nuancé d’une période complexe de notre histoire.
Contre la vulgate égrenée par le FLN, la prise d’Alger ne fut accompagnée d’aucun projet prémédité de colonisation. C’est d’ailleurs le péché originel de cette inconséquence géopolitique de Charles X qui sera le fardeau de son successeur, Louis-Philippe. L’objectif du pouvoir est circonscrit : entamer l’hégémonie anglaise en Méditerranée, contrarier la puissance ottomane et protéger les flottes françaises de la piraterie barbaresque.
L’expédition de Charles X suscite la sidération mais ne se heurte qu’à une résistance éparse. Alger tombe en moins de trois semaines. Les populations soumises au joug d’Istanbul ne s’émeuvent d’ailleurs guère du départ du Dey et de son entourage corrompu qui se payent une dernière fois sur le pays avant de se sauver. La colonisation turque, pourtant brutale, fut cependant savamment effacée du récit algérien des origines du pays.
Désillusion républicaine
Les hésitations politiques et le changement de régime suscitent toutefois les premières résistances. L’émir Abd El-Kader s’impose seulement en 1832 à la tête d’un mouvement qui ne fait pas l’unanimité. Le « pays » n’a encore aucune cohérence territoriale. Les provinces de l’Est restent fidèles à la Sublime Porte et les Kabyles font bande à part. La nation algérienne n’est ainsi qu’une vue de l’esprit instruite tardivement par le FLN. Seul l’islam cimente une société composite mais, là encore, Alger préfère insister sur la figure combattante d’Abd El Kader plutôt que sur son adhésion au Djihad. Cette occultation sous-estime ainsi le caractère confessionnel du conflit pourtant encore prégnant au moment de l’indépendance.
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Les « Algériens » organisent une riposte armée, réprimée sans ménagement
S’il n’y a aucune gloire à chercher en Afrique, l’idée de peupler ces contrées septentrionales s’impose progressivement. Sous l’influence du saint-simonisme, la monarchie de Juillet installe dans les campagnes, nouvel Eldorado, colons et pionniers européens, souvent d’origine espagnole ou italienne. Tous espéraient y trouver fortune, la plupart y récolteront la ruine. L’utopie d’une société plurielle s’échoue sur des réalités culturelles qui demeurent aujourd’hui encore indépassées.
Dès 1846, le maréchal Bugeaud, avec lucidité, prévenait, « les Arabes nous détestent, et toutes les fois qu’ils seront réchauffés par des hommes de la trempe d’Abd el-Kader ils se soulèveront et tenteront des efforts pour nous chasser de leur pays ». À cet égard, la passion taxinomique des espèces héritée des Lumières a conduit aux hypothèses racialistes dont la colonisation devait constituer le révélateur chimique. De Tocqueville à Jules Ferry, la proclamation d’un devoir de civilisation s’est ainsi nourrie de cette conviction de l’existence de hiérarchies naturelles au sein de l’Humanité.
Obsession culpabilisatrice des décoloniaux
Saisissant les atermoiements de Paris sur le devenir de la colonie, les « Algériens » organisent une riposte armée, réprimée sans ménagement. Les violences commises à partir de 1830 ne dérogent pas aux usages cruels de la guerre. Seule la technologie leur donne une intensité plus dramatique. Les enfumades et les pillages, les razzias et les massacres de civils ne sont pas inédits mais s’inscrivent dans une pratique héritée des révolutionnaires de 1793. Jean-Michel Apathie croit révéler des exactions déjà renseignées mais se trompe de cible dans son analogie avec le nazisme. Les méthodes employées en Algérie tirent plutôt du côté de celles des sombres colonnes infernales en Vendée.
Les massacres commis en Méditerranée sont d’ailleurs dénoncés par le camp conservateur à la Chambre des pairs. Ils sont, en revanche, couverts par une hiérarchie militaire qui, sans être de souche républicaine, reste imprégnée de réflexes « révolutionnaires » dans la façon de mener la guerre. La colonisation de l’Algérie fut tristement semblable à toutes les formes de conquête que l’humanité connut, avec leur lot de comportements indignes et de massacres. Tout à leur obsession culpabilisatrice, les décoloniaux veulent absolument adosser à l’entreprise française une dimension a posteriori génocidaire, historiquement infondée.
La colonisation fut une belle aventure mais s’avéra rétrospectivement une grande désillusion
La colonisation eut ses soldats perdus comme elle eut ses justes. En faire une relecture moralisatrice circonstanciée n’épuisera pas sa dimension universelle et intemporelle. La colonisation n’est que l’expression d’un rapport de force qui, en l’occurrence, tourna longtemps à l’avantage des Européens.
Démographiquement coûteuse, économiquement inefficace, socialement intenable et militairement épuisante, la colonisation fut certes une belle aventure pour nombre de générations mais s’avéra rétrospectivement une grande désillusion pour les Occidentaux condamnés à vie à s’excuser et à supporter les conséquences d’une immigration massive issue de leurs ex-colonies. Les colonisateurs du XIXe siècle n’ont rien à voir avec les colons des années 1960. Mais le FLN au pouvoir les englobe pour distiller à une population fatiguée un ressentiment facilement exportable et en faire l’instrument de la détestation de la France.
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