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Mise en scène de soi, marchandisation : comment Strava nombrilise la pratique sportive



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14 Juin 2025
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Mise en scène de soi, marchandisation : comment Strava nombrilise la pratique sportive
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Course sur route, trail, marathon… Sur les réseaux sociaux, de plus en plus coureurs ou cyclistes amateurs, souvent très bien équipés, organisent leurs sorties en fonction de l’application Strava. Ils partent à l’assaut des KOM (King of the Mountain) ou QOM (Queen of the Mountain), ces records réalisés sur des portions précises de route ou de sentier. Ils consultent leurs statistiques en temps réel, anticipent le vent, choisissent les horaires de moindre affluence, évitent les arrêts. Ils ne s’entraînent plus : ils performent.

Ils visent les likes, les records, les badges… La logique est celle du jeu vidéo : une quête permanente de points, de récompenses, de classements. Strava transforme les parcours du quotidien en terrain de compétition. L’utilisateur devient à la fois sportif, stratège… et influenceur.

Mais certains vont plus loin encore. Une figure inattendue émerge : celle du « Strava jockey », payé pour courir à la place d’un autre. Le concept est simple : un utilisateur embauche quelqu’un pour effectuer une sortie à sa place. Il suffit d’indiquer l’intensité, la durée et le parcours.

Comme sur les applis de livraison, c’est à la carte. À partir d’un euro du kilomètre, ces offres pullulent sur internet, souvent avec des descriptions identiques : « Vous manquez de temps, de motivation ou de souffle ? Vous voulez continuer à briller sur Strava sans vous lever du canapé ? Je cours en vrai, et à vous la gloire. » Le tarif varie selon la distance, le rythme ou l’objectif : de 1 à 10 euros du kilomètre.

Payer quelqu’un pour courir à sa place

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Interrogé par Le Figaro, Gautier, un étudiant âgé de 22 ans adepte de Strava, explique qu’il a été contacté directement via Instagram. « Tu veux booster tes statistiques sur Strava et impressionner tes amis sans bouger de chez toi ? Engage-moi pour courir à ta place, à la vitesse et sur la distance que tu veux ! », lui a écrit ce « Strava jockey ».

Souvent anonymes, ces coureurs ont senti le filon. « Je n’ai pas encore été contacté, mais je sais que l’on peut se faire des quelques sous », raconte au JDD Sophie*. Une situation identique à celle de Thomas*, lui aussi inscrit sur Leboncoin, qui précise : « Je n’ai pas de client pour l’instant, mais des potes font ça et cela fonctionne. »

« Ce qui relevait autrefois du luxe devient banal grâce aux applis »

Si le concept de « Strava jockey » peut prêter à sourire, il s’inscrit dans une logique bien plus large, selon Salma El Boukardi, chercheuse spécialisée dans les effets de « l’ubérisation » : « À la base, l’ubérisation désigne une désintermédiation entre l’offre et la demande, facilitée par des plateformes. Mais très vite, ce modèle glisse vers une précarisation des métiers, puis vers une extension à toutes les sphères du quotidien, y compris le sport. Aujourd’hui, on peut se faire payer pour courir à la place d’un autre : c’est la livraison de performance. »

Derrière cette dynamique se joue une « économie de la flemme », déjà théorisée dans le secteur des livraisons : « Ce qui relevait autrefois du luxe – comme se faire livrer un repas ou un médicament – devient banal grâce aux applis. On démocratise des services, mais à quel prix ? Celui de la précarité, de la perte de souveraineté, et d’une accélération sans fin de nos pratiques. »

Du sport au réseau social

Tout commence en 2009. Deux anciens camarades de l’université Harvard, Michael Horvath et Mark Gainey, décident de transformer le sport en réseau social. Leur idée : créer une plateforme où les coureurs et cyclistes peuvent enregistrer leurs performances, suivre leur progression et surtout les partager. Le concept séduit immédiatement.

Strava, qui signifie « s’efforcer » en suédois, surfe sur deux tendances de fond : la quantification de soi (self-tracking) et l’essor des réseaux sociaux. Très vite, l’application devient bien plus qu’un carnet d’entraînement : elle introduit la compétition permanente via les fameux segments, ces portions de route où chaque utilisateur peut tenter de battre un temps de référence – et grimper dans un classement visible de tous.

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La mécanique est redoutablement addictive. Aujourd’hui, plus de 135 millions d’utilisateurs dans le monde se connectent pour publier, liker, commenter et se comparer, parmi lesquels Elisa* : « C’était pour moi un moyen d’avoir des données sur mes sorties de façon gratuite. Pendant longtemps, je n’avais pas ajouté d’amis sur l’appli, je ne me concentrais que sur moi, j’étais contente de mes performances. Aujourd’hui, j’ai tendance à me comparer aux autres, même inconsciemment ». Pour autant la jeune femme apprécie toujours le concept de l’application, qui propose régulièrement des défis. Une façon de se challenger et de se motiver, qu’elle juge plutôt « saine ».

Économie de « la flemme »

Antoine* a pour sa part décidé de quitter l’application. « À la base, je l’avais installé pour suivre mes performances, puis je me suis rendu compte que tout le monde se comparait… » Cependant pour tous, la question revient : quel intérêt de se mesurer à des personnes… qui ne courent même pas vraiment ?

« L’application joue sur nos ressorts psychologiques »

Pour la chercheuse interrogée par le JDD, Strava ne crée pas de nouveaux comportements narcissiques, mais intensifie des logiques déjà à l’œuvre : « Ce besoin de représentation sociale, de validation, de reconnaissance, a toujours existé. Ce qui change, c’est l’accélération et l’intensification de ces mécanismes via les plateformes. L’application joue sur nos ressorts psychologiques pour nous inciter à performer, à consommer, à publier. »

Et derrière l’apparente légèreté d’une course du dimanche, c’est toute une économie de l’attention qui se met en marche. Pour elle, cette marchandisation de la performance personnelle pose aussi la question de la responsabilité partagée : « Ce n’est pas uniquement la faute des plateformes. Il y a aussi celle des consommateurs, tentés par l’effet de facilité, par l’économie de la flemme. » Une flemme parfaitement assumée par certaines plateformes, qui « revendiquent leur objectif de la démocratiser ».

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Mais derrière le fun et les likes se cachent aussi des enjeux politiques et économiques plus lourds. « Ce que collectent ces applications, ce sont des données précieuses sur nos déplacements, nos habitudes, nos rythmes de vie. À terme, elles peuvent être utilisées pour surveiller, orienter des politiques publiques ou même faire pression à l’échelle géopolitique », développe Salma El Boukardi. Et d’affirmer : « Des applications comme Strava ont parfois plus d’informations sur les citoyens que les États. »

Faut-il pour autant s’en alarmer ? « Il existe des contre-mouvements. Certains quittent les applis, d’autres créent des alternatives, comme les coopératives de chauffeurs ou de livreurs. Il ne faut pas sombrer dans une vision désespérée. Mais il faut être lucide », plaide la spécialiste. Et garder en tête qu’un simple footing partagé peut cacher bien plus que des calories brûlées…

L’entreprise se défend

Malgré ce phénomène, l’entreprise n’en démord pas. « Ce qui rend Strava unique, c’est l’authenticité de notre communauté mondiale », répond la firme au JDD, rappelant que ses conditions d’utilisation interdisent strictement le partage de comptes ou l’usurpation d’identité. Tout contrevenant peut ainsi être suspendu.

4,45 millions d’activités jugées non conformes

Interrogée sur la fiabilité des classements, la plateforme affirme : « Nous restons pleinement engagés à suspendre les utilisateurs qui enfreignent nos règles et à protéger l’authenticité de la communauté. » Elle dit également disposer de plusieurs outils techniques pour détecter les activités frauduleuses, comme l’usage de voitures ou de vélos électriques, et indique avoir supprimé 4,45 millions d’activités jugées non conformes grâce à un modèle de machine learning lancé en février 2025.


*Les prénoms ont été modifiés.

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