Les drapeaux mexicains ont remplacé les étendards noirs de Black Lives Matter. Les slogans ne sont plus les mêmes. Aux panneaux « No justice, no peace », ont succédé les pancartes « No kings ». Il n’y a pas de roi en Amérique mais Donald Trump a enfin appris à user de ses pouvoirs régaliens : presque un art dans un pays fédéral. Cinq ans après les émeutes du mouvement BLM (30 morts, 2 milliards de dollars de dégâts), le républicain ne se contente plus de tweeter, il gouverne. Il ne menace plus, il frappe.
Lorsqu’à Los Angeles, le 6 juin dernier, une opération d’ICE, la police de l’immigration, déclenche la fureur d’une gauche éparpillée entre slogans anticapitalistes et drapeaux zapatistes, sa réponse ne s’est pas fait attendre. En quelques heures, Donald Trump a fédéralisé la Garde nationale de Californie, envoyé 2 000 hommes, puis déployé 200 marines (sur les 700 prévus) dans cette ville onze fois plus grande que Paris.
Les véhicules blindés sillonnent Westlake, ce quartier au nord-ouest du centre historique de Los Angeles d’où sont parties les émeutes. C’est ici que des agents d’ICE, à la demande expresse du tsar de l’immigration Tom Homan, avaient investi le parking d’un Home Depot, sorte d’équivalent de Castorama. L’opération visait des journaliers embauchés par les clients de la chaîne, ces propriétaires et petits entrepreneurs qui font appel à des travailleurs sans papiers pour des travaux de réparation et de construction. D’autres raids ont visé des restaurants, des centres commerciaux et des ateliers de confection textile clandestins.
Stephen Miller, chef de cabinet de la Maison-Blanche, principal artisan de la politique migratoire de Donald Trump et originaire lui-même de la mégalopole californienne, a fait de l’objectif d’un million d’expulsions par an une véritable obsession politique. Le 21 mai, il a convoqué à Washington, en compagnie de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, les responsables des bureaux régionaux d’ICE pour leur passer un savon.
Car si le rythme des arrestations a bien augmenté par rapport à l’ère Biden, il reste en dessous des attentes. Miller a exigé 3 000 arrestations par jour (soit près de quatre fois le niveau actuel) et a sanctionné plusieurs hauts cadres d’ICE en les rétrogradant pour insuffisance de résultats. Depuis cette engueulade, le nombre d’interpellations quotidiennes est passé à 2 000.
La suite après cette publicité
Il ne s’agit pourtant que d’un échauffement. Le projet de loi de finances porté par les républicains, que Donald Trump espère promulguer d’ici au 4 juillet, jour de l’Indépendance, prévoit plus de 150 milliards de dollars pour la lutte contre l’immigration illégale. Une large part de cette enveloppe sera consacrée au renforcement des effectifs d’ICE, à la construction de centres de rétention ainsi qu’au financement de vols d’expulsion.
Mais ce sont les scènes de tension dans le cœur de Los Angeles qui ont marqué les esprits. Notamment celles montrant ces dizaines de manifestants en sweat à capuche dressant à la hâte des barricades au moyen de bennes à ordure incendiées pour bloquer les artères principales de la ville. Ou encore de ces taxis autonomes Waymo, réduits en cendres… Les scènes de pillages ont rappelé les mauvaises heures de BLM, avec ses Apple Stores, ses pharmacies et ses dispensaires de cannabis mis à sac. Ailleurs dans le pays, l’agitation a gagné du terrain. À San Francisco, Chicago ou San Antonio, au Texas, des manifestations de solidarité ont eu lieu. Partout, les autorités locales ont renforcé la sécurité autour des bâtiments publics, déployé des policiers en civil dans les transports et installé des blocs de béton autour des sièges locaux d’ICE.
« Ils crachent, on cogne », a prévenu Trump d’un ton martial
Depuis les émeutes de 2020 consécutives à la mort de George Floyd, les États-Unis ont transformé leur doctrine du maintien de l’ordre. Désormais, la riposte est plus rapide et mieux organisée. « Nous allons déployer des troupes partout », a prévenu Trump dès les premiers débordements. Ajoutant, martial : « Ils crachent, on cogne. »
Derrière cette réactivité, se cache un long travail de réflexion. Dès 2021, des think tanks policiers, notamment le Police Executive Research Forum, ont produit des rapports sur la gestion des manifestations de 2020, mettant en lumière des lacunes de commandement et les plans d’urgence inadaptés. En réponse, les grandes villes ont actualisé leurs manuels. Dès les premières heures de tension, le changement saute aux yeux. Bouclage des quartiers, couvre-feux anticipés, dispositifs d’encerclement, interventions coordonnées entre polices locales et fédérales sont presque systématiques. Cette réorganisation s’est accompagnée d’un saut technologique. L’usage de caméras mobiles, de drones, de la reconnaissance faciale et de l’intelligence artificielle facilitent la neutralisation des meneurs avant qu’ils n’entraînent des centaines de personnes dans la rue.
Le climat politique joue un rôle crucial. Depuis sa réélection, Trump a laissé carte blanche aux forces de l’ordre, revendiquant une posture de fermeté absolue. Les décrets signés depuis janvier ont encouragé les règles d’engagement. Autorisés à militariser leur réponse, les maires ne craignent plus un rappel à l’ordre fédéral. Les polices savent qu’elles sont attendues. Et soutenues.
L’immigration reste l’un des domaines où Trump est perçu comme compétent. Plus de la moitié des Américains soutient sa politique. Un sondage Ipsos pour Reuters, du 12 juin, montre que 48 % des Américains approuvent le recours à l’armée pour mater les émeutes (contre 41 % qui la désapprouvent). Comme si la peur de l’anarchie répondait à l’exaspération migratoire.
Source : Lire Plus





