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Ultraviolence chez les jeunes : «Une génération entière grandit sans repères»



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15 Juin 2025
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Ultraviolence chez les jeunes : «Une génération entière grandit sans repères»
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Le JDD. Comment expliquer qu’un adolescent issu d’une famille apparemment stable, sans antécédents judiciaires, puisse commettre un tel acte ?

Hélène Romano. Lorsqu’un adolescent commet un geste aussi extrême, c’est qu’il ne parvient plus à gérer ni à nommer ses émotions. Plusieurs explications sont possibles : il peut s’agir d’un trouble psychiatrique émergent, d’une déficience intellectuelle, ce qui ne semble pas être le cas ici, ou d’une carence dans les liens affectifs. L’évaluation à venir permettra d’y voir plus clair. Ce qui est troublant, c’est l’absence de véritables signaux d’alerte : deux sanctions disciplinaires pour avoir frappé deux élèves, certes, mais pas de parcours scolaire chaotique, pas de famille disloquée, aucune fragilité manifeste. L’adolescent est même décrit comme sociable, plutôt bon élève, investi dans la vie du collège. Ce genre de situation dérange, car cela bouscule nos repères : on veut croire que seuls les jeunes en grande difficulté peuvent passer à l’acte.

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Cela veut donc dire qu’une personne apparemment équilibrée peut basculer dans la violence sans signe précurseur visible…

Nous avons tous en nous cette violence fondamentale. Ce qui nous empêche de l’extérioriser, c’est l’ensemble des interdits que nous avons intériorisés : la capacité à gérer nos émotions, à supporter la frustration, à respecter l’autre et la loi. Notre aptitude à l’empathie, à l’altérité – respecter l’autre et se respecter soi-même –, se construit et se transmet notamment par les parents. Mais des parents peuvent être aimants, investis, disponibles, et malgré cela l’enfant peut se sentir, à tort ou à raison, abandonné psychiquement. Cela ne se voit pas toujours. Les études montrent qu’un élève de 6e passe en moyenne plus de cinq heures par jour devant des écrans, et moins de dix minutes à parler réellement avec ses parents. Il peut grandir dans une famille stable, sans problème apparent, et pourtant il manque quelque chose dans la transmission. Un passage à l’acte peut être le symptôme d’une faille dans le lien à l’adulte, à l’autorité, ou d’une souffrance relationnelle plus profonde.

« L’addiction à des contenus violents peut aggraver des fragilités, mais ce n’est pas un facteur suffisant pour expliquer un acte aussi extrême »

Peut-on établir un lien entre sa consommation de jeux vidéo violents et son passage à l’acte ?

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Tous les adolescents fascinés par les univers sombres ou les jeux violents ne deviennent pas dangereux, heureusement. Ce n’est pas le contenu seul qui déclenche le passage à l’acte, mais ce qu’il vient réveiller chez un jeune déjà fragilisé. Ce qui fait la différence, c’est l’intégration de l’interdit de tuer, du respect de l’autre. Quand cette altérité n’est pas transmise, il n’y a ni culpabilité ni limite. Beaucoup de jeunes passent des heures devant des contenus violents ou même du porno trash, et développent d’autres formes de souffrance : troubles relationnels, troubles anxieux, dépression, mais pas une pulsion meurtrière. L’addiction à ces contenus peut aggraver des fragilités, mais ce n’est pas un facteur suffisant pour expliquer un acte aussi extrême.

Certains élèves interrogés après le drame ne semblaient pas particulièrement choqués. Faut-il du temps pour que la réalité s’impose ? Ou est-on confrontés à une forme d’insensibilité chez une génération surexposée à la violence ?

C’est complexe. Certains élèves peuvent être sidérés, prostrés, dans un état de choc. Ils ne réalisent pas encore ce qui s’est passé. Le traumatisme peut surgir bien plus tard, dans une semaine, un mois ou même un an. C’est le propre de l’impensable : comment intégrer que cette surveillante, qu’on a vue vivante quelques minutes plus tôt, est morte sous leurs yeux ? Mais il y a un autre phénomène, moins connu, qu’on appelle l’identification à l’agresseur. Il peut être insupportable pour certains jeunes de réaliser que l’auteur est « un des leurs » : un camarade de classe, un copain de foot, un élève croisé tous les jours. Cette proximité peut provoquer un mécanisme de défense : pour se protéger, ils s’identifient à lui plutôt qu’à la victime. C’est psychiquement moins douloureux que de se dire : « Il aurait pu me tuer. »

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D’où vient, selon vous, cette montée de la violence chez les jeunes ?

Ce que j’observe, à travers mon travail sur la maltraitance et le traumatisme, c’est une souffrance dans les liens d’attachement. Beaucoup d’enfants sont en grande détresse relationnelle. Ils ne se sentent ni protégés, ni rassurés, ni reconnus. Il ne suffit pas d’aimer son enfant, encore faut-il parvenir à lui transmettre de la confiance, de la sécurité intérieure, une capacité à gérer ses émotions. Or, dans notre société, l’enfant est devenu objet de performance. On a un, voire deux enfants, plutôt tardivement et il faut qu’il soit parfait. Les parents, eux aussi, sont soumis à cette pression de la réussite, dans un contexte anxiogène : climat, crises, menaces… Comment un enfant peut-il grandir sereinement dans un tel climat d’inquiétude ? On le couvre de sollicitations – écrans, activités, informations – mais souvent au détriment du lien véritable. Il ne parle plus à ses parents, il n’a plus de temps d’échange simple, de régulation affective. Résultat : face à la frustration, à la colère, à l’angoisse, il explose. Et cela dès l’enfance, ce ne sont plus seulement des ados en crise. Au SAMU, on le voit très clairement : les tentatives de suicide, les troubles de la conduite alimentaire ou les comportements violents apparaissent de plus en plus tôt.

« Un portique n’arrêtera pas un élève déterminé »

Quelles solutions préconisez-vous ?

Il est nécessaire de revenir aux fondamentaux. On sous-estime dramatiquement l’importance du tout début de la vie. On ne valorise pas assez le temps de la maternité, le fait de devenir parent, d’apprendre à ajuster son attitude, à accueillir les émotions du bébé, à supporter la frustration. Aujourd’hui, les jeunes parents sont très informés sur les objets de puériculture – poussettes, cosys, etc. – mais bien moins sur le lien avec leur enfant, sur l’écoute, la présence, la parole. Or, ce lien est essentiel. Si on ne soutient pas les parents, si on ne les aide pas à construire un cadre sécurisant, alors on inverse les rôles : certains se sentent même persécutés par leur propre enfant. Il faut donc agir tôt. Le plan des 1 000 jours était une excellente initiative… sur le papier. Mais il n’a pas été suivi des moyens nécessaires.

Portiques à l’entrée des collèges, interdiction des couteaux ou limitation de l’accès aux écrans… Que pensez-vous des mesures annoncées par le gouvernement à la suite de ce drame ?

Ces mesures sont largement insuffisantes. Un portique n’arrêtera pas un élève déterminé : il y a des couteaux à la cantine, des ciseaux en classe. Ce discours sécuritaire, on l’entend depuis 15 ans – sans effet. Le problème est bien plus profond, il est systémique. Ce qu’il faut, c’est repenser les liens – entre parents et enfants, entre école et société. Pas en infantilisant ou en assistant les familles, mais en leur redonnant des repères, du soutien, et leur capacité à agir. Aujourd’hui, on psychiatrise ou on judiciarise la moindre difficulté. Or, la santé mentale ne relève pas uniquement des psys, elle est l’affaire de toute la société. Ce drame doit nous amener à une vraie réflexion collective : qu’est-ce qu’on transmet encore à nos enfants ? Un portique ne remplacera jamais un adulte protecteur. La parentalité est devenue un marché. On accumule les conseils, les applis, mais beaucoup de parents ne savent plus comment simplement consoler un enfant. On a désappris à accompagner, à faire confiance. On multiplie les plans et les assises sans suivi concret. Et pendant ce temps, une génération entière grandit sans repères ni sécurité intérieure.


*Hélène Romano est docteur en psychopathologie-HDR, docteur en sciences criminelles et droit privé.

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