
Les familles de victimes n’hésitent plus à prendre la parole. Toutes espèrent être les dernières, sans être exaucées… « Notre fils est mort, on veut protéger les vivants, réveiller les consciences. » La mère d’Elias, tué d’un coup de machette à l’âge de 14 ans, était en train de parler à la télévision quand le fils de Mélanie est devenu orphelin. Quentin, de dix ans son aîné, venait de tuer sa mère de plusieurs coups de couteau à l’entrée de son établissement scolaire. À l’issue de sa garde à vue, il a été placé en détention provisoire, mis en examen pour « meurtre sur une personne chargée d’une mission de service public ».
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Il encourt vingt ans de réclusion criminelle. Quentin voulait tuer une surveillante, « n’importe laquelle ». Tout « simplement » parce qu’il avait essuyé la remarque de l’une d’elles quelques jours plus tôt, alors qu’il embrassait sa « petite copine ». Pendant quatre jours, il a ruminé son envie de tuer. Et il l’a fait, avec un couteau de la cuisine de ses parents. Impensable. Manque de moyens policiers ? Les gendarmes étaient justement en train de procéder à la fouille des sacs… Problème d’autorité ? Peut-être, mais il avait été exclu temporairement à deux reprises en novembre et en décembre pour avoir frappé des plus petits. Depuis, tout semblait aller mieux. Une famille décomposée ou dysfonctionnelle ? Non, a répondu le procureur, en tout cas pas de manière évidente. Une maladie mentale alors ? Pas que l’on sache, l’ado était même sociable et plutôt bon élève. Les réseaux sociaux ? Il les fréquentait à peine. Rien, ou presque.
Les parents ont peut-être manqué quelque chose. Mais beaucoup ont pointé une responsabilité collective
Car Quentin révèle tout de même une évidente intolérance à la frustration la plus banale et une absence totale d’empathie en garde à vue. Ainsi qu’une « perte de repères quant à la valeur de la vie humaine » et « une fascination pour la mort », a glissé le procureur en conférence de presse. Avant de préciser que le jeune tueur avait peut-être trouvé des sources d’inspiration chez les « personnages les plus sombres » des séries et films qu’il regardait. Sans doute a-t-il manqué de modèles lumineux, vertueux, édifiants. Et d’un cadre. Celui qui permet d’apprendre à distinguer le bien du mal, le virtuel du réel ; celui qui permet aussi de tolérer la frustration, de canaliser ses émotions, de réguler ses désirs ou ses pulsions. Les parents ont peut-être manqué quelque chose. Mais beaucoup ont pointé une responsabilité collective, entre deux annonces que chacun sait dérisoires. Est-ce notre laxisme, comme l’a fustigé Bruno Retailleau ? Est-ce notre décomposition, comme l’a regretté François Bayrou ?
Jean-Paul II avait-il raison de dénoncer une « culture de mort » à l’œuvre en Occident ? « Chaque génération d’enfants est comme une invasion barbare que les adultes ont pour tâche de civiliser », disait Hannah Arendt. Le tueur est évidemment responsable de son acte, mais cela ne peut empêcher la société entière de reconnaître qu’elle n’arrive plus à relever le défi avec un nombre croissant de ses enfants. Reste à savoir pourquoi.
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