Pour un séjour bucolique, loin des bruits de la ville, quoi de mieux qu’une croisière sur les 8 500 kilomètres de canaux, fleuves et rivières accessibles aux bateaux de plaisance ainsi qu’aux pénichettes habitables qu’il est possible de louer et de piloter sans permis ? C’est par exemple ce qu’a choisi de faire ce groupe de quatre personnes qui témoignent sur les réseaux sociaux après avoir passé un séjour d’une semaine sur les voies navigables de Bourgogne : ces visites « au fil de l’eau […] s’avèrent très agréables, changeant des habituelles tracasseries [rencontrées lorsqu’on veut] parcourir une région en voiture, avec des hôtels de plus en plus souvent situés en périphérie. Notre trajet sur le canal du Nivernais a été idéal pour les débutants que nous sommes ».
« Il est vrai, renchérit de son côté Lionel Rouillon, directeur du développement de Voies navigables de France, opérateur public chargé du suivi et de la logistique des canaux et rivières, que nos offres sont une alternative aux vacances à la mer et à la montagne. »
Chaque année, 130 000 plaisanciers franchissent une ou plusieurs des 128 000 écluses réparties sur le canal du Midi, celui de Nantes à Brest ou les cours d’eau du Rhin. Beaucoup d’entre eux utilisent rivières et canaux pour, quand le réseau le permet, rejoindre la mer. En Bretagne, il est ainsi possible de passer de la Manche à l’Atlantique grâce au canal de l’Ille, puis en s’engageant sur la Vilaine jusqu’à son embouchure au barrage d’Arzal, qui s’ouvre sur l’océan.
Parmi ces adeptes de la navigation fluviale, autorisée à une vitesse maximale de 8 kilomètres par heure sur l’ensemble du réseau, il y a les 15 000 personnes qui s’offrent la location d’une pénichette pour quelques jours par an. « Notre réseau en France, indique Emily Deighton, responsable marketing de l’entreprise Le Boat, principal acteur du secteur, est constitué de 600 bateaux de location. Le Midi de la France concentre 25 % de nos activités. » Depuis les confinements liés à l’épidémie de Covid, elle constate une évolution de sa clientèle, avec de plus en plus de quadras attirés par ce « slow tourisme », alors que la clientèle traditionnelle était plus âgée, souvent constituée de retraités français et étrangers. « Ces quadras aspirent, poursuit-elle, à pouvoir se réveiller sous les arbres, amarrés à un ponton, en pleine nature. » Une semaine à bord d’une pénichette toute équipée est proposée par Le Boat entre 1 800 et 3 500 euros en fonction du nombre des passagers. Les plus jeunes de ces « marins d’eau douce » optent pour des séjours courts, principalement des week-ends.
L’engouement pour ce tourisme « vert et eau » incite de plus en plus les régions, les départements ainsi que l’opérateur Voies navigables de France – qui sont les différents propriétaires des maisons éclusières – à publier des appels à projets afin de leur redonner vie. Elles sont, en effet, souvent inutilisées puisque le passage dans les sas des écluses – espaces fermés où varie le niveau d’eau – est la plupart du temps automatisé. Résultat, le personnel n’habite plus dans ces petites maisons du bord de l’eau.
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Depuis 2017, celle qui est située sur le canal du Midi et qui porte le nom La Bonne planque, à quelques kilomètres de Castelnaudary, propose des chambres d’hôtes ainsi qu’un espace de restauration dont peuvent profiter les plaisanciers amarrés sur les deux versants du canal. Également installée en bordure du canal du Midi, à Gardouch, en Haute-Garonne, la maison éclusière L’Estanquet existe depuis une décennie. « Elle ouvre ses portes d’avril à fin septembre », indique Florian Piot, son dirigeant, qui partage ses activités de restauration entre « la clientèle locale, les cyclistes des chemins de halage et les nombreux plaisanciers de passage ».
L’entretien de ces canaux – les plus anciens datent de l’ère romaine (notamment celui d’Arles, à Port-de-Bouc) puis ils ont été développés sous le règne d’Henri IV puis de Napoléon Ier – réclame d’importants investissements. « Entre les aides de l’État, des collectivités locales et les redevances que nous percevons pour les péages et les maisons éclusières, nous arrivons à un budget annuel de 300 millions d’euros d’investissement », confie Lionel Rouillon, qui précise toutefois que cela reste encore insuffisant pour « tenir compte des changements climatiques et effectuer les travaux nécessaires, notamment sur les barrages ». Mais l’espoir est là, car ce patrimoine historique hors du commun est encore « peu connu du grand public ». Mais il plaît, et c’est la raison pour laquelle Lionel Rouillon appelle à la poursuite des aides publiques pour les maintenir en état de navigation.
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