Le JDD. Le sort politique de Marine Le Pen reste suspendu à la décision de la cour d’appel, prévue à l’été 2026. Qu’avez-vous pensé du verdict de première instance, la condamnant à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate ?
Marc Bonnant. Je pense que cette décision est profondément injuste et éminemment politique. Elle émane du Syndicat de la magistrature, un syndicat que je considère comme scélérat. Personnellement, je ne voterais pas pour Marine Le Pen, mais elle aurait assurément mon soutien face à la bataille judiciaire absurde et injuste qu’on lui livre. En France, où la politique est fortement judiciarisée, la République des juges – ou plutôt la monarchie des juges – s’empare d’un dossier et vient entraver le vote populaire. C’est à mes yeux une atteinte grave à la démocratie, si tant est que l’on soit réellement démocrate.
La justice, selon vous, peut-elle encore prétendre à l’impartialité ? Est-ce que vous diriez qu’elle est aujourd’hui politisée ?
En France, cela ne fait aucun doute. Je pense que la majorité des juges penche lourdement à gauche. Par conséquent, leurs décisions sont davantage dictées par une idéologie que par la conscience ou l’intime conviction qu’exige leur fonction. Comment peut-on sortir de ce bourbier ? Cela me paraît d’une extrême complexité.
Vous êtes considéré comme l’un des plus grands orateurs contemporains, surnommé tour à tour le « Mozart du barreau » et le « Bossuet des prétoires ». Quel regard portez-vous sur l’évolution de la langue française aujourd’hui ?
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Elle est vivante, mais elle est moribonde. Mon ami Régis Debray disait : « Nous vivons le passage du livre au live, de l’amphithéâtre au stade. » Je crois que c’est exactement cela : la parole se rétrécit. La formule de Roland Barthes, « l’image aura le dernier mot », est vraie. Quant à l’État de droit, c’est nécessairement un état provisoire du droit – je pense qu’il doit changer. L’avenir, pour des hommes comme moi, est ombré, triste. Je suis un réactionnaire, un mécontemporain, un nostalgique. Je l’assume. Et je n’envie pas mes enfants.
« Le présent manque de passé, il déshérite l’avenir »
Car la vraie question n’est pas : « Quel monde leur laissons-nous ? », mais bien : « Quel monde nous laissent-ils ? » Enfin, un point me semble essentiel dans cette lente dégradation : l’abolition de la culture. Car la culture, c’est l’enracinement. Or, nous vivons une époque qui célèbre le déracinement. C’est particulièrement frappant en France. Il faut lire Mémoricide de Philippe de Villiers, un livre remarquable.
Nous faisons face en Europe à un grave problème démographique. Comment le surmonter ?
Les causes sont, tout simplement que l’Afrique se déverse sur l’Europe parce qu’elle pense – à tort ou à raison – que la France, notamment, est un eldorado, et qu’il n’est bon bec que de Paris. Or, parmi vos élites, beaucoup s’en réjouissent. Jean-Luc Mélenchon dit que l’avenir de la France, c’est sa « créolisation ». Pour moi, la France de demain est assurément une France musulmane. L’idée d’assimilation était une bonne chose – mais elle suppose que l’étranger apprenne votre histoire, votre langue, et les aime. Qu’il aime la France des cathédrales. Qu’il considère les voûtes romanes comme essentielles à votre constitution. Il faut aimer le passé. Et je trouve que le présent manque de passé. Et donc, il déshérite l’avenir.
L’Europe, portée par un christianisme de moins en moins prosélyte, peut-elle encore redevenir chrétienne à l’heure de l’islam conquérant ?
Je pense que l’islam ne le permettra pas. L’islam est prosélyte et expansionniste. En France, il y a peut-être trop de honte dans le christianisme, trop de repentir, trop de repentance, pour qu’il puisse faire face à un islam conquérant. J’espère que le christianisme saura résister au temps, comme le judaïsme. Je ne suis pas juif, hélas. J’aurais voulu le devenir, mais c’était un peu compliqué. C’est un peuple qui mérite d’être honoré, indépendamment de la question palestinienne ou de Gaza. Il suffit de regarder n’importe quelle bibliothèque pour mesurer la contribution du génie juif à notre civilisation. J’aime passionnément les juifs.
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