Le timing était parfait. Alors qu’un hommage a été rendu aux studios d’animation Pixar au Festival d’Annecy pour célébrer leurs 30 ans, l’usine à rêves, propriété de Disney, dégaine sa nouvelle pépite : Elio. L’histoire d’un garçon de 11 ans élevé par sa tante depuis que ses parents sont morts. Il n’a qu’un objectif : se faire enlever par des extraterrestres, ce qui lui permettrait de quitter la Terre pour laquelle il n’éprouve plus d’intérêt. Un jour, celui qui a le regard tourné vers les étoiles voit son vœu exaucé : il est téléporté dans le Communivers, une organisation intersidérale regroupant les représentants de toutes les galaxies. À son arrivée, il s’aperçoit que ses hôtes le prennent pour l’ambassadeur de sa planète. Et il a le sentiment d’exister aux yeux des autres…
Sommes-nous seuls dans le cosmos ? « Impossible, répondent catégoriquement les deux réalisatrices de ce récit plein de fantaisie et de tendresse, Madeline Sharafian et Domee Shi (Alerte rouge). L’univers est si grand, statistiquement il y a forcément une autre forme de vie, même s’il s’agit d’une bactérie ! Peut-être que le contact a déjà été établi, mais ils ne nous le disent pas car ils n’ont pas aimé ce qu’ils ont découvert ici-bas. (Rires.) »
Leader par erreur
Les réalisatrices sont arrivées par hasard sur ce projet au départ développé par Adrian Molina, autre talent de chez Pixar, qui avait puisé l’inspiration dans son enfance car il fut élevé sur une base militaire (là où travaille la tante du héros, qui essaie d’établir le contact avec d’autres civilisations). « Il a eu une idée originale : et si ce gamin bizarre était considéré par erreur comme le leader de la race humaine, rappelle Domee Shi. Quand Adrian a dû abandonner le film pour se consacrer à Coco 2, actuellement en production, nous avions alors une responsabilité : respecter sa vision et imprimer notre propre identité. Il nous a fait confiance et j’espère que nous ne l’avons pas déçu. »
« Les aliens ne font pas peur, nous tuer ou nous remplacer, mais au contraire pour devenir nos amis »
Elles n’ont pas cherché loin : pendant leur jeunesse, elles se sentaient seules, différentes, avec cette fibre artistique qui les titillait, incapables de trouver leur place dans le monde. « Pour ma part, j’étais fille unique de parents immigrés, j’ai grandi à Toronto, au Canada, précise Domee Shi. Je m’échappais à travers le dessin. Je me disais que si j’intégrais une école d’animation, je dénicherais un endroit avec des personnes qui me ressemblent. On me remarquerait. À travers cette aventure spatiale complètement folle, Elio apprend à se connecter aux autres. » Madeline Sharafian acquiesce : « On est tous un peu pareils chez Pixar ! Quand j’ai étudié au California Institute of the Arts, j’ai su que j’appartenais à ce milieu, alors qu’avant, j’avais l’impression d’être à côté de la plaque. J’ai sympathisé avec d’autres élèves, venus des quatre coins de la Terre. On s’est reconnus. »
Nos amis les aliens
Pour les deux cinéastes, Pixar est le Communivers ! Un lieu dédié au développement de la diversité, qui brasse plusieurs nationalités et cultures. Avec Elio, elles veulent porter un message de paix, de tolérance, et célébrer le vivre-ensemble, la communication, l’espoir de voir tous les peuples s’entraider plutôt que s’affronter. « Au départ, Elio est pessimiste à propos de la Terre, une position dangereuse. Il baisse les bras. Or nos efforts ne sont pas vains, elle vaut la peine qu’on se batte pour elle, qu’on ne l’abandonne pas, qu’on lui accorde une seconde chance. » Elles se sont nourries de Rencontres du troisième type (1977), de Steven Spielberg, mais aussi de Contact (1997), de Robert Zemeckis. « Parce que les aliens ne font pas peur, ne sont pas là pour nous attaquer, nous tuer ou nous remplacer, mais au contraire pour devenir nos amis et partager avec nous leurs connaissances. Un idéal auquel il faut s’accrocher. »
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« Elio », de Madeline Sharafian et Domee Shi. 1 h 39. Sortie mercredi.
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