
Sur les réseaux sociaux, une phrase revient avec insistance dès qu’une nouvelle dépense publique insolite est annoncée : « C’est Nicolas qui paie. » Projet culturel à plusieurs millions d’euros, comités Théodule ou simples distributeurs de crème solaire sur une plage : tout semble retomber sur les épaules de ce fameux Nicolas.
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Ce personnage imaginaire, inventé par une communauté en ligne, incarne un trentenaire diplômé, actif, imposable et lassé d’un modèle redistributif dont il estime être le dindon de la farce. Derrière l’ironie, une revendication sérieuse : celle d’une génération qui se vit comme surexploitée par un État jugé dispendieux et inefficace.
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Origines du mouvement : un ras-le-bol fiscal viral
Le compte X (anciennement Twitter) @NicolasQuiPaie, suivi par plus de 30 000 internautes, est à l’origine de cette figure satirique. Il revendique une posture « transpartisane » et « satirique », mais sa ligne éditoriale et son audience sont majoritairement marquées à droite. Son créateur anonyme se revendique du « minarchisme identitaire », une doctrine prônant un État minimal et une fiscalité très réduite, et un rejet de l’immigration.
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Le compte publie des mèmes dénonçant les dépenses publiques et le poids des impôts pesant, selon ses abonnés, sur les seuls « vrais actifs ». Très vite, le hashtag #JeSuisNicolas est apparu, ralliant des internautes partageant cette exaspération fiscale. Cette colère numérique s’est rapidement muée en manifeste politique implicite, autour d’un mot-clé devenu étendard : la dénonciation d’un « contrat social » perçu comme rompu.
Du buzz à la structuration d’un discours générationnel
Le mouvement s’est structuré au fil des mois, s’appuyant sur plusieurs comptes satellites comme le fameux @bouliboulibouli ou « Mèmes libertariens », et sur une communauté Discord active regroupant plus de 700 membres. On y retrouve des profils souvent jeunes, urbains, diplômés, issus de la catégorie moyenne supérieure. Ils partagent le sentiment de financer un système social dont ils ne tirent que peu de bénéfices.
La rhétorique du « contrat social » y oppose « Nicolas » aux figures fictives de « Chantal et Bernard » (retraités) ou « Karim » (bénéficiaire d’aides sociales), cristallisant à la fois des tensions intergénérationnelles et identitaires. Ce mouvement s’inspire aussi de modèles étrangers, notamment du libertarianisme américain, et relaie les positions de figures comme Elon Musk ou Javier Milei. Le slogan « The Social Contract », accompagné du personnage de « Nick », jeune Britannique désabusé, s’est d’ailleurs propagé hors de France, jusqu’au magazine The Spectator au Royaume-Uni.
Un symbole de rupture générationnelle et politique
Pour l’économiste Erwann Tison, la spécificité du phénomène « Nicolas » est son ancrage générationnel : « La génération des moins de 35 ans n’a jamais été autant ponctionnée », souligne-t-il. Ce ressenti d’injustice alimente une forme de révolte silencieuse, où l’impôt n’est plus perçu comme le fondement de la solidarité nationale, mais comme une ponction injuste sans contrepartie. L’historien Frédéric Tristram replace cette défiance dans une tradition française ancienne :« Les “pigeons” en 2012, les “Bonnets rouges” en 2013, puis les “Gilets jaunes” en 2018 incarnaient déjà cette rupture du lien contributif. »
Avec « Nicolas », ce sont les jeunes actifs qui prennent le relais, dans une logique individualiste de retour sur investissement fiscal. Certains y voient un mouvement libertarien émergent, d’autres une critique fondée de la gestion publique. Tous, cependant, s’accordent sur une chose : le système actuel leur paraît intenable. Pour eux, il est temps de dire stop. Et de rappeler, chaque jour un peu plus fort, que « c’est Nicolas qui paie ».
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