« On ne peut pas à la fois interdire les locations de passoires thermiques et empêcher les propriétaires bailleurs de réaliser les travaux d’isolation nécessaires pour sortir d’un mauvais classement énergétique afin de remettre leurs biens sur le marché. » À l’occasion de sa conférence de presse semestrielle sur marché immobilier ancien qui connaît une légère amélioration des ventes et une légère baisse des prix, Loic Cantin met les points sur les « i ». Le président de la FNAIM, qui a participé à la réunion du secteur autour de la ministre du Logement, Valérie Létard, quelques heures auparavant, en a gros sur la patate. D’autant qu’il a fallu se battre bec et ongles pour que tout le dispositif ne soit pas rayé d’un trait de plume, même momentanément.
Tous les acteurs, de la fédération nationale de l’immobilier à la fédération des entreprises du bâtiment, en passant par les artisans de la CAPEB, sont montés au créneau pour arracher le bout de gras qu’il voyait fondre comme neige au soleil. Résultat : les travaux d’isolation appelés « mono-geste », comme le changement d’une fenêtre ou d’un système de chauffage, restent éligibles à MaPrimeRénov’durant l’été pour les ménages les moins aisés, mais pas les travaux globaux, dont le coût semble désormais trop élevé pour être accompagné par l’État. Un l’État plus cigale que fourmi, qui cherche 40 milliards d’euros d’économies.
MaPrimeRénov’, avec son budget de 3,4 milliards d’euros en 2025, est devenue un gouffre alors que les caisses de la maison France sont vides. Inflation du nombre de dossiers déposés, fraudes en très forte augmentation… il faut donc resserrer les boulons. Parmi les pistes : un recentrage de l’attribution de la prime en excluant les logements classés D sur le diagnostic de performance énergétique (DPE), ou bien encore l’abaissement du plafond de travaux subventionnables. Objectif : qu’ils ne dépassent pas la somme de 50 000 euros. Or, aujourd’hui, un particulier qui réalise des travaux énergétiques d’ampleur peut espérer récupérer jusqu’à 70 000 euros pour remonter de 4 classes dans le fameux DPE.
Loic Cantin le rappelle : « D’ici 30 mois, ce sont 1,3 million de logements frappés d’indécence énergétique qui seront interdits à la location. » Les habitats classés F venant s’ajouter aux appartements et maisons en G. Dans ces conditions, sans les aides financières de l’État et sans une relance massive de la construction neuve, il sera impossible de loger des centaines de milliers de Français.
14 % des propriétaires bailleurs ont plus de 80 ans, l’âge de la raison mais pas des travaux d’isolation à gogo
« Il y a le feu à tous les étages, Emmanuel Macron n’avait-il pas promis qu’il n’y aurait plus personne à la rue », tonne le président de la FNAIM, qui rappelle au passage qu’un propriétaire sur trois renonce déjà à rénover même avec les aides, préférant vendre son bien, ce qui aggrave encore plus les indisponibilités de logements à la location.
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Par ailleurs, le gouvernement se retrouve face à une difficulté à laquelle les technos des ministères n’avaient semble-t-il pas penser : 14 % des propriétaires bailleurs ont plus de 80 ans, l’âge de la raison mais pas des travaux d’isolation à gogo. La plupart n’ont a priori pas l’intention de se lancer dans de tels chantiers et leurs biens interdits à la location sont appelés à rester vides, ou à être vendus. Enfin, de nombreux professionnels de l’immobilier le reconnaissent, même si les agences font la chasse aux locations classées G et donc interdites, beaucoup de plateformes sur Internet sont beaucoup moins regardantes…
« Oui, on peut louer une passoire thermique avec la pire note au DPE, aujourd’hui en France ? Si l’on ne passe pas par un agent immobilier », affirme le patron de la FNAIM. De particuliers à particuliers, chacun fait ce qu’il veut et peu de locataires refusent un logement parce qu’il est mal classé, alors qu’ils ont juste besoin d’un toit sur la tête. On dénombre ainsi des centaines d’annonces illégales. Un risque pour le propriétaire bailleur qui encoure jusqu’à 3 000 euros d’amende.
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