Le JDNews. Mondial Relay existe depuis près de trente ans, mais vous faites probablement plus que jamais partie de la vie des Français…
Baptiste Morin. Tout à fait. Tous les jours, près de 1,2 million de personnes viennent déposer ou retirer un colis dans notre réseau. Nous avons su prendre le virage du e-commerce dans les années 2000, et surtout de l’envoi entre particuliers dans les années 2010. On a suivi dès le début des plateformes comme eBay, à l’époque, et Vinted ou Le Bon Coin aujourd’hui. Il faut dire aussi que dès les années 2010, on a lancé une offre à destination des PME, pour qu’elles puissent envoyer leurs colis via notre réseau grâce à l’offre Start. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on travaille avec 55 000 sites d’e-commerce.
Combien de colis gérez-vous sur une année ?
Mondial Relay, c’est plus de 200 millions de colis livrés en France l’année dernière. On a une croissance forte parce qu’on a un modèle qui correspond aux attentes de la société d’aujourd’hui. On compte un peu plus de 2 000 salariés et un nombre d’intérimaires qui varie en fonction des périodes d’activité. Pendant la peak season, en fin d’année, on peut monter à plus de 1 000 recrues, car notre volume de colis peut augmenter de plus de 50 % sur une semaine. On va aussi avoir recours à plus de chauffeurs.
Ce sont vos chauffeurs ?
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Non, nous travaillons avec plusieurs centaines de sociétés de livraison partout sur le territoire, car nous n’avons pas de chauffeurs livreurs directement employés chez nous. Notre métier, c’est d’acheminer un colis d’un point A à un point B et, pour ce faire, on fait travailler un écosystème de partenaires. Si on met bout à bout tout cet écosystème, on est sur plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Comment vous différenciez-vous sur un marché de la livraison très concurrentiel ?
Notre réponse, c’est notre modèle : la livraison hors domicile. Nous sommes plus pratiques, moins chers et plus écologiques que la livraison à domicile. C’est le principe de la massification : avec un chauffeur dans un camion, nous livrons 800 colis en une seule tournée, alors qu’un livreur à domicile fera 100 colis dans une bonne journée. On met donc moins de camions sur la route, ce qui fait moins de CO₂ et moins de coûts. En général, nous sommes 30 % moins chers qu’une livraison à domicile. Derrière, le consommateur n’attend pas le colis chez lui et peut aller le chercher quand ça l’arrange.
Les plateformes de vente comme Amazon et Vinted développent leurs propres services. C’est une menace pour vous ?
Nous nous positionnons du côté des consommateurs qui ne font pas leurs achats sur une seule plateforme toute l’année. Notre force, ce sont les 55 000 e-commerçants avec lesquels nous travaillons. Nous sommes, par exemple, un partenaire historique de Vinted. Mais nous travaillons aussi avec des PME.
Par votre activité, vous êtes aussi témoin des évolutions de la société.
Oui. Par exemple, on a vu le mouvement de population de la région parisienne vers l’ouest de la France ou vers le pourtour méditerranéen après le Covid. La demande a accéléré dans ces zones car beaucoup ont déménagé dans ces territoires. On voit également que pour Noël, les Français offrent désormais des produits de seconde main… tout comme on confirme qu’ils sont nombreux à revendre leurs cadeaux dès le 25 décembre. (Rires.)
Vous avez récemment annoncé vous séparer de nombreux points relais chez des commerçants…
Chaque année, de 25 à 30 % de nos points relais disparaissent naturellement en raison de fermetures de commerces ou de commerçants qui choisissent d’arrêter cette activité. Les 3 500 suppressions annoncées incluent en grande partie ces fermetures habituelles, que nous ne remplacerons pas systématiquement. Elles comprennent également environ 1 000 fermetures que nous avons choisies dans des zones où notre réseau est devenu trop dense. L’objectif est de mieux répartir nos points relais pour améliorer la qualité de service sur l’ensemble du territoire.
Vous misez ainsi sur le développement de la livraison dans des casiers, des lockers ?
Les lockers nous permettent d’investir de nouveaux lieux. Jusqu’à présent, nous étions cantonnés aux endroits où il y a un magasin, un pas-de-porte, un commerçant, un comptoir… Avec les lockers, on peut aller n’importe où. Donc, on a décidé d’aller s’installer là où les gens travaillent, où ils font du sport et où ils étudient. On a noué des partenariats avec des Crous, avec des bailleurs sociaux, pour s’installer au pied d’immeubles, avec des hôpitaux et des universités, avec des salles de sport…
En deux ans, vous avez doublé votre nombre de lockers. Vous venez d’annoncer votre 8 000e locker en France. Qu’est-ce que cela change pour vous ?
On observe que 50 % des colis livrés en lockers sont distribués en sept heures, c’est-à-dire en trois à quatre fois moins de temps que pour un point relais. Et donc, en plus de pouvoir livrer à peu près quand on veut, on peut livrer plusieurs fois par jour. Et puis c’est très fiable, on va avoir moins de pertes de colis.
Que répondez-vous à ceux qui vous disent que vous enlevez de l’humain, du lien ?
Le locker peut aussi être installé chez un commerçant, d’ailleurs 70 % le sont déjà ! On reste un trait d’union entre l’e-commerce et le petit commerce. C’est indéniable qu’il y a des personnes qui préféreront l’humain. Mais nous avons encore 9 000 points relais aujourd’hui, et nous n’en aurons certainement pas zéro demain !
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