Une coalition des luttes a-t-elle émergé en France avec, pour seul ennemi, Israël ? Plus d’une semaine après le début de l’escalade militaire entre l’Iran et Israël, qui ne cessent d’échanger des frappes de missiles faisant des centaines de morts de chaque côté, un mouvement de soutien à l’Iran se réveille et s’infiltre dans les manifestations propalestiniennes en France.
À première vue, ce soutien est apporté aux civils iraniens, dont le quotidien est bouleversé par les bombes, les coupures d’électricité et de réseaux – les empêchant d’écouter les appels à évacuer d’Israël. Des milliers d’Iraniens ont décidé de quitter leur pays vers la Turquie. Mais derrière ce soutien au peuple iranien – soumis à la répression du régime des mollahs – se cacheraient des militants de la République islamique d’Iran.
La montée décomplexée des soutiens du régime
Samedi 14 juin, des drapeaux du régime iranien ont été distribués au rassemblement propalestinien sur la place de la République à Paris. Parmi la foule, il était possible d’apercevoir, dans un reportage de Quotidien, un influenceur franco-iranien nommé Shahin Hazamy.
Ce dernier, 29 ans, se décrit comme « journaliste » et « militant propalestinien » sur ses réseaux sociaux et multiplie les soutiens au régime iranien et à Gaza. « On est déterminés à se défendre contre l’entité sioniste », a-t-il d’ailleurs déclaré au journaliste Paul Gasnier. Après avoir relayé la séquence sur son compte Instagram, Shahin Hazamy s’est même félicité d’avoir « remis à sa place un propagandiste », en référence au reporter. Avant de faire part de sa défiance envers les médias : « Évidemment, les passages les plus importants ont été coupés, comme c’est toujours le cas avec les médias de propagande. »
Selon Le Point, ce militant – qui sera jugé début juillet devant le tribunal de Bobigny pour « apologie du terrorisme – ne cache pas son soutien à des organisations terroristes soutenues par Téhéran, comme le Hamas ou le Hezbollah, et à se faire le porte-voix du régime islamique iranien.
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En novembre 2024, en signe de contestation au port du voile obligatoire, l’étudiante iranienne Ahou Daryaei s’était déshabillée en public à l’université de Téhéran, après avoir été rappelée à l’ordre par la police des mœurs qui lui reprochait de mal porter son hidjab. « Les médias occidentaux instrumentalisent massivement l’acte d’une jeune femme souffrant de troubles mentaux en Iran », a jugé Shahin Hazamy sur ses réseaux sociaux, pointant « une tentative désespérée de déstabilisation » de la part de la jeune femme.
Ce supposé journaliste n’hésite donc pas à s’immiscer dans les manifestations propalestiniennes pour véhiculer ses opinions bien tranchées. Il était d’ailleurs présent à un rassemblement, jeudi 19 juin, devant l’ambassade d’Égypte, sur la place d’Iéna, dans le 16e arrondissement de Paris. Shahin Hazamy s’était joint aux dizaines de manifestants venus dénoncer le blocage, par les autorités égyptiennes, de la marche au Caire de militants internationaux qui souhaitaient se rendre à Rafah en soutien aux Gazaouis.
Une partie des Iraniens de France furieux
Si cette manifestation a été autorisée par la préfecture, son maintien a indigné une partie de la diaspora iranienne. Un petit groupe de militants du mouvement révolutionnaire Femme, Vie, Liberté, et d’Iraniens tout simplement en colère, ont confronté les propalestiniens, et pro-iraniens, sur la même place d’Iéna jeudi soir. La police a fini par les disperser dans le calme, le rassemblement n’étant pas autorisé par la préfecture.
Une situation « ubuesque » et une « forme de lâcheté des pouvoirs publics face à cette idéologie », dénonce l’auteur franco-iranienne, Mona Jafarian, auprès du JDD : « Les partisans du terrorisme ont le droit de manifester, mais ceux qui défendent les droits humains, la laïcité et l’universalisme sont interdits de le faire à cet endroit. »
« C’est un mensonge, ce sont en réalité des antisémites », pointe Hilda Dehghani-Schmit au sujet des soutiens de la République islamique. Cette activiste iranienne y voit une hypocrisie de leur part et rappelle qu’on ne peut « pas défendre le peuple palestinien sans défendre les Yéménites, les Soudanais, les Syriens ».
Plus généralement, la diaspora iranienne est en effet scandalisée par une telle convergence des luttes. Mona Jafarian ne se montre d’ailleurs pas surprise. « On assiste en France depuis quasiment deux ans au narratif de la République islamique qui grandit partout sur certains médias, dans les organisations et associations propalestiniennes », martèle la présidente de l’association Femme Azadi. « Ce sont des gens belliqueux pour une guerre idéologique. Ce n’est qu’un faire-valoir de leur idéologie mortifère anti-israélien et islamiste », insiste Hilda Dehghani-Schmit.
« On est sous occupation depuis 46 ans. Les mollahs et les islamistes, ce n’est pas l’Iran », rappelait cette semaine sur RTL, Mahyar Monshipour. L’ancien boxeur d’origine iranienne a salué l’attaque d’Israël contre l’Iran lancée le 13 juin dernier, qui fragilise sans surprise le régime des mollahs : « On espère que ça va aller au bout. »
Concernant le soutien de certains Français au régime islamiste iranien, Mahyar Monshipour estime qu’ils « ne savent pas ce qu’est une dictature ». Pour Mona Jafarian, « ceux qui, innocemment, suivent les mots d’ordre : ‘Soutien à l’Iran, soutien à la Palestine’ » ne comprennent pas que « derrière ces jolis mots humanistes » se cache « un cheval de Troie de l’islamisme le plus cruel et le plus barbare ». « Arrêtez d’être les idiots utiles entre les mains du régime de Téhéran, c’est tout ! »
Des Iraniens plus nuancés
Cependant, la diaspora iranienne semble quelque peu divisée sur son soutien à Israël. Des Iraniens regrettent en effet que les bombes de Tsahal tuent des civils innocents afin de viser les proches du régime islamiste. « On vivait déjà l’enfer et là c’est encore pire », a d’ailleurs déploré l’actrice iranienne Mina Kavani dans l’émission C ce soir ce jeudi. Si elle indique vouloir que son pays soit libre, elle ne souhaite pas que l’État hébreu s’en charge : « On veut libérer notre pays par nous-même, comme on l’a fait pendant le mouvement Femme, vie, liberté. »
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