Deux titres barrent ce dimanche la une du JDD : la victoire des Bleus de Platini en demi-finale du championnat d’Europe des nations, succès arraché aux Portugais (3-2) dans les dernières secondes, et la manifestation, le cortège peut-être, la procession sans doute, qui s’annonce énorme dans les rues de Paris en faveur de l’école libre.
Pascale Amaudric écrit : « Le ministre de l’Intérieur a mis sur pied des mesures de sécurité sans précédent. Après Lille, Rennes, Versailles, qui ont été des répétitions formidablement réussies, la capitale sera traversée ce jour par un fleuve de manifestants scandalisés par le projet de loi Savary, véritable atteinte à la liberté d’éducation. »
Mitterrand et Savary voulaient clore la guerre scolaire. Ils vont la relancer
Aboutir à un grand service public unifié et laïque de l’Éducation nationale, telle est à l’origine l’ambition du candidat François Mitterrand en 1981. Il en a fait d’ailleurs une de ses 110 propositions pour la France. Il considère que, faute de régulation, l’enseignement privé se développe sans réelle prise de contrôle des pouvoirs publics et accentue la fracture sociale entre les enfants des milieux favorisés, scolarisés en masse dans le privé, et ceux des milieux populaires, davantage scolarisés dans le public.
Une fois la gauche arrivée au pouvoir, le ministre de l’Éducation nationale, Alain Savary, lui-même issu du privé (!), a proposé un texte de loi dont l’objectif est de rapprocher le public et le privé et de mettre fin à une concurrence stérile. « Le vrai débat, a-t-il souligné, ne se situe pas entre les deux écoles, mais entre l’école d’hier qu’il faut changer et l’école de demain qu’il faut construire avec tous. »
Dès lors, un affrontement entre tenants des deux écoles va s’engager qui durera trois ans. Et avec ce projet, le pouvoir socialiste va raviver un conflit présent dans la société française depuis plus de cent ans. Mitterrand et Savary voulaient clore la guerre scolaire. Ils vont la relancer. Car rapidement, ce projet est vu comme une nationalisation de l’enseignement privé et la disparition de l’enseignement catholique.
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C’est peu dire que les rues de Paris seront encombrées par une foule déterminée, bon enfant, dénuée d’agressivité, mais attachée mordicus à la liberté d’enseignement. Parmi les slogans scandés : « Loi tordue, tous dans la rue », ou encore : « Savary, si tu savais, ta réforme, Savary, si tu savais, ta réforme où on se la met ! Aucu, aucu, aucune hésitation ! » La victoire de l’école libre est restée gravée comme un jour de fête et de joie ainsi qu’un pied de nez immense au pouvoir socialiste.
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