« Ne procrastinez pas ! » Ce samedi matin, Marine Le Pen harangue ses troupes depuis l’Assemblée nationale. Face aux parlementaires réunis pour la convention de l’union nationale – rendez-vous interne de l’alliance RN-UDR –, la patronne du Rassemblement national ne cache ni son impatience ni ses ambitions. Pas question de s’endormir sur une majorité relative qui vacille mais tient encore debout. Elle prévient : « Ce gouvernement ne vivra pas très longtemps. »
En quelques mots, tout est dit : le chef du gouvernement se retrouve assiégé à Matignon, sa survie est désormais entre les mains du RN. Depuis l’échec du conclave sur les retraites et la motion de censure – promise à l’échec – des socialistes, c’est Marine Le Pen qui fixe les règles du jeu. Avec 139 députés disciplinés, son groupe est le seul capable de faire tomber l’exécutif. Il ne l’a pas encore fait. Mais peut le faire à tout moment.
Cette retenue est en quelque sorte une démonstration de force. Deux fois en six mois, Marine Le Pen a choisi d’épargner François Bayrou. Et à Matignon, personne n’est dupe. Officiellement, on se refuse à tout commentaire. Mais en privé, un conseiller du Premier ministre concède : « La menace du RN est prise très au sérieux. Mais la vraie question, désormais, est de savoir s’il n’est pas plus simple de composer avec eux qu’avec la gauche… » Le piège se referme et rappelle un certain Michel Barnier qui avait cherché à composer avec Marine Le Pen… On connaît la suite.
Le Pen attend le bon moment pour renverser Bayrou
Comme son prédécesseur, Bayrou gouverne sans majorité, sans souffle et sans filet. Il tient par défaut, parce que les oppositions ne se coordonnent pas. Mais l’équilibre est instable. Un texte mal ficelé, un amendement de trop, une crise sociale mal contenue… et le RN peut appuyer sur la gâchette. Et ce moment semble se rapprocher. Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, le désir de censure est largement majoritaire. Le parti le sait, les députés aussi. Il suffit d’un signal et ils suivront.
Attendre le bon moment, celui qui permettra à Marine Le Pen d’engranger un gain politique bien identifié par les Français. Une stratégie parfaitement lisible, décrypte un ministre : « Le RN ne cherche pas encore à faire tomber Bayrou, il le tient en respect. » Et s’il doit le renverser, ce ne sera ni dans la précipitation ni dans le désordre, mais au moment exact où cela servira ses intérêts.
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Dans ce contexte incertain, Marine Le Pen a coché une date ce samedi matin, comme un indice supplémentaire de l’imminence de la déflagration : le 8 juillet, Emmanuel Macron retrouvera son droit de dissolution. Marine Le Pen n’affirme pas qu’il y aura à coup sûr des élections anticipées, mais qu’il faut s’y préparer. « Il serait assez dangereux de se convaincre qu’il n’y aura pas de dissolution », a-t-elle prévenu. Et d’ajouter, à l’adresse de ses cadres : « Si elle survient, nous devons l’emporter. L’histoire ne repassera pas les plats. »
La consigne est claire : les troupes doivent se tenir prêtes à repartir en campagne. Avec un handicap non négligeable toutefois : en cas d’élections législatives anticipées, Marine Le Pen ne pourra pas se présenter, en raison de l’exécution provisoire de sa peine d’inéligibilité prononcée en première instance – une décision qu’elle conteste et dont elle a fait appel. Qu’importe : à son sort personnel, Marine Le Pen oppose l’intérêt supérieur de son parti et l’objectif, enfin accessible, de la victoire.
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