
Nous étions dans le Bureau ovale, en conversation avec un dirigeant étranger, raconte J. D. Vance. La discussion était compliquée. C’était au début de son entrée en fonction. Sur le bureau, il n’y avait rien d’autre qu’une étrange boîte en bois avec un gros bouton rouge. Je me disais : « Ce n’est certainement pas le genre de bouton sur lequel il faut appuyer. » Soudain, il met la conversation sur silencieux, puis me regarde et me dit : « Ça ne tourne pas bien du tout. » Et il appuie sur le bouton rouge en s’exclamant : « Nucléaire ! » Deux minutes plus tard, il revient, un coca light à la main : « Ce n’était pas le nucléaire, juste le bouton pour le coca light. »
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La foule est hilare lorsque le vice-président J. D. Vance raconte en meeting cette anecdote censée expliquer ce que c’est de travailler avec Donald Trump. On se doute tout de même que l’ambiance n’est pas tous les jours aussi enjouée. En particulier ces dernières semaines où le président américain, si l’on en croit ses tweets, a vécu des phases émotionnelles intenses… Au bout du compte, il a arrêté la guerre entre Israël et l’Iran. À lui tout seul, pas tout à fait, mais depuis le temps qu’il avait pris le bâton de pèlerin de l’homme de paix, cela méritait d’être salué. Il l’a fait après avoir bombardé l’Iran à coups de GBU-57, quatorze bombes en tout, larguées par des bombardiers B-2. Cela faisait des années qu’il avait ce plan en tête, le site de Fordo en particulier. Lors de son premier mandat, il avait expliqué son intention à l’aide d’une maquette du site à des invités israéliens à la Maison-Blanche. Éliminer le nucléaire militaire iranien sous les bombes les plus perforantes jamais conçues, Trump y croyait dur comme fer. Pour lui, l’opération a été couronnée de succès et, comme pour tout ce qu’il accomplit, « Marteau de minuit » (c’est le nom de l’opération) a été commentée par ses soins sur son réseau Truth Social. Les experts, eux, pensent que rien n’indique que les bombes aient anéanti toutes les installations. Son chef d’état-major, le général Dan Caines, estime qu’il faudra des semaines pour évaluer l’impact des frappes.
Cette décision du président américain a d’abord été considérée comme une trahison parmi ses fidèles du Maga (Make America Great Again). Trump ne s’était-il pas présenté comme le président qui n’engagerait plus jamais son pays dans des aventures militaires inutiles et coûteuses ? Steve Bannon et Tucker Carlson, fidèles de la première heure, se sont chargés de lui faire comprendre qu’il pourrait tout perdre en choisissant cette voie et que le mouvement qui l’a porté au pouvoir pourrait se désintégrer. Alors, après une montée en puissance, en parallèle d’une accélération des frappes israéliennes qui semblait signifier que les États-Unis allaient s’engager aux côtés d’Israël, il a frappé puis, presque aussitôt sifflé la fin du match.
Les Iraniens ont riposté, symboliquement et, alors que le cessez-le-feu était annoncé par Trump, ce dernier s’est mis à faire leurs louanges : « Ils ont combattu avec bravoure. » Il semblait se réjouir que les Iraniens l’aient averti de leur riposte. Restait à convaincre les Israéliens d’arrêter à leur tour. Ce fut plus difficile. Aucun des objectifs du Premier ministre Benyamin Netanyahou n’ayant été atteint : aucune certitude sur l’élimination de la menace nucléaire, pas de changement de régime. Surtout, pour Israël, il y avait aussi le sentiment que le Dôme de fer avait révélé quelques faiblesses au cours de cette guerre qui vit l’Iran frapper l’État hébreu comme jamais un pays ne l’avait fait jusqu’ici. Pour faire bonne mesure, Trump a ensuite fait l’éloge de Netanyahou, demandant à la justice israélienne d’abandonner les poursuites à son encontre.
Fidèle à son style, Donald Trump a perturbé son monde
Pendant les douze jours de guerre, on a eu parfois le sentiment que la réalité échappait à Trump et que le monde entier le prenait pour un fou. Puis il a réussi à calmer le jeu. Il a pu se rendre mercredi en Europe, au sommet de l’Otan, où les 32 pays, membres de l’alliance, à l’exception de l’Espagne, ont accepté de porter à 5 % leur budget militaire. Cela s’est fait presque naturellement. Trump a, à cette occasion, désigné son adversaire, Poutine, avec qui il est « difficile de négocier ». Notons qu’il parle toujours de négocier, ce qui est plutôt bon signe. Avant le sommet, il a été clément aussi envers la Chine, l’autorisant sans risquer de sanctions à se procurer du pétrole en Iran. Trump sait être magnanime. Il est allé loin. Fidèle à son style, il a perturbé son monde. Mais, in fine, le cessez-le-feu tient, et ce conflit qu’on jugeait à haut risque, peut-être davantage que l’Ukraine, s’est estompé. Après l’avoir perdu en frappant l’Iran l’espace d’un soir, Donald Trump aura récupéré en fanfare son titre de président de la paix.
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