Créer une « BBC à la française », une sorte d’ORTF 2.0 réunissant au sein d’une holding baptisée « France Médias » : France Télévisions, Radio France et l’INA. Dotée d’un budget de 4 milliards d’euros et regroupant 16 000 salariés, cette nouvelle entité aurait pour mission de « définir la stratégie », « accélérer les coopération s » et « optimiser la répartition des moyens », selon la commission de la culture du Sénat, qui a déjà validé le texte en première lecture. Mais peut-on vraiment parler d’une « BBC à la française » ?
Tout commence en 2008 quand Nicolas Sarkozy, séduit par le modèle britannique, décide de supprimer la publicité sur France Télévisions après 20 heures. En 2016, les Républicains proposent de créer une « BBC à la française » en réunissant radio et télévision publiques. L’idée est portée par Franck Riester en 2017, puis reprise par Emmanuel Macron, avec la promesse de créer une holding baptisée « France Médias ». Mais ce projet ne verra jamais le jour. En réalité, chaque pays européen a façonné son audiovisuel public à sa manière, avec des régulations spécifiques. Résultat : impossible de calquer un modèle unique tant les chemins empruntés par la libéralisation audiovisuelle en Europe sont divergents.
La force de la BBC ne réside pas tant dans son organisation que dans son modèle économique. Elle produit ses propres contenus, en détient les droits et les exploite : et cette stratégie rapporte ! Créée en 1922, devenue société de droit public en 1927 via une charte royale, elle regroupe huit chaînes de télévision nationale, sept chaînes de télévision régionale, dix radios nationales, sept régionales, 39 locales, une offre numérique solide et un service international puissant : le BBC World Service. Surnommée « The Beeb » outre-Manche, elle emploie près de 21 000 personnes, est financée à 65 % par la redevance, et dispose d’un budget global de 5,7 milliards de livres – soit 6,6 milliards d’euros en 2022-2023 – grâce aussi à ses revenus commerciaux.
L’audiovisuel public français fonctionne à perte avec 4 milliards d’euros payés par les impôts des Français
À titre de comparaison, l’audiovisuel public français fonctionne à perte avec 4 milliards d’euros payés par les impôts des Français. Le service public n’est propriétaire que d’une partie des contenus qu’il achète à des sociétés de production extérieures, et ne peut donc pas commercialiser ce qu’il a acheté. Ajoutons à cela qu’il finance souvent des programmes visant le même public et que, selon des connaisseurs du secteur, l’audiovisuel public pourrait fonctionner avec un budget divisé par deux en supprimant les doublons.
Contrairement à la France, le modèle économique de la BBC repose toujours sur une forme de redevance fixe. Depuis le Brexit, elle est même le seul organe audiovisuel à savoir précisément de quels revenus elle disposera dans les années à venir. Mis à part une filiale commerciale qui pèse moins de 10 % de ses bénéfices, la BBC est financée quasi exclusivement par cette redevance : la publicité y est marginale, voire inexistante.
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Par ailleurs, la BBC échappe, dans une large mesure, à l’influence directe du pouvoir politique. Outre-Manche, quand le gouvernement donne des directives, on ne s’aligne pas systématiquement : « The Beeb » ne reçoit pas ses ordres du 10, Downing Street. Certes, elle ne peut pas tout se permettre : structurellement liée à l’élite britannique, sa ligne éditoriale évite de remettre en cause les rapports de force politiques et économiques du royaume.
En France, le futur PDG de la holding France Médias, comme ceux de France Télévisions ou de Radio France aujourd’hui, serait nommé par l’Arcom pour cinq ans, elle-même dirigée par un président nommé par le chef de l’État. Une concentration du pouvoir qui interroge. « Si cette réforme conduit à une prise de décision beaucoup plus centralisée, elle facilite mécaniquement un éventuel contrôle politique venu d’en haut, puisqu’il suffirait simplement de convaincre un super PDG doté de tous les pouvoirs », alerte Arnaud Mercier, professeur en communication à l’université Paris Panthéon-Assas.
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