
Sauver ce qui peut encore l’être. Voilà, peut-être – de leur point de vue –, l’espoir caressé par les organisations syndicales du service public. Depuis jeudi, celles de Radio France ont en effet choisi d’enclencher une grève illimitée, tandis que celles de France Télévisions appellent à leur emboîter le pas dès demain, lundi 30 juin. L’objet de la grogne : le projet de réforme impliquant le rapprochement des entreprises de l’audiovisuel public, qui sera examiné dans l’hémicycle les 30 juin et 1er juillet prochains, après avoir été repoussé à plusieurs reprises, notamment après la dissolution de l’Assemblée nationale l’an dernier. Le spectre de la création d’une holding baptisée « France Médias » semble faire trembler les consciences… « Mais bien plus à Radio France, souffle-t-on en interne, car historiquement, le curseur y penche très fort à gauche… »
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La réalité est plus contrastée du côté de France TV. Le ressentiment des salariés est davantage tourné dans l’immédiat envers la gouvernance Ernotte des six prochains mois qu’envers la constitution de la future holding. « Les salariés redoutent les ambitions de Delphine Ernotte qui veut se consacrer à dénoncer les accords d’entreprise, à procéder à des plans de départs ciblés, autant qu’à la création des futures filiales ! explique Renaud Bernard, délégué syndicale FO chez France Télévisions. L’objectif étant un transfert de personnel vers de nouvelles entités… moins protectrices socialement. » Selon nos informations, la tension est telle que de nombreux salariés considèrent la création de la holding comme le meilleur moyen de « se débarrasser » de la PDG du groupe, pourtant reconduite dans ses fonctions il y a un mois et demi.
« En trois semaines, elle a réussi à faire oublier la perspective de la holding en nous terrifiant au quotidien », confie l’un d’entre eux. Et dans le liminaire diffusé en interne le 26 juin dernier par le CSE central, que le JDD s’est procuré, les craintes sont explicites : « Les salariés vivent désormais dans un certain climat de terreur. Avec une peur de dire certaines choses, peur qu’un mot soit mal interprété et vite exploité par une machine à broyer ; jamais, jusqu’à présent, nous n’avons connu un tel climat de surchauffe. Et certains parmi nous sont là depuis plus de quarante ans ! »
De plus en plus de voix commencent à s’élever contre un manque de pluralisme
Par ailleurs, toujours selon nos sources, à Radio France comme à France TV, derrière le front des grévistes, de plus en plus de voix – y compris syndicales – commencent à s’élever contre un manque de pluralisme, jugé contreproductif. « Prenez le récent ‘‘Complément d’enquête’’ sur Rachida Dati, justement. Plus qu’une enquête d’investigation, c’est un conglomérat de soupçons… Il y a très peu de faits. Alors que le journalisme, c’est un exercice rigoureux, pas la diffusion de suppositions », déplore Renaud Bernard. Dans le même ordre d’idée, la nomination de Léa Salamé au 20 heures de France 2, en remplacement d’Anne-Sophie Lapix, est clairement considérée comme de la provocation par certains. « Puisqu’elle a décidé de rester aux manettes de ‘‘Quelle époque’’, comment pourra-t-elle décemment se présenter devant les téléspectateurs du JT après des polémiques comme celle qui a suivi les propos de Thierry Ardisson lorsqu’il comparait Gaza à Auschwitz ? », interroge le délégué syndical avant de poursuivre : « En outre, son couple avec le député européen Raphaël Glucksmann pose un vrai problème de neutralité… »
Dans un registre différent, mais dans la même veine, le recrutement de Clémence Barbier comme journaliste à Franceinfo TV a, pour le moins, suscité de vives interrogations en interne. Et pour cause, puisque celle qui n’est autre que la belle-fille d’Éric Coquerel, député de La France Insoumise, a récemment fait jaser en interne après l’une de ses interventions à l’antenne, effectuée mardi dernier depuis Matignon. « Après l’échec du conclave sur les retraites, elle a pris soin de ne citer que le projet de motion de censure de LFI, en omettant ouvertement d’évoquer les autres, comme celle du Parti socialiste », regrette un cadre de l’antenne. Un florilège d’impairs qui, au-delà de cette prétendue crainte de la holding, apporte un tout autre éclairage sur le climat social qui règne au sein du service public’…
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