Du respect, forcément, mais aussi beaucoup de rancœur. Des deux saisons de Lionel Messi au Paris Saint-Germain (2021-2023), il reste des statistiques irréprochables : 75 matchs pour 32 buts et 35 passes décisives, deux titres de champion, une arrivée de rockstar au Bourget avec son t-shirt « Ici c’est Paris », quelques fulgurances aux côtés de Neymar et Mbappé… et c’est tout.
Incarnation absolue de la politique de superstars des dirigeants qataris, l’octuple Ballon d’or a davantage marqué son passage en France par sa simple présence que par la trace qu’il a laissée. Isolé, mutique en public malgré des conditions salariales inouïes (30 millions d’euros par saison rien qu’en salaire), l’Argentin retrouva tout son mordant verbal une fois bouclées ses valises à l’été 2023. « Je n’ai pas été heureux [à Paris, NDLR], confiera-t-il à la presse barcelonaise. Je ne m’y suis pas amusé et cela a affecté ma vie de famille. J’ai manqué beaucoup de choses dans la vie de mes enfants à l’école. »
À son arrivée dans la capitale, la Pulga (« la Puce ») s’installe provisoirement au Royal Monceau, un palace près des Champs-Élysées. Il peste contre à peu près tout : les embouteillages, le manque d’intimité dans sa vie quotidienne, la froideur des Parisiens… Son déménagement quelques mois plus tard dans une maison de 300 m² avec jardin à Neuilly-sur-Seine n’atténuera pas son mal-être, aussi indécent que cela puisse paraître. « Les voisins nous emmerdaient pour qu’on ne fasse pas de bruit, se plaindra-t-il après coup dans un entretien à ESPN. On sonnait à ma porte à 21 heures ou 22 heures pour me dire que les enfants ne devaient pas jouer au ballon. Ça jouait beaucoup sur mon état d’esprit, ça se répercutait sur le terrain. »
« Je ne voulais pas qu’il soit sifflé par son propre public »
Tout au long de ces 24 mois, le joueur traînera son spleen catalan. Le pur produit du FC Barcelone n’avait pas trouvé d’accord avec ses dirigeants pour prolonger son contrat et, à l’écouter, le bras de fer se serait transformé en exil forcé. « Mon départ pour Paris n’est pas quelque chose que je souhaitais », confirmera-t-il lors de sa présentation à Miami en juillet 2023. La colère froide mais silencieuse du président du PSG Nasser al-Khelaïfi explose six mois plus tard sur RMC : « C’est le meilleur joueur de l’histoire, j’ai un grand respect pour lui mais si quelqu’un parle mal du PSG après en être parti, ce n’est pas bien, ce n’est pas respectueux. »
Soutenu par Neymar, qui assure toute honte bue que le duo sud-américain a vécu « l’enfer » à Paris, l’histoire se termine dans l’acrimonie générale. Messi reproche notamment à son ancien club de n’avoir pas célébré son Ballon d’or 2022, sans se rendre compte qu’il devait sa récompense à la victoire de l’Argentine en finale de la Coupe du monde sur… la France de son coéquipier Kylian Mbappé. « Je ne voulais pas qu’il soit sifflé par son propre public », expliquera logiquement le dirigeant qatari.
La suite après cette publicité
Deux ans plus tard, les routes du PSG et de l’Argentin se recroisent ce soir (21 h) de façon improbable en huitièmes de finale de la Coupe du monde des clubs, à Atlanta, à mille kilomètres au nord de Miami. Auréolés de leur titre en Ligue des champions, les Parisiens partent largement favoris face à l’escouade présidée par David Beckham, lui-même éphémère guest-star du Parc des Princes (14 matchs en 2013).
Lionel Messi vient de souffler ses 38 bougies mais garde de beaux restes, si l’on en juge par le somptueux coup-franc inscrit face à Porto la semaine passée (2-1 pour Miami) et serait particulièrement motivé par ces retrouvailles tardives. « C’est le plus grand joueur du monde mais il a déjà beaucoup gagné de titres », tranche en souriant le gardien Gianluigi Donnarumma, impatient de retrouver son « ami ». Un qualificatif loin d’être utilisé à tous les étages du club.
Source : Lire Plus






