
Les chiffres donnent le vertige. En 2024, la Russie a fabriqué près de 1 800 chars de combat, contre seulement 50 pour l’ensemble de quatre principaux pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pologne). En ce qui concerne les véhicules de combat d’infanterie, la Russie en construit plus de 6 500 par an, contre 214 pour les Européens. Même tendance pour les pièces d’artillerie : 672 unités produites côté russe, contre 202 côté européen.
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Si les 27 ont signé un accord sur un plan à hauteur de 800 milliards d’euros afin de réarmer l’Europe face à la menace russe, son exécution est bien trop lente, selon un rapport publié par l’Institut de Kiel (Allemagne) et l’Institut Bruegel (Bruxelles, Belgique) et décrypté par les Échos. Ce retard industriel ne se résume pas à des chiffres. Il témoigne, selon les auteurs, d’un déséquilibre stratégique que la hausse des budgets européens ne suffit pas, à ce jour, à corriger. En tenant compte de la parité de pouvoir d’achat — qui intègre le coût réel des équipements et de la main-d’œuvre — le budget militaire russe serait en réalité supérieur à 400 milliards de dollars, contre 146 milliards annoncés en valeur nominale.
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Un fossé logistique et industriel
Pour réduire l’avantage militaire de Moscou, la production d’équipements terrestres devrait être multipliée d’ici cinq ans par trois à six, selon les cas. « Une augmentation des dépenses militaires ne se traduit pas automatiquement et immédiatement par un renforcement des capacités militaires, notamment si la base industrielle de défense est sous tension », rappellent les deux instituts.
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En clair, les commandes ne suffisent pas : il faut que l’industrie suive. Et pour l’instant, le compte n’y est pas. Fin 2024, les quatre pays européens étudiés disposaient de 1 627 chars de combat, avec 482 unités commandées. Or, pour équiper 25 brigades, il en faudrait près de 2 400, indique le rapport. Et ce seuil serait doublé dans l’hypothèse d’un désengagement américain ou d’un gel du conflit en Ukraine, qui laisserait à la Russie le temps de reconstituer ses forces.
Un effort budgétaire colossal
Malgré la création du plan européen « ReArm Europe », les auteurs du rapport s’interrogent : cela suffira-t-il ? Selon leurs estimations, il faudrait mobiliser de 50 à 200 milliards d’euros pour les chars, véhicules et pièces d’artillerie, et de 200 à 300 milliards supplémentaires pour la défense aérienne, auxquels s’ajouteraient des investissements considérables dans les domaines aérien et maritime. Des investissements colossaux, alors même que la croissance de l’UE demeure anémique. Si le rapport se veut « prudemment optimiste » sur la capacité européenne à augmenter ses productions d’équipements traditionnels d’ici 2030, la dépendance vis-à-vis des États-Unis reste entière pour les missiles longue portée, les drones collaboratifs ou certaines pièces de précision.
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Ce constat alarmant sur le retard militaire européen intervient alors qu’on a appris il y a un mois à peine que la Russie modernisait discrètement son arsenal nucléaire, selon une enquête conjointe du quotidien allemand Der Spiegel et du site d’investigation danois Danwatch. Après avoir analysé plus de deux millions de données confidentielles ayant fuité, les journalistes affirment que Moscou a renforcé une dizaine de bases souterraines de lancement de missiles dans le centre-est du pays.
Ces installations, capables selon eux de frapper l’Europe en moins de dix minutes, s’inscrivent dans une stratégie de réarmement plus vaste. Des travaux ont notamment été repérés à Kozelsk, au sud de Moscou, et à Uzhur, dans la région de Krasnoïarsk, deux sites déjà liés aux missiles balistiques intercontinentaux. Une menace supplémentaire, alors que le rapport de Kiel et Bruegel montre que les Européens peinent déjà à tenir la cadence du réarmement conventionnel.
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