En avril dernier déjà, le sujet préoccupait. Dans une question écrite au gouvernement, la sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, Lauriane Josende, s’inquiétait de la difficulté « pour les saisonniers de trouver un hébergement décent et abordable pour la durée de leur contrat » dans les zones touristiques. Avec une conséquence : certains « vivent dans des conditions précaires, parfois dans leur véhicule ou même à la rue, malgré leur contribution essentielle à l’économie locale ». « C’est la réalité, renchérit Emmanuel, barman dans un établissement situé sur la côte nord de la Bretagne. Notre plongeur n’a pas les moyens de financer le moindre logement, même petit. Il a donc opté pour sa voiture. » D’autres se contentent d’une petite tente pour dormir.
Ces situations étant loin d’être exceptionnelles, le gouvernement a lancé en 2023 le « plan saisonniers » pour le million de travailleurs répartis entre le tourisme et le secteur agricole. Car ces travailleurs-là se heurtent aux obstacles liés à la multiplication des locations touristiques de courte durée, très rémunératrices pour les propriétaires. D’autant que les saisonniers recrutés dans des zones touristiques sont confrontés au prix élevé du foncier, qui freine les constructions d’immeubles adaptés à leur porte-monnaie.
Dans le prolongement de ce plan, les services de la préfecture du département de l’Hérault ont par exemple dressé une liste de 1 170 offres de meublés à prix serrés. Réservés aux saisonniers âgés de moins de 30 ans, ils se répartissent entre les chambres chez l’habitant, les studios, les cités universitaires, les résidences privées. De son côté, la Communauté de communes de l’île de Ré a créé une « boîte à outils » virtuelle dans laquelle le candidat à un emploi estival peut trouver des offres de logements chez l’habitant, mais aussi des aides diverses, comme celle qui concerne la location de vélos. À l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), on s’arrache les cheveux pour arriver à des solutions de logement structurées et pérennes.
« Nous avons surtout besoin d’un plan législatif net et précis, indique au JDD Laurent Barthélemy, le président national chargé des saisonniers. Nous réclamons notamment que les logements sociaux soient tous accessibles aux saisonniers, ce qui n’est pas le cas. » En attendant, il préconise « l’installation dans des campings municipaux non utilisés », de véritables petits villages constitués de mobil-homes. Quelques communes commencent à s’engager dans cette démarche, comme celle de Cancale, en Ille-et-Vilaine. « Mais c’est encore beaucoup trop balbutiant », précise Laurent Barthélemy.
Une proposition de loi, déposée en mars dernier par le sénateur Horizons du Loir-et-Cher Jean-Luc Brault, devrait ouvrir une nouvelle voie. L’élu indique que les employeurs qui construiraient des locaux dédiés à leurs collaborateurs estivaux pourraient bénéficier d’une baisse de la TVA de 20 %. C’est déjà ce que la législation prévoit « pour la construction ou la mise à disposition gratuite de logements destinés au personnel de gardiennage, de sécurité ou de surveillance sur les chantiers ou dans les locaux de l’entreprise ». En raison du nombre de saisonniers, « le coût de la mesure resterait limité », rassure le sénateur.
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« Toutes les initiatives sont bonnes à prendre », renchérit Laurent Barthélemy. Parce que le secteur est à la peine. Selon France Travail, en 2025, les acteurs du tourisme espèrent 76 000 serveurs et 71 000 aides-cuisiniers. Des emplois loin d’être tous pourvus, faute de candidats. En raison du manque de logements, mais également de « moyens de locomotion de proximité », conclut Laurent Barthélemy.
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